Sommaire
- Ballance Capital : le nom n’a pas survécu à sa première échéance
- Un écran d’accès sous l’emblème d’un lion
- Un partenariat avec Barclays Bank affiché sans rien pour l’étayer
- Une coquille de 2013 dont l’objet social habillait l’arnaque
- « coralmoonlimited » : le nom de l’escroquerie antérieure resté dans les textes
- Sans titulaire connu, les voies de droit qui demeurent
- Ballance Capital : ce que les internautes nous demandent
Ballance Capital : le nom n’a pas survécu à sa première échéance
Le nom ballance-capital.com a été enregistré le 26 avril 2023 pour une durée d’un an, avec une échéance fixée au 26 avril 2024 : cette échéance n’a jamais été honorée. Nos vérifications conduites le 13 septembre 2026 établissent que le nom ne figure plus au fichier des enregistrements du .com, ni sous sa forme nue ni sous la forme www, et qu’il ne résout plus vers aucune adresse.
La disparition est totale. Aucune fiche n’est restituée par le fichier des enregistrements, alors que la même recherche, appliquée à un nom connu pour rendre une fiche, produit bien un résultat : l’absence est donc positive, et non le signe d’un incident technique passager.
Ce résultat était prévisible dès l’enregistrement. Le titulaire avait choisi de se dissimuler derrière le service de confidentialité « Withheld for Privacy ehf », dont l’adresse déclarée était Kalkofnsvegur 2, Reykjavik, Islande. Ce mandataire islandais absorbait toutes les coordonnées de contact : à l’expiration du nom, plus aucune fiche, plus aucun bureau d’enregistrement, plus aucun serveur de noms et plus aucune adresse de contact ne permettent de retrouver un exploitant identifiable. La structure de confidentialité a fonctionné exactement comme un verrou de sortie.
Une vitrine qui avait été qualifiée, lors de notre publication d’origine du 3 octobre 2023, d’anomalie dans le paysage ordinaire des sites frauduleux, a donc disparu sans laisser la moindre trace nominative. L’exploitant n’a pas renouvelé, n’a pas transféré, n’a pas redirigé : il a laissé le nom s’éteindre.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 13/09/2026
Un écran d’accès sous l’emblème d’un lion
Un constat internet horodaté a été dressé le 2 octobre 2023 sur l’adresse https://ballance-capital.com/en/login, la veille de notre publication d’origine. Ce que ce constat a figé est d’une sobriété calculée : un fond bleu nuit, un écusson portant un lion, l’enseigne « Ballance Capital Markets » en lettres capitales, un champ « Email », un champ « Password », un bouton « Get Started », et la mention « Don’t have an account? » suivie d’un lien d’inscription.

Cette page ne comportait aucune mention d’une société, aucune adresse physique, aucune référence à un régulateur, aucun numéro d’immatriculation, aucun interlocuteur joignable. Elle ne donnait à l’internaute qu’une seule chose à faire : entrer ses identifiants ou créer un compte. Tout ce qui aurait permis de vérifier l’existence légale de l’entité était absent.

Un détail technique mérite attention : le visuel portant l’enseigne était servi depuis un répertoire de contenus daté de janvier 2021, soit plus de deux ans avant l’enregistrement du nom. Ce visuel avait donc une existence antérieure à la vitrine elle-même, ce qui suggère qu’il avait déjà servi ailleurs, ou qu’il avait été préparé longtemps à l’avance pour plusieurs usages.
Cette hypothèse est confortée par les copies publiques conservées du nom : une copie de novembre 2021 ne restitue qu’une page de renvoi publicitaire, ce qui établit que ballance-capital.com avait déjà été enregistré avant 2023, sous d’autres mains ou pour d’autres fins. La vitrine de 2023 n’était donc pas la première utilisation du nom.
Un partenariat avec Barclays Bank affiché sans rien pour l’étayer
L’article d’origine relevait que la vitrine se prévalait d’un partenariat avec Barclays Bank. Aucun élément venu depuis n’est de nature à étayer cette prétention. Barclays Bank est une institution dont l’histoire se compte en siècles : son nom, sa notoriété et l’image de solidité qu’elle inspire sont précisément ce que ce type de vitrine cherche à emprunter.
Le procédé est bien documenté dans les dossiers de fraude à l’investissement : afficher le nom d’une grande institution sans produire aucun document, aucun accord, aucune référence vérifiable. L’internaute qui lit le nom de Barclays Bank sur une page d’investissement est conduit à associer la crédibilité de l’institution à la vitrine qui l’invoque, sans que cette association repose sur quoi que ce soit de réel.
Il convient d’être explicite sur ce point : rien dans nos recherches ne permet d’établir un lien entre Barclays Bank et l’exploitation de cette vitrine. La mention de cette institution dans les textes de la vitrine ne constitue pas une preuve de relation, mais au contraire un signal d’alerte : une entité autorisée à se réclamer d’un partenariat bancaire produit des documents ; une entité qui ne peut pas en produire se contente d’écrire le nom.

