Bouchon Pourpre arnaque : une inscription AMF jamais levée

Bouchon Pourpre : un avertissement AMF que rien n’a levé

Le 21 décembre 2023, l’Autorité des marchés financiers a inscrit bouchonpourpre.com sur ses listes noires sous le libellé « Biens divers / Vin ». Cette inscription nominative, dont nous avons vérifié le 10 octobre 2026 qu’elle restait publiée, signifie que la vitrine sollicitait des fonds du public pour des placements dans le vin sans y être habilitée. Le libellé retenu vise précisément les offres assises sur des biens tangibles : bouteilles, lots de grands crus, parts de cave.

Notre première enquête, parue le 3 janvier 2024, avait relevé cet avertissement et décrit une adresse active à bouchonpourpre.com/landing, un slogan, « Le vin, un investissement qui se bonifie avec le temps ! », et des pages conçues pour recueillir des souscriptions. Aucune mention légale complète, aucun pays de régulation, aucun cadre juridique identifiable n’y figuraient.

La consultation du registre, relancée ce mois-ci, apporte un second constat, symétrique du premier : l’avertissement du régulateur tient, mais la vitrine qu’il visait, elle, n’existe plus. Le nom a quitté le registre, et plus aucune machine ne le sert.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Dernière mise à jour : 10/10/2026

Des identifiants de vinification authentiques repris au bas des pages

Le pied de page de la vitrine portait trois identifiants précis : le SIREN 880 909 346, le SIRET 880 909 346 00012 et le numéro de TVA intracommunautaire FR07880909346. Ces identifiants ne sont pas inventés. Consultés au répertoire officiel des entreprises, ils renvoient à une société dénommée Bouchon Pourpre, immatriculée le 20 janvier 2020, dont l’activité déclarée est la fabrication de vin (vinification) et dont le siège se situe à Vosne-Romanée, 21700, en Côte-d’Or. Cette société reste active au répertoire.

Le pied de page reprenait aussi la mention « Société par action simplifiée et spécialisée dans le secteur d’activité de la vinification » ainsi que le siège à Vosne-Romanée, commune réputée pour ses grands crus. Rien, dans la présentation, ne distinguait la vitrine de courtage de la maison de vin immatriculée depuis 2020 : le nom était identique, les identifiants étaient exacts, l’adresse concordait.

Or la fiche d’enregistrement du nom de domaine porte une date de création du 8 novembre 2023, soit plus de trois ans après l’immatriculation de la société. La brochure diffusée par la plateforme revendiquait, elle, une activité « depuis l’année 2020 », exactement la date d’immatriculation de la société réelle. Le procédé se lit sans peine : des identifiants authentiques, empruntés à une maison de vin existante, ont servi à habiller d’ancienneté et de légitimité un nom mis en service quelques semaines seulement avant l’inscription sur les listes noires. Aucune des vérifications conduites ne relie l’exploitation de la vitrine à cette société de Vosne-Romanée.

Des paliers de rendement de 4 %, 6 % et 8 % et un espace client sur /login.php

La brochure diffusée sous le titre « Investissez dans l’excellence vinicole » organisait l’offre en trois paliers de rendement annuel selon le montant engagé : 4 % pour les sommes comprises entre 10 000 € et 26 000 €, 6 % entre 26 000 € et 104 000 €, 8 % au-delà de 104 000 €. Le document citait des grands crus, employait le terme de « patrimoine liquide » et répétait l’expression « Croissance Patrimoniale Garantie ». Affichée sans réserve ni définition contractuelle, cette dernière formule promettait une performance fixe sur un actif que les marchés réels soumettent à de nombreux aléas.

Ces paliers chiffrés incitaient à engager des montants croissants pour accéder au taux supérieur. Le milieu visé est celui des fausses caves à vin, comme l’illustre le dossier BFnosvinsdusud, autre fausse cave dénoncée par BrokerDefense le 24 janvier 2024, dont le nom a lui aussi été retiré du registre.

La vitrine ouvrait par ailleurs un accès à un espace personnel via l’adresse /login.php. La présence de ce portail client suggérait un tableau de bord permettant de visualiser des positions ouvertes, un habillage courant dans les plateformes de placement fictif, où l’affichage de gains à l’écran ne correspond à aucun actif réellement détenu.

