Le 28 novembre 2023, l’AMF inscrivait north-trader.com sur sa liste noire des sites non autorisés sous la qualification « Forex », et cette inscription demeure intacte dans l’édition de cette même liste consultée le 4 septembre 2026 : près de trois ans plus tard, rien n’a été retiré. C’est ce fait, à la fois daté et persistant, qui justifie la réécriture intégrale de l’article publié le 20 décembre 2023, lequel ne mentionnait pas cette mesure pourtant prononcée trois semaines plus tôt.
L’enquête menée sur le domaine north-trader.com a été consignée dans un constat internet réalisé le 29 novembre 2023, soit le lendemain même de l’inscription. Ce constat, réalisé selon la norme AFNOR Z67-147, constitue la source technique principale de ce dossier et permet de décrire avec précision ce que la plateforme proposait avant de disparaître. Les développements qui suivent s’appuient exclusivement sur les pièces ainsi réunies.

Sommaire
- North Trader : une sanction de l’AMF prononcée le 28 novembre 2023 et jamais levée
- Le constat AFNOR du lendemain, cinq pages conservées sous scellés
- Un gabarit qui répondait encore au nom de TeraTrades
- Des statistiques invérifiables et une adresse londonienne sans société
- Le nom immobilisé sur une page d’attente, et la trace des autres noms blacklistés
- Des pièces bancaires à réunir pour documenter les versements
- North Trader : les questions que les victimes nous adressent
North Trader : une sanction de l’AMF prononcée le 28 novembre 2023 et jamais levée
Le relevé publié par l’AMF recense les sites qui exercent une activité financière sans autorisation. North-trader.com y figure depuis le 28 novembre 2023, la qualification retenue étant « Forex ». Rien n’indique qu’il s’agisse d’une alerte provisoire, puisque la mention apparaît encore dans l’édition datée du 4 septembre 2026, sans qu’aucune procédure de retrait n’ait abouti entre-temps. L’article initial, publié le 20 décembre 2023 par BrokerDefense, analysait la plateforme sans avoir relevé cette inscription, pourtant prononcée à peine trois semaines plus tôt. La présente mise à jour corrige ce manque et rassemble les éléments techniques recueillis depuis.
Le relevé d’enregistrement établi au moment du constat, le 29 novembre 2023, donnait une création du nom au 5 avril 2020 pour une échéance au 5 avril 2024. L’enregistreur était GoDaddy.com, LLC, et l’identité du titulaire était masquée par le service de confidentialité Domains By Proxy, LLC, établi à Tempe, dans l’Arizona. Les serveurs de noms déclarés étaient ns45.domaincontrol.com et ns46.domaincontrol.com. Dès l’origine, l’identité des personnes derrière la plateforme était donc rendue illisible.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 13/09/2026
Le constat AFNOR du lendemain, cinq pages conservées sous scellés
Le 29 novembre 2023, soit le lendemain de l’inscription à la liste noire de l’AMF, un constat internet conforme à la norme AFNOR Z67-147 a été effectué sur l’adresse https://north-trader.com. Cette procédure normalise la manière dont les pages sont saisies et conservées afin qu’elles puissent être produites comme pièces dans une procédure judiciaire ou administrative. Cinq pages ont été capturées lors de cette opération : la page d’accueil, la page /about, la page /contacts, la page /privacy-policy et la page /indicators.
L’examen du code de ces pages révèle que le site était construit comme une application web d’une seule page reposant entièrement sur JavaScript. Trois fichiers sont explicitement référencés dans le code : /js/app.da2dccd6.js, /js/chunk-vendors.839194ec.js et /css/app.57434305.css. Cette architecture signifie que le contenu visible n’existe pas dans le HTML brut : il est généré dynamiquement par le moteur JavaScript du navigateur. Un visiteur dont le navigateur n’exécute pas JavaScript ne voit donc rien du contenu de la plateforme.
L’adresse IP relevée lors du constat était 51.38.145.61, rattachée à une infrastructure exploitée par OVH et géolocalisée en Pologne. Ce détail d’hébergement, pris seul, n’établit aucune responsabilité particulière : des milliers de sites légitimes utilisent les serveurs d’OVH. Il permet en revanche de situer l’empreinte technique de la plateforme à un instant précis et de constater qu’elle n’était pas hébergée en lien avec l’adresse londonienne affichée sur la vitrine.
