Sommaire
- L’AMF a retenu ce nom sous la qualification Forex, le 8 décembre 2023
- Le constat de mai 2023 avait déjà établi l’essentiel sur la vitrine
- Des rendements promis et une assurance réservée aux plus gros comptes
- Ce qui subsiste du nom en septembre 2026
- Les recours encore ouverts malgré la disparition de la vitrine
- Une plainte encore possible, sans exploitant identifiable
- Questions posées sur le sort de crytomerge.com
L’AMF a retenu ce nom sous la qualification Forex, le 8 décembre 2023
Le 8 décembre 2023, l’Autorité des marchés financiers a inscrit « www.crytomerge.com » sur sa liste noire sous la qualification « Forex ». La mention portée sur la fiche ne laisse aucune place au doute : selon le régulateur, aucune habilitation ne lui a été accordée pour proposer au public français des placements ou des services financiers. Cette inscription est consultable directement sur la fiche publiée par l’AMF. Ce qui rend cette date particulièrement notable, c’est qu’elle tombe deux jours après l’échéance d’enregistrement du nom, fixée au 6 décembre 2023 : le régulateur a formalisé son inscription au moment précis où le nom arrivait au terme de sa première année d’existence.
Pour comprendre pourquoi cette vitrine avait pu attirer l’attention, il faut rappeler l’apparence qu’elle s’était donnée. Elle se présentait comme une plateforme d’investissement dans les crypto-monnaies, affichait une adresse à New York et soignait son habillage visuel. Rien, dans cette mise en scène, ne permettait d’identifier une société réelle : aucun nom de société, aucun numéro de registre du commerce, aucune mention de régulation.
Notre constat du 9 mai 2023 avait relevé les données d’enregistrement suivantes : le nom avait été créé le 6 décembre 2022, avec une échéance fixée au 6 décembre 2023. Le bureau d’enregistrement était Namecheap. Le titulaire était masqué derrière un service de confidentialité domicilié à Reykjavik, en Islande. Les serveurs de noms déclarés étaient amalia.ns.cloudflare.com et nash.ns.cloudflare.com, et le transfert du nom était verrouillé.
Les listes publiées par le régulateur ont été relues le 15 septembre 2026 : la ligne retenue le 8 décembre 2023 y figure toujours, sous la même qualification et avec la même date. Le nom ne résolvant plus et le fichier des enregistrements du .com ne livrant plus rien à ce nom, tout exploitant est aujourd’hui impossible à identifier par cette voie.
L’état de l’enregistrement de ce nom reste consultable dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 15/09/2026
Le constat de mai 2023 avait déjà établi l’essentiel sur la vitrine
Notre constat, daté du 9 mai 2023 et portant sur la cible https://www.crytomerge.com/, compte dix-neuf pages. Il documente trois pages de la vitrine : la page d’accueil, une page de présentation de la société et une page de conditions générales. Il est accompagné de captures d’écran pleine page, d’un journal réseau de 916 445 octets, d’une vidéo de 57 325 531 octets, et de l’empreinte SHA-256 de chacun de ces fichiers. Le titre relevé sur la cible était « Crytomerge ».
La première anomalie visible tenait à l’identité de l’entité. La vitrine affichait une adresse à New York, ce qui lui conférait une apparence de sérieux pour un épargnant francophone peu familier du secteur. Pourtant, aucun nom de société n’était mentionné, aucun numéro de registre du commerce n’était fourni, et aucune mention de régulation n’apparaissait nulle part. Pour une entité se présentant comme américaine, cette absence totale d’information corporative constituait l’anomalie la plus visible dès la première lecture.
Le contenu des conditions générales et de la page de présentation ne comblait pas ce vide. Ces pages développaient un discours commercial sans jamais désigner la personne morale responsable, sans indiquer sous quelle autorité de surveillance elle opérait, et sans préciser dans quel cadre juridique les fonds confiés seraient gérés. Tout reposait sur la seule apparence de la page d’accueil.