Un décor de courtage plaqué sur une cave viticole

Les copies publiques archivées d’une page datée du 22 décembre 2023 restituent l’architecture de la vitrine : une navigation articulée autour des onglets « Accueil », « Investir », « Pourquoi nous ? », « Actualités » et « Qui sommes-nous ? », sous un titre générique « Wine ». La mise en page et la logique de navigation ne différaient pas de celles d’une plateforme de courtage classique.

Plusieurs éléments visaient à donner une impression de volume et de sérieux. Des compteurs affichaient « Clients +15 000 », « Bouteilles +700 000 », puis trois blocs chiffrés distincts : 188 007 présentés comme des opérateurs de marché, 36 033 668 $ de volume d’investissement et 68 002 clients actifs. Ces chiffres, invérifiables, ne s’appuyaient sur aucune source identifiable. Des témoignages attribués à John Newman (présenté comme opérateur), Steven Ho (présenté comme spécialiste du marketing) et Maria B (présentée comme négociatrice en vins) complétaient ce dispositif, sans qu’aucune de ces identités puisse être vérifiée de manière indépendante.

La page évoquait des « partenariats solides avec des marques de classe mondiale » et des « marques de renom », sans en citer une seule. Pour consolider l’apparence de légitimité, elle renvoyait vers des articles de presse réels consacrés au marché du vin : un article du Figaro, un article du Progrès daté du 4 février 2023 et un article du Point daté du 28 octobre 2023. Ces articles existaient bien, mais leur présence ne valait pas caution accordée à la plateforme.

Enfin, un avertissement réglementaire figurait en bas de page, formulé ainsi : « Les transactions sur le vin sont des instruments complexes et comportent un risque élevé de perte rapide d’argent en raison de l’effet de levier. » Un tel avertissement est légalement requis pour certains produits financiers dérivés ; il est sans objet pour l’achat de bouteilles ou de parts de cave. Sa présence signale que le modèle opérationnel de la vitrine empruntait davantage aux plateformes de trading qu’au négoce viticole. La reprise des identifiants d’une société existante est un procédé connu : l’enquête consacrée à Financière Meriguet portait sur une fausse plateforme d’investissement dans le vin dénoncée le 1er mars 2024, qui reprenait le nom et le numéro d’enregistrement d’une holding parisienne existante.

Un nom enregistré chez Hostinger en novembre 2023, jamais reconduit

Le dossier technique du constat conserve la fiche d’enregistrement telle qu’elle était consultable le 22 décembre 2023. Le domaine avait été créé le 8 novembre 2023 à 08h07 auprès du bureau d’enregistrement Hostinger Operations, UAB. Le propriétaire déclaré du nom s’abritait derrière un prestataire d’anonymisation installé aux États-Unis, et les serveurs de noms annoncés renvoyaient vers la page d’attente du même prestataire. La date d’expiration portée sur cette fiche était fixée au 8 novembre 2024.

Cette date n’a pas été prolongée. Les journaux publics de certificats situaient l’usage du nom à l’hiver 2023 et au printemps 2024, et une copie archivée de la racine, datée du 16 avril 2024, ne restituait plus aucun contenu servi. Depuis lors, le nom n’a plus répondu.

La consultation directe du registre, conduite le 10 octobre 2026, renvoie une réponse sans équivoque : « No match for BOUCHONPOURPRE.COM ». Aucune fiche d’enregistrement ne subsiste, ni pour le domaine, ni pour sa variante avec préfixe. L’interrogation du système d’adressage aboutit au même constat : le nom ne résout plus, ni en racine, ni en www. L’avertissement du 21 décembre 2023 reste, lui, accessible sur les avertissements diffusés par l’Autorité des marchés financiers : le régulateur n’a pas retiré son avis, la vitrine qu’il visait a cessé d’exister.

Les bases communautaires de signalement ne comportent aucune fiche associée à bouchonpourpre.com. Les personnes cherchant à documenter leur situation après coup ne trouveront donc aucun témoignage tiers déjà constitué.

La trace bancaire d’un versement à Bouchon Pourpre

Les versements effectués vers une plateforme disparue demeurent inscrits dans les comptes qui les ont reçus. Les personnes ayant souscrit à l’offre de Bouchon Pourpre ont viré des fonds vers des comptes bancaires réels : ces opérations figurent dans les relevés des établissements concernés, qu’ils aient émis ou reçu les sommes. C’est de ce côté, du côté des banques, que des recours restent envisageables.

