Sommaire
- Le nom fxtime.io repris en octobre 2024, la plateforme n’est plus servie
- Les pages relevées le 27 avril 2023 : aucune mention légale
- WordPress 6.2, Elementor et un module de traduction derrière la vitrine
- Des versements en cryptomonnaies confiés à un intermédiaire sans qualité
- De l’enregistrement de juillet 2020 à la reprise d’octobre 2024
- Ce qui peut encore être produit devant une juridiction
- Ce que l’on nous demande encore sur FXTime
Le nom fxtime.io repris en octobre 2024, la plateforme n’est plus servie
Le 27 avril 2023, la page servie à l’adresse fxtime.io se présentait comme celle d’un courtier complet, avec des rubriques par famille de marché, des pages sur les types de comptes, un espace de trading présenté comme un poste de travail accessible depuis un navigateur, et un formulaire d’inscription. Cette vitrine n’est plus desservie depuis le printemps 2023 : aucune archive publique ne la montre après le 18 mai 2023. Le nom lui-même a changé de mains, repris par un nouveau titulaire le 12 octobre 2024, soit plus d’un an après l’échéance du premier enregistrement, fixée au 16 juillet 2023.
Ce que dessert aujourd’hui l’adresse fxtime.io ne ressemble plus à rien de ce que notre constat a figé. La page ne contient aucun texte : le document fait quelques centaines d’octets et son seul code renvoie le visiteur vers une adresse secondaire du même nom, assortie d’un identifiant de session. Interrogé par une requête d’en-tête, le service répond par une redirection vers un site de questionnaires. Le logiciel serveur qui répond s’identifie sous le nom « Cowboy ». Un témoin de session est déposé sur le poste du visiteur avec une date d’expiration en 2094. Trois sous-domaines courts, formés du préfixe ww suivi d’un numéro, répondent depuis trois adresses réseau différentes. Ce contraste, entre la vitrine documentée en 2023 et ce que le nom recouvre désormais, est le point de départ de cette mise à jour.
Ce schéma de reprise d’un nom laissé sans titulaire n’est pas isolé. BrokerDefense a décrit une situation comparable avec binetrix.com, où le nom d’une vitrine documentée avait lui aussi été repris après la disparition de la plateforme d’origine. Dans les deux cas, le nom reste techniquement actif, mais ce qu’il désigne n’a plus aucun rapport avec ce que les victimes ont connu.
Dernière mise à jour : 16/09/2026
Les pages relevées le 27 avril 2023 : aucune mention légale
Le constat dressé le 27 avril 2023 selon le référentiel AFNOR Z67-147 a figé l’ensemble de ce que la page servait à cette date. Le titre de la page était « FXTime » et la mention « your reliable trading partner » y figurait en bonne place. La vitrine proposait une entrée par série de marché : changes, indices, matières premières, actions, monnaie numérique. Elle comprenait également une rubrique sur les taux des banques centrales, une sur les reports de position, une sur les horaires du marché des changes, des pages sur les types de comptes et sur les bonus, un centre d’aide, des documents juridiques, ainsi qu’un formulaire de connexion et un formulaire d’inscription. Une adresse de courrier électronique d’assistance, construite sur le nom de domaine, était affichée.
Aucune mention de régulation ne figurait dans ces pages. Aucune raison sociale, aucun siège, aucun numéro d’immatriculation n’était affiché. La vitrine se donnait toutes les apparences d’un courtier opérationnel sans fournir les éléments d’identification minimaux qu’un prestataire de services d’investissement est tenu de rendre publics. Ce défaut d’identification est une constante que BrokerDefense retrouve dans les dossiers qu’il instruit : la vitrine de Directfxtrade présentait le même vide sur ce point, malgré une apparence professionnelle comparable.
Le jour du constat, la page répondait depuis l’adresse 172.67.199.190, derrière l’infrastructure de Cloudflare. La fiche d’enregistrement, le relevé réseau et les copies d’écran ont été conservés dans le dossier, ce qui permet aujourd’hui de documenter avec précision ce que la vitrine servait et ce qu’elle ne divulguait pas.
WordPress 6.2, Elementor et un module de traduction derrière la vitrine
Le relevé technique du dossier identifie les composants logiciels qui constituaient la vitrine au moment du constat. La plateforme reposait sur WordPress 6.2, associé au constructeur de pages Elementor en version 3.12.2 et à sa version professionnelle. Le thème activé était twentytwenty, thème généraliste distribué par défaut avec WordPress. Un module de traduction et une couche de compatibilité pour navigateurs anciens complétaient l’installation.
Les éléments recueillis signalent également des fichiers de la bibliothèque de médias datés de juin à septembre 2020, ce qui situe la constitution initiale du site à cette période, cohérente avec la date d’enregistrement du nom relevée au 16 juillet 2020. La page ne comportait aucun dispositif de mesure de fréquentation, de sorte que le nombre de visiteurs reçus ne peut pas être estimé.
L’assemblage décrit correspond à une construction rapide à partir d’outils accessibles sans compétence de développement particulière. Ce type de configuration, combinant un constructeur visuel et un thème standard, permet de produire une vitrine d’apparence professionnelle en un temps très court. Le relevé technique du dossier ne permet pas d’identifier les personnes qui ont opéré cette installation.
Des versements en cryptomonnaies confiés à un intermédiaire sans qualité
Le témoignage recueilli en 2023 décrit le mécanisme par lequel les fonds étaient collectés. Pour alimenter un compte de trading sur la plateforme, la personne devait verser des cryptomonnaies. Ce versement ne transitait pas par un processeur de paiement agréé : il passait par un intermédiaire qui n’était ni un processeur de paiement ni une société constituée à ce titre.