Un gabarit qui répondait encore au nom de TeraTrades
L’un des éléments les plus significatifs relevés dans les pages conservées est la persistance d’un nom interne différent de celui affiché à l’écran. Dans le code source de chacune des cinq pages capturées, la balise apple-mobile-web-app-title, destinée à nommer l’application lorsqu’un utilisateur l’ajoute à l’écran d’accueil de son téléphone, contient non pas « North Trader » mais « TeraTrades ». Le même nom apparaît dans le message affiché aux visiteurs dont le navigateur n’exécute pas JavaScript : « We’re sorry but TeraTrades doesn’t work properly without JavaScript enabled ».
Ce constat technique indique que la vitrine north-trader.com avait été construite à partir d’un gabarit préexistant, qui portait encore le nom d’une autre entité. La marque affichée à l’utilisateur final différait donc de l’identité codée dans le socle technique de la plateforme. Ce type de réutilisation de gabarit est courant dans les structures qui déploient plusieurs vitrines sous des noms distincts à partir d’une même infrastructure de base.

Des statistiques invérifiables et une adresse londonienne sans société
La vitrine se présentait sous la dénomination « North Trader Incorporated » et affichait comme adresse de contact le 79 Buckingham Palace Rd, London SW1W 0AJ, United Kingdom. L’adresse de courriel du support était [email protected], et le bas de page portait la mention « © 2023 North Trader Incorporated ». Aucune des pièces réunies ne permet de rattacher cette dénomination à une société effectivement enregistrée auprès d’une autorité compétente.
La plateforme mettait en avant plusieurs chiffres destinés à inspirer confiance : « 26 000+ comptes ouverts », « 320 000+ transactions par mois », « 250+ outils », « 17 pays couverts » et « 67 000 000 $ de bonus versés ». Ces données sont présentées comme des faits établis sur la vitrine, mais aucune source indépendante ne permet de les corroborer ou de les contredire. Elles demeurent invérifiables et non étayées par la moindre pièce justificative accessible.
L’article d’origine relevait par ailleurs que la plateforme se présentait comme surveillée par la CySEC, le régulateur chypriote des marchés financiers, et qu’elle annonçait un effet de levier de 1:30. Or aucune autorisation correspondante n’avait pu être trouvée dans les registres publics de cet organisme. Revendiquer la supervision d’un régulateur reconnu sans en détenir l’agrément constitue l’un des procédés les plus fréquemment observés dans les dossiers de plateformes non autorisées.
Le nom immobilisé sur une page d’attente, et la trace des autres noms blacklistés
Après le constat, la trajectoire du nom north-trader.com est bien documentée. En novembre 2023, le domaine était enregistré depuis le 5 avril 2020 avec une échéance au 5 avril 2024. À partir du 30 mai 2024, toutes les copies disponibles du domaine ne renvoient plus qu’une redirection vers /lander, la page de stationnement de l’hébergeur. Autrement dit, aucune plateforme de trading n’a été servie depuis l’échéance du cycle d’enregistrement d’origine, en avril 2024.
La situation relevée le 13 septembre 2026 confirme que le domaine a été réenregistré dans un nouveau cycle : la date d’enregistrement est désormais le 23 juin 2025, l’échéance est fixée au 23 juin 2027 et la dernière modification date du 18 mai 2026. L’enregistreur reste GoDaddy.com, LLC, et les serveurs de noms ont changé : ils sont désormais ns27.domaincontrol.com et ns28.domaincontrol.com. Malgré ce nouveau cycle d’enregistrement, l’adresse ne sert toujours aucune plateforme : elle répond par une page de 114 octets qui redirige immédiatement le visiteur vers /lander. La marque north-trader.com est donc techniquement maintenue mais totalement inactive du point de vue de l’utilisateur.
Dans ce contexte, il est utile de signaler que deux autres noms ont été inscrits sur la même liste noire des sites non autorisés sous la qualification « Forex » à quelques jours d’intervalle. Le site gainful-markets.com a été inscrit le même jour que north-trader.com, soit le 28 novembre 2023, et fait l’objet d’un dossier distinct documenté par BrokerDefense. Le site universaltrade.io, pour sa part, a été inscrit sur cette liste le 8 décembre 2023 et est également documenté séparément. Ces inscriptions proches dans le temps sont relevées ici à titre de contexte : rien dans les éléments recueillis ne permet d’affirmer que ces noms partagent le même exploitant.