Une coquille de 2013 dont l’objet social habillait l’arnaque
La vitrine revendiquait une société britannique clairement identifiée et une ancienneté remontant à 2013. La vérification menée à l’époque confirmait l’existence de cette société et la compatibilité de son objet social avec une activité d’investissement. Mais le fondateur allemand qui avait créé la structure en 2013 n’y figurait plus : la société avait été reprise par d’autres mains.
Ce mécanisme est plus économique que la création d’une entité nouvelle. Reprendre une société déjà immatriculée, dont l’objet social est déjà rédigé en termes financiers, permet d’afficher une date de création ancienne sans avoir à justifier dix années d’activité réelle. L’apparence d’ancienneté est l’un des ressorts les plus efficaces pour rassurer un épargnant : une société qui existe depuis 2013 semble avoir traversé des cycles, avoir des clients, avoir une histoire.
Or la pièce manquante du dossier est précisément celle que cette ancienneté était censée rendre inutile : aucune autorisation d’exercer n’était mentionnée sur la vitrine. La vitrine se présentait comme londonienne et se réclamait du régulateur britannique, mais aucune référence à un numéro d’agrément, aucune inscription dans un registre d’intermédiaires autorisés n’était produite. L’objet social de la société reprise n’est pas une autorisation d’exercer : ce sont deux choses entièrement distinctes.

La combinaison d’une société ancienne, d’un objet social financier et d’une vitrine soignée constituait un habillage suffisamment crédible pour retarder les vérifications. Mais l’absence d’autorisation reste la pièce manquante, et elle ne peut pas être comblée par l’ancienneté d’une immatriculation.
« coralmoonlimited » : le nom de l’escroquerie antérieure resté dans les textes
L’article d’origine avait relevé un aveu involontaire : le nom de l’escroquerie précédente de l’exploitant était resté en toutes lettres dans les textes de la vitrine, écrit « coralmoonlimited ». Ce type de résidu se produit lorsqu’une vitrine est construite en réutilisant les fichiers d’une vitrine antérieure, sans que tous les textes aient été nettoyés. Ce que cela établit est limité mais net : la vitrine ballance-capital.com n’était pas la première opération de son exploitant.