Ce circuit de collecte présente deux conséquences directes pour les personnes concernées. D’une part, les fonds versés ont suivi une chaîne de transactions sur la blockchain, ce qui laisse une trace technique consultable, à condition de disposer des adresses de portefeuille utilisées lors des opérations. D’autre part, l’absence de processeur de paiement qualifié rend inapplicables les mécanismes habituels de contestation de transaction prévus par les établissements bancaires pour les paiements par carte.
Le recours à un intermédiaire sans qualité pour la collecte des fonds est un élément qui revêt une importance particulière dans la constitution du dossier. Il distingue ce type de montage des cas où la collecte passe par un établissement de paiement identifiable, et il oriente les démarches vers des procédures spécifiques à la nature des actifs numériques.
De l’enregistrement de juillet 2020 à la reprise d’octobre 2024
La fiche d’enregistrement relevée le jour du constat indiquait une date de création au 16 juillet 2020 et une échéance annoncée au 16 juillet 2023. Namecheap en était le bureau d’enregistrement. Derrière le masque d’un prestataire de confidentialité islandais, dont l’adresse publiée est à Reykjavik, l’identité du titulaire n’était pas communiquée. Deux serveurs de noms Cloudflare, agustin et leah, étaient déclarés au registre. Le statut portait la mention « transfert interdit au client ».
La fiche d’enregistrement relevée aujourd’hui présente un tout autre profil. La date de création y est enregistrée au 12 octobre 2024, l’échéance au 12 octobre 2026, et la dernière modification relevée porte la date du 11 août 2026. Le bureau d’enregistrement est CommuniGal Communication Ltd. L’identité du titulaire reste couverte par un prestataire de confidentialité dont l’adresse est à Paphos, à Chypre. Le registre déclare désormais deux serveurs de la famille emu-dns. La mention « transfert interdit au client » subsiste. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Six listes sont tenues à jour par l’AMF, page récapitulative comprise. Aucune ne reprend le nom de cette vitrine. Cette absence ne vaut en aucun cas autorisation, régularité ou agrément d’aucune sorte.
Maître Goce Novakov, avocat dont le ressort de barreau couvre Paris, qui revient dans l’entretien ci-dessous sur un arrêt d’appel confirmant la condamnation d’une banque et l’indemnisation des victimes dans une affaire d’escroquerie à l’investissement.
Ce qui peut encore être produit devant une juridiction
Malgré la disparition de la vitrine, plusieurs éléments conservés dans le dossier restent mobilisables. Le constat dressé selon le référentiel AFNOR Z67-147 constitue un document recevable devant une juridiction : il fixe, à la date du 27 avril 2023, l’état exact de ce que la page servait, avec ses composants, ses rubriques et ses formulaires. Les copies d’écran, la fiche d’enregistrement et le relevé réseau conservés au même moment complètent ce socle documentaire.
Deux séries d’éléments propres à chaque dossier individuel revêtent une importance particulière. D’une part, les échanges avec les interlocuteurs qui se présentaient comme le service client de la plateforme : courriers électroniques, captures de messagerie instantanée, transcriptions de conversations, tout ce qui permet de retracer la relation et les instructions reçues. D’autre part, le relevé des achats de cryptomonnaies effectués pour alimenter le compte : confirmations d’achat, relevés de portefeuille, identifiants de transaction sur la blockchain. Ces deux séries constituent la matière première à partir de laquelle la plainte qui peut encore être déposée peut être étayée.
La nature numérique des fonds versés ne rend pas ces transactions introuvables. Les transactions sur la blockchain sont publiques et permanentes : à partir des adresses de portefeuille utilisées lors des versements, il est possible de reconstituer le cheminement des fonds et d’identifier les portefeuilles destinataires. Ce travail de reconstitution peut être produit dans le cadre d’une procédure pénale.
Ce que l’on nous demande encore sur FXTime
La récupération de fonds versés en cryptomonnaies vers un intermédiaire sans qualité dépend de la possibilité d’identifier les portefeuilles destinataires et de les soumettre à une mesure conservatoire dans le cadre d’une procédure judiciaire. Cette démarche suppose de réunir préalablement les éléments documentaires qui permettent de retracer les transactions. Aucune garantie de résultat ne peut être donnée indépendamment de l’examen des pièces disponibles dans chaque dossier.
Un nom de domaine laissé sans titulaire à l’échéance de son enregistrement peut être repris par n’importe quelle personne qui en fait la demande auprès d’un bureau d’enregistrement : c’est précisément ce qui s’est produit ici, le 12 octobre 2024. Ce nouvel enregistrement ne reconstitue pas la plateforme d’origine et ne crée aucun lien de continuité avec l’exploitant qui gérait la vitrine en 2023. Rien ne permet d’établir que l’usage actuel du nom relève du même exploitant.
Les pièces les plus utiles sont les confirmations d’achat de cryptomonnaies émises par la plateforme d’échange utilisée, les relevés de portefeuille numérique montrant les adresses de destination, et les identifiants de transaction inscrits sur la blockchain. Ces éléments, associés aux échanges conservés avec les interlocuteurs de la plateforme, permettent de reconstituer le circuit des fonds et d’en produire une description précise dans le cadre d’une procédure.
Les personnes qui ont alimenté un compte sur fxtime.io en versant des cryptomonnaies restent aujourd’hui sans interlocuteur : plus de plateforme, plus de service client, plus d’adresse à qui écrire. Le dossier constitué en 2023 reste le seul point d’appui documenté sur lequel une démarche peut s’appuyer. Une première lecture du dossier par BrokerDefense, avant toute action, indique ce qui peut encore être utile.
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Article réécrit le 16/09/2026