Des pièces bancaires à réunir pour documenter les versements
Les personnes qui ont effectué des versements vers des comptes indiqués par les interlocuteurs de north-trader.com disposent en général de plusieurs types de documents qui peuvent s’avérer utiles pour étayer leur dossier. Les relevés de compte bancaire ou d’établissement de paiement constituent la première pièce à réunir : ils permettent d’établir les dates, les montants et les références des opérations réalisées. Les confirmations de virement, qu’elles aient été émises par la banque émettrice ou reçues par courriel, doivent également être conservées dans leur version originale, sans modification.
Les échanges réalisés avec les interlocuteurs de la plateforme, que ce soit par courriel, par messagerie instantanée ou par téléphone lorsqu’une trace écrite existe, forment le deuxième ensemble de pièces à préserver. Les captures d’écran du compte de trading tel qu’il était affiché sur la plateforme, les documents contractuels éventuellement transmis, les demandes de retrait restées sans suite et les réponses reçues à ces demandes sont autant d’éléments qui peuvent contribuer à reconstituer la chronologie des faits. Plus l’ensemble de ces pièces est complet, plus il est possible d’évaluer les options disponibles.
Pour comprendre les démarches envisageables, consultez comment engager une procédure pénale.
Contactez notre service d’aide aux victimes
La question de la responsabilité de l’établissement bancaire ayant traité les virements litigieux est centrale dans plusieurs dossiers de ce type. Maître Anne Bernard-Dussaulx avocate à Paris, où son barreau est établi, expose dans l’entretien ci-dessous les conditions dans lesquelles une banque peut être tenue de rembourser intégralement une victime d’arnaque financière, ainsi que les arguments juridiques qui ont permis d’obtenir des indemnisations dans des affaires comparables.
North Trader : les questions que les victimes nous adressent
Le classement de north-trader.com par l’AMF sous la qualification « Forex » ne crée pas à lui seul un droit à remboursement, mais il constitue une pièce importante dans la constitution d’un dossier. Il établit officiellement, à la date du 28 novembre 2023, que la plateforme exerçait une activité financière sans y être autorisée. Ce constat peut être invoqué dans le cadre d’une plainte pénale, d’une procédure civile contre des tiers ayant facilité les paiements, ou d’une réclamation auprès d’un établissement bancaire. Le fait que cette mention n’ait jamais été levée, comme le confirme l’édition du 4 septembre 2026, renforce la valeur de cette pièce dans la durée.
Le réenregistrement du domaine le 23 juin 2025, avec une nouvelle échéance fixée au 23 juin 2027, est un fait technique relevé le 13 septembre 2026. À cette date, l’adresse ne sert toujours aucune plateforme de trading : elle renvoie uniquement vers la page de stationnement de l’hébergeur. Plusieurs raisons peuvent expliquer un tel maintien, sans qu’il soit possible de les confirmer à partir des seules données disponibles. Il arrive que des opérateurs conservent un nom pour éviter qu’il soit repris par un tiers, ou dans l’attente d’une réactivation. Quelle qu’en soit la raison, le maintien du domaine ne modifie pas la situation des victimes : la plateforme elle-même a cessé de fonctionner depuis l’expiration du cycle d’enregistrement initial en avril 2024.
Le nom « TeraTrades » apparaissait dans deux emplacements précis du code des cinq pages conservées lors du constat AFNOR du 29 novembre 2023 : la balise apple-mobile-web-app-title et le message affiché en l’absence de JavaScript. Ce constat technique démontre que la vitrine north-trader.com a été construite à partir d’un gabarit qui portait déjà un autre nom de marque. Ce type de réutilisation est fréquemment observé dans les structures qui déploient plusieurs vitrines distinctes à partir d’un socle commun. Cela ne signifie pas nécessairement que les deux marques ont eu les mêmes victimes ou les mêmes exploitants : cela indique simplement que le développement de north-trader.com n’est pas parti de zéro, et que le gabarit de base n’avait pas été entièrement nettoyé des références à sa version précédente.
Les personnes ayant utilisé north-trader.com se trouvent aujourd’hui devant une vitrine éteinte, un nom conservé mais inactif, et un classement prononcé en novembre 2023 par le régulateur qui n’a jamais été retiré. Le cas type est celui d’un déposant qui n’a plus accès à son espace client, qui n’obtient plus de réponse du support, et qui ignore par où commencer pour tenter de récupérer les sommes versées. Un premier examen des pièces, mené avec BrokerDefense, aide à distinguer ce qui demeure exploitable dans les documents conservés : ordres de virement passés, captures du compte de trading, messages échangés avec les interlocuteurs de la plateforme. C’est de cet inventaire que dépendent les options réellement ouvertes, sans promesse que l’enquête ne permet pas de tenir.
Article réécrit le 13/09/2026


