Rdf-investissement.com arnaque : quatre dirigeants introuvables

L’identité d’un gestionnaire luxembourgeois reprise par une vitrine sans titulaire

En 2021, la vitrine rdf-investissement.com a emprunté le nom et la présentation d’un gestionnaire de patrimoine luxembourgeois réel, RDF Investissement, immatriculé au registre du commerce du Grand-Duché sous la référence B150560, en y ajoutant un fondateur et une équipe dont aucune trace n’existait en dehors de ses propres pages. Le 2 août 2021, le régulateur français a ouvert une entrée au nom de www.rdf-investissement.com, portant la mention « autre acteur non autorisé ». Relue le 20 septembre 2026, cette entrée est toujours là, à la même date et avec le même libellé.

Cette mention désigne un nom employé sans qu’aucun acteur habilité ne le porte : ni société de gestion agréée, ni prestataire de services d’investissement déclaré. Ce que le régulateur consigne ici, c’est l’absence totale d’habilitation derrière une vitrine qui se présentait comme un fonds commun de placement. Cette inscription est consultable sur la fiche nominative publiée par le régulateur français.

Cinq ans après, le nom de domaine ne se trouve plus au registre des .com : l’entrée du régulateur demeure la seule trace officielle de cette opération.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Avec 250 gestionnaires annoncés, des références de marché invérifiables

La vitrine affichait des chiffres présentés comme des indicateurs d’activité : « plus de 250 gestionnaires », « 8 000 transactions » quotidiennes, « un portefeuille d’actifs en gestion dépassant les 900 M€ », et une date de fondation revendiquée en 2010. Le catalogue de produits comprenait un livret de placement baptisé « Livret Azur », présenté comme couvrant à la fois le capital et les intérêts, un compte-titres, des achats groupés, des placements alternatifs et une gestion autonome.

L’ensemble était présenté comme luxembourgeois, mais le numéro de téléphone communiqué pour joindre la plateforme aux heures de bureau était un numéro parisien : le 01 84 60 54 80. Cette contradiction géographique n’était accompagnée d’aucune explication. Le titre même de la page d’accueil portait une faute : « RDF Investisement », avec un seul « s ».

Aucun de ces chiffres ne renvoyait à une publication comptable, à un document de gestion ou à une autorisation vérifiable. Un fonds commun de placement ne peut légalement être géré que par une société de gestion agréée. Aucune société de ce type n’était identifiable derrière rdf-investissement.com : pas de code d’agrément, pas de rapport annuel, pas de dépositaire nommé. Les 900 M€ annoncés et les 8 000 transactions quotidiennes n’avaient aucun ancrage dans un document produisible.

Quatre noms présentés comme l’équipe du fonds, aucun vérifiable ailleurs

La vitrine de 2021 mettait en avant une équipe dirigeante composée de quatre personnes. « Richard de Faroles » était présenté comme président fondateur. À ses côtés figuraient « Hervé-Charles Ribout » à la gestion des risques, « Etienne de Courville » au poste de directeur des opérations, et « François Carlier » comme directeur des finances. Aucun de ces quatre noms ne se retrouve dans une source extérieure à la vitrine : ni registre professionnel, ni presse économique, ni document de société, ni base de données publique.

Le nom mis en avant comme président fondateur sur la vitrine de 2021.
Le nom mis en avant comme président fondateur sur la vitrine de 2021. Source : copie conservée de Rdf-investissement.com.

Les fautes relevées sur presque toutes les pages renforçaient le caractère fabriqué de la présentation : « avoisinnant » pour « avoisinant », « il a décider », « savoirs-faire », « Celà », ou encore « une interface déiée ». L’enregistrement du nom était anonymisé, sans identité de titulaire déclinée, et le nom n’avait été enregistré que pour un an.

Ce type de construction, une équipe de direction fictive adossée à un nom réel emprunté, se retrouve dans d’autres dossiers de la même période. Rodrigmarkets.com, documenté en juillet 2021, présentait une entreprise imaginaire comme société exploitante de la plateforme. Alpsmarkets.com, de la même période, était une vitrine que le régulateur avait écartée dans les mêmes semaines. Ces deux dossiers sont cités comme repères d’une vague contemporaine : aucun élément ne relie rdf-investissement.com à l’un ou l’autre de ces cas.

La vitrine s’est éteinte en quelques mois et le nom a suivi

La dernière copie conservée montrant le contenu commercial de rdf-investissement.com est datée du 9 décembre 2021. Une copie du 22 décembre 2021 ne restitue plus qu’une redirection. À partir du 25 janvier 2022, puis en mai 2022, les copies conservées ne contiennent plus qu’une page de maintenance d’une seule ligne. La vitrine a donc cessé d’être servie dans les semaines qui ont suivi son inscription au fichier du régulateur. Un service public d’analyse de pages web conserve deux relevés pour ce nom, le dernier daté du 9 juin 2022.

Au 20 septembre 2026, le nom rdf-investissement.com ne se trouve plus au registre des .com. Pour s’assurer que ce silence n’est pas un incident de consultation, un nom enregistré du même registre a été interrogé le même jour à titre de témoin : il a répondu normalement. Le silence constaté pour rdf-investissement.com est donc réel. Pour ce nom, plus aucun service ne répond : le système de noms n’en garde aucune trace, aucune adresse de machine, aucun serveur de noms, aucune boîte aux lettres électronique, aucune zone de texte.

Les traces qui demeurent sont celles d’avant la disparition : les copies conservées du contenu commercial, les relevés du service d’analyse, et l’inscription du régulateur du 2 août 2021. L’enregistrement du nom, à l’époque anonymisé, reste lisible dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Des pièces qu’un versement sur cette vitrine laisse encore

Toute personne qui a répondu au démarchage téléphonique conduit au nom de rdf-investissement.com et passé des virements vers les coordonnées communiquées par l’interlocuteur qui se présentait comme gestionnaire de compte dispose, en principe, de pièces utilisables. Les ordres de virement exécutés vers le livret présenté comme couvrant capital et intérêts constituent des documents bancaires horodatés. Les échanges écrits reçus de cet interlocuteur, messages électroniques ou courriers, forment un second ensemble. Le numéro de téléphone utilisé lors du démarchage peut être consigné dans un relevé d’appels.

La démarche immédiate consiste à écrire à la banque qui tenait le compte débité afin d’obtenir la copie des ordres exécutés, en visant expressément rdf-investissement.com, les dates et les montants. Cette demande fait entrer le dossier dans les écritures de l’établissement, ce qui pèsera si une procédure est engagée. La plainte vient ensuite, avec l’ensemble de ces pièces jointes.

Un dossier jugé en appel montre ce que ce type de démarche peut donner lorsque la banque a laissé filer des opérations