Plusieurs démarches peuvent être engagées : un signalement auprès des autorités compétentes, un dépôt de plainte assorti des pièces du versement, une mise en cause de l’établissement ayant encaissé les fonds. La page consacrée au dépôt d’une plainte pénale récapitule les pièces à réunir et les interlocuteurs à saisir selon la situation.

Des versements ont été effectués sur la foi d’une vitrine viticole dont le nom ne figure plus nulle part ; la plateforme s’est éteinte, mais les comptes bancaires qui ont reçu ces fonds, eux, ont existé. C’est précisément sur cette réalité bancaire que Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate rattachée au barreau de Paris, intervient dans la vidéo ci-dessous. Elle y expose la responsabilité susceptible d’être recherchée auprès de l’établissement bancaire (qu’il soit émetteur ou destinataire des fonds), le devoir de vigilance qui pèse sur les banques quant à la provenance des sommes virées, et une condamnation solidaire prononcée par un tribunal dans un dossier de faux investissement. Elle indique aussi à quelles conditions une indemnisation peut être obtenue, y compris lorsque la plainte déposée au pénal s’est soldée par un classement sans suite.

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Bouchon Pourpre : trois éclaircissements pour les épargnants

Pourquoi l’inscription de Bouchon Pourpre sous le libellé « Biens divers / Vin » est-elle un signal d’alerte ?

L’Autorité des marchés financiers range sous le libellé « Biens divers / Vin » les offres qui proposent d’investir dans des biens tangibles (bouteilles, parts de cave) sans y être habilitées. Une telle inscription, datée du 21 décembre 2023, signifie que la plateforme sollicitait des fonds du public en dehors de tout cadre réglementaire reconnu. Elle constitue un avertissement nominatif : le nom bouchonpourpre.com y est cité explicitement, ce qui écarte toute ambiguïté sur l’identité visée. Une plateforme présente sur cette liste doit conduire à cesser tout contact et à ne procéder à aucun versement.

Que révèle le fait qu’une vitrine affiche le SIREN et le SIRET d’une société viticole existante ?

Afficher les identifiants réels d’une société immatriculée permet à une vitrine frauduleuse d’emprunter l’ancienneté et la crédibilité de cette société sans en être l’exploitant. Dans le cas de Bouchon Pourpre, le SIREN 880 909 346 renvoie à une société de vinification immatriculée le 20 janvier 2020 à Vosne-Romanée, alors que le nom de domaine n’a été créé qu’en novembre 2023. La brochure revendiquait pourtant une activité « depuis l’année 2020 », reprenant ainsi exactement la date d’immatriculation de la société réelle. Un candidat investisseur qui vérifie sommairement l’existence de la société trouve des identifiants exacts, mais rien ne rattache la vitrine à cette société.

La disparition du nom de domaine empêche-t-elle toute démarche ?

Non. L’effacement du nom de domaine ne fait disparaître ni l’inscription du 21 décembre 2023 sur les listes noires de l’AMF, ni les traces bancaires des versements effectués. Les virements figurent dans les relevés des établissements émetteurs et destinataires, et c’est sur ces écritures que peuvent s’appuyer un signalement, une plainte ou une action à l’encontre de la banque ayant encaissé les fonds.

Les personnes ayant versé des fonds sur bouchonpourpre.com l’ont fait en croyant souscrire à une cave d’investissement viticole à rendements annuels annoncés, dont l’identité affichée était celle d’une société de vinification réelle immatriculée à Vosne-Romanée, une société que la vitrine n’avait pas le droit de représenter. Bouchon Pourpre n’a plus d’inscription au registre du .com, mais l’avertissement du 21 décembre 2023 reste consultable sur les listes noires de l’AMF et atteste du caractère non habilité de l’offre. Face à toute proposition de placement viticole à rendement garanti, le réflexe le plus utile consiste à confronter le nom de la plateforme aux listes noires du régulateur et à vérifier que les identifiants affichés correspondent réellement à l’exploitant de la vitrine, avant d’engager la moindre somme.

Article réécrit le 10/10/2026

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