Les relevés techniques consignés dans le rapport de constat complétaient ce tableau. La vitrine était servie derrière un réseau de diffusion de contenu qui assurait aussi sa résolution de noms et son certificat, avec le chiffrement activé par défaut et une adresse en IPv6. Un module de traduction instantanée de page et une déclaration d’adaptation aux écrans mobiles complétaient l’ensemble. La messagerie associée combinait une boîte fournie par un hébergeur grand public et une messagerie d’entreprise tierce, avec un enregistrement d’authentification de courrier déclaré. Ces éléments donnaient à la vitrine une apparence de professionnalisme technique sans révéler quoi que ce soit sur ses exploitants.
Parmi les images que la vitrine chargeait figurait un fichier nommé « anydesk », du nom de l’utilitaire de prise en main à distance fréquemment mobilisé dans ce type de dossier pour intervenir sur l’ordinateur d’un épargnant. La présence de ce fichier dans les ressources de la page était déjà, à elle seule, un signal d’alerte documenté dans notre rapport.
Des rendements promis et une assurance réservée aux plus gros comptes
La page d’accueil de la vitrine articulait son discours autour de trois formules : « Manage your investments easily and effectively », « Does your money need speed? » et « We make wise investments ». Ces slogans, rédigés en anglais, visaient à produire un effet de sérieux et d’internationalité. Pour un épargnant en quête de rendement rapide, la référence new-yorkaise et la langue anglaise pouvaient suffire à créer une impression de légitimité.
Au-delà de ces formules, la vitrine proposait une assurance aux détenteurs des comptes les plus élevés. Or un placement n’est pas un risque assurable au sens où l’entend le droit des assurances : cette offre relevait de la surenchère commerciale, destinée à rassurer ceux qui s’apprêtaient à confier les sommes les plus importantes. Elle exploitait précisément le moment de vulnérabilité d’un épargnant qui hésite, cherche une garantie supplémentaire et finit par interpréter cette promesse comme un gage de solidité.
Aucune information ne permettait de vérifier qui se trouvait derrière la page. L’exploitant n’affichait ni autorisation opposable, ni adresse de société. Le dispositif était conçu pour que l’apparence tienne lieu de preuve, et pour que la question de l’identité réelle de l’exploitant ne se pose pas avant qu’il soit trop tard.

Ce qui subsiste du nom en septembre 2026
Au 15 septembre 2026, ni crytomerge.com ni www.crytomerge.com ne résolvent : aucune adresse de serveur n’est plus publiée pour ce nom. Le fichier des enregistrements du .com ne livre plus rien à ce nom. Pour écarter l’hypothèse d’un incident de consultation, un contrôle a été mené le même jour sur un nom témoin du même fichier, qui a bien restitué sa fiche : l’absence porte donc bien sur ce nom-là.
Les copies publiques conservées de ce nom permettent de retracer ce qui s’est passé après l’échéance du 6 décembre 2023. En 2024, le nom ne renvoyait plus que des redirections puis un refus de servir. En 2025 et jusqu’en janvier 2026, il servait une page en langue chinoise, dont le titre relevait de contenus pour adultes et dont les rubriques reprenaient des dépêches d’entreprise d’un groupe chinois. Aucune copie archivée n’a été conservée après janvier 2026. Le nom a donc été repris pour un usage entièrement étranger à la finance, puis il a cessé d’exister.
Les listes de mise en garde publiées par l’AMF, réunies dans six fichiers, ont été relues le 15 septembre 2026 pour ce dossier : la ligne retenue le 8 décembre 2023 y figure toujours. Ces constats établissent que la vitrine a bien existé, qu’elle a été reconnue comme non autorisée par le régulateur français, et que le nom a ensuite changé d’usage avant de disparaître. Ils ne permettent pas, en revanche, d’identifier les personnes physiques qui ont exploité la vitrine.
Sur la question de l’orthographe voisine : le nom cryptomerge.com, qui correspond à l’orthographe exacte avec le « p », était déjà enregistré depuis 2019 par un tiers, chez un autre bureau d’enregistrement. Sa page d’accueil ne mène aujourd’hui qu’à une redirection commerciale de ce bureau. Nos relevés ne font apparaître aucun élément qui rattacherait ce nom tiers à la vitrine documentée en mai 2023.