Sur le plan technique, le dossier présentait plusieurs caractéristiques cohérentes avec une opération organisée. Les serveurs de noms relevés au moment de l’enregistrement appartenaient à la même famille, dns1 et dns2.registrar-servers.com, rattachés au bureau d’enregistrement Namecheap Inc. La signature DNSSEC était absente. Les statuts enregistrés étaient « clientTransferProhibited » et « addPeriod ». L’hébergement, relevé par le constat, pointait vers l’adresse 194.15.113.84, localisée en Tchéquie, dont le nom inverse était grukj.promos4us.co.uk, et le chemin réseau passait par des équipements tchèques.
Les copies publiques conservées du nom dessinent une trajectoire claire : une copie du 30 juin 2023 restitue exactement la page d’accès décrite par le constat ; une copie du 27 avril 2024, au lendemain de l’échéance, ne restitue plus qu’une page par défaut d’un mandataire ; une copie de décembre 2025 renvoie vers un répertoire de renvoi ; ensuite, plus aucune copie et plus aucune résolution.
Ce dossier n’est pas isolé dans notre base. Le dossier Banque Populaire Finance International, publié le 28 septembre 2023, décrivait une fausse banque empruntant le nom et l’image d’un groupe mutualiste français selon un schéma d’usurpation comparable. De même, le dossier bceefinances.com, publié le 2 octobre 2023, concernait un nom enregistré le 24 avril 2023 pour une échéance du 24 avril 2024, elle aussi jamais honorée : deux réservations d’un an, ouvertes à deux jours d’intervalle, abandonnées à un an d’intervalle. Les bureaux d’enregistrement et les hébergements relevés dans ces deux dossiers sont différents, mais ces concordances de calendrier rapprochent les deux affaires.
Nos vérifications du 13 septembre 2026 ont aussi porté sur les listes publiées par les autorités de marché. La recherche menée sur l’ensemble des fichiers de listes publiés par l’AMF, quelle que soit la qualification retenue, ainsi que sur la page de synthèse, ne fait apparaître aucune entrée correspondant au nom ballance-capital.com. Cette absence ne vaut pas quitus : elle indique simplement que ce nom n’a été porté à la connaissance d’aucune autorité jusqu’ici. Elle ne doit pas non plus être lue comme un acquittement de la vitrine, mais comme le constat qu’un nom utilisé une seule année, sans société déclarée, n’a jamais été porté à la connaissance d’un régulateur.
Sans titulaire connu, les voies de droit qui demeurent
La disparition du nom ne clôt pas les voies de recours. La première démarche consiste à relever, sur les relevés bancaires, chaque virement exécuté vers la vitrine : le montant, la date, le compte bénéficiaire et l’établissement qui a reçu les fonds. Ce relevé est la pièce de départ de toute procédure, qu’elle soit civile ou pénale.
Vient ensuite la question du compte qui a réellement encaissé les opérations. Un virement vers une vitrine d’investissement frauduleuse transite nécessairement par un ou plusieurs comptes bancaires : ces comptes ont des titulaires, et les établissements qui les hébergent ont des obligations de vigilance. La responsabilité de l’établissement qui a laissé passer l’opération sans déclencher les contrôles requis peut être engagée, y compris lorsque le titulaire de la vitrine demeure inconnu.
Sur le plan pénal, les faits documentés dans ce dossier recoupent les qualifications d’escroquerie et d’exercice illégal d’une activité financière. L’absence d’autorisation d’exercer, la fausse revendication d’ancienneté, la prétention de partenariat avec une institution bancaire et le résidu du nom d’une escroquerie antérieure constituent autant d’éléments susceptibles d’alimenter une plainte. Nos explications sur la marche à suivre pour déposer plainte détaillent les étapes concrètes de cette démarche.
Quiconque a ouvert un compte sur la vitrine ballance-capital.com et exécuté des virements vers celle-ci dispose encore d’une fenêtre d’action, à condition de rassembler sans délai les preuves accessibles : captures d’écran des pages de compte, historiques de connexion, courriels reçus depuis la plateforme, et relevés bancaires correspondant aux opérations effectuées. Ces documents sont la matière première de tout recours.
Ci-dessous, Maître Goce Novakov, avocat dont l’inscription est enregistrée auprès de l’Ordre de Paris, revient sur une victoire juridique obtenue par une victime de faux investissement : un établissement bancaire y a été condamné pour n’avoir pas satisfait à son devoir de vigilance en laissant filer les opérations.
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Ballance Capital : ce que les internautes nous demandent
La disparition du nom ne signifie pas que tout recours est fermé. Les virements exécutés vers la vitrine ont transité par des comptes bancaires identifiables sur les relevés. L’établissement qui a reçu ou laissé passer ces fonds peut voir sa responsabilité engagée, même si le titulaire de la vitrine reste inconnu. Rassembler les relevés bancaires et les preuves de connexion reste la première étape indispensable.
La société britannique mentionnée existait bien et son objet social était financier. Mais son fondateur d’origine n’y figurait plus au moment des faits : elle avait été reprise par d’autres mains précisément parce que son objet social était compatible avec une activité d’investissement. L’existence d’une immatriculation ancienne ne constitue pas une autorisation d’exercer, et aucune autorisation de ce type n’était mentionnée sur la vitrine.
Le nom « coralmoonlimited » était resté en toutes lettres dans les textes de la vitrine ballance-capital.com. Il désigne l’escroquerie antérieure de l’exploitant. Ce résidu apparaît lorsqu’une vitrine est construite en réutilisant les fichiers d’une opération précédente sans en supprimer toutes les traces. Cela établit que la vitrine Ballance Capital n’était pas la première opération de son exploitant, sans qu’il soit possible d’en dire davantage sur son identité.
Article réécrit le 13/09/2026