Les recours encore ouverts malgré la disparition de la vitrine
La disparition du nom ne clôt pas nécessairement toutes les voies de recours. Les relevés bancaires des personnes qui ont effectué des virements vers des comptes associés à cette vitrine constituent la première pièce à réunir : ils permettent d’identifier l’établissement destinataire, le pays de domiciliation du compte et, parfois, le nom sous lequel ce compte était ouvert.
L’identification du destinataire réel des sommes versées est une étape distincte de la recherche sur le nom de domaine. Les opérateurs de ce type de vitrine utilisent généralement des comptes ouverts dans des juridictions peu coopératives, mais la traçabilité bancaire reste possible dès lors que les relevés sont complets et que la demande est formulée dans le cadre d’une procédure judiciaire. La responsabilité de l’établissement qui a laissé passer les virements peut également être examinée.
D’autres dossiers documentés par BrokerDefense éclairent des mécanismes comparables. universaltrade.io est l’autre adresse retenue le même jour que ce nom sur la même liste du régulateur, et elle avait déjà été documentée par nos soins en juin 2023. omegapro.world relève de la même période et son volet pénal a été instruit aux États-Unis : ces deux dossiers sont distincts de celui-ci, mais ils illustrent l’étendue des montages actifs au même moment.
Un arrêt de la Cour de cassation, rendu au terme de onze ans de procédure dans un dossier d’arnaque aux faux investissements, est décrypté par Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate qui exerce à Paris et relève du barreau. Il donne une mesure concrète de ce que représente une procédure longue et de ce qu’elle peut néanmoins aboutir à produire.
Une plainte encore possible, sans exploitant identifiable
L’absence de tout exploitant identifiable ne rend pas une plainte sans objet. Dans ce dossier, les fonds ont transité sous la forme de virements bancaires vers des comptes à l’étranger, dans le cadre d’un prétendu placement en crypto-monnaies. Ce canal est précisément celui que les enquêteurs spécialisés savent remonter, à condition que les pièces soient réunies dès le départ.
Les pièces utiles sont celles qui documentent la relation avec la plateforme : relevés bancaires faisant apparaître les virements, échanges par courrier électronique ou via les formulaires de contact de la vitrine, et copies conservées des pages de la vitrine telle qu’elle se présentait au moment des faits. Notre constat du 9 mai 2023 constitue une base documentaire exploitable pour établir ce qu’était la vitrine à cette date.
Pour comprendre ce qu’implique concrètement le dépôt d’une plainte dans un dossier de ce type, notamment en ce qui concerne les qualifications pénales envisageables et les juridictions compétentes, les éléments réunis dans ce qu’implique une plainte dans ce type de dossier permettent d’aborder cette étape avec une vision claire des démarches à engager.
Questions posées sur le sort de crytomerge.com
Non. Les relevés du 15 septembre 2026 ne trouvent plus aucune adresse de serveur pour ce nom, et aucune ligne ne subsiste à ce nom dans le fichier des enregistrements. Les copies archivées montrent que le nom a été repris après décembre 2023 pour un usage sans rapport avec la finance, avant de cesser d’exister entièrement.
Le régulateur a retenu ce nom le 8 décembre 2023 sous la qualification Forex, ce qui signifie qu’il n’a reconnu à cet acteur aucun droit de commercialiser des placements auprès du public français. La vitrine ne mentionnait aucun agrément, aucun numéro d’enregistrement et aucune information permettant d’identifier la société responsable. La fiche du régulateur reste consultable.
Réunir l’ensemble des relevés bancaires documentant les virements effectués, conserver tous les échanges avec la plateforme et les copies des pages de la vitrine, puis se rapprocher d’un avocat ou d’un service spécialisé. La disparition du site ne ferme pas la voie pénale : l’identification de l’établissement destinataire des fonds reste possible à partir des relevés bancaires.
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Article réécrit le 15/09/2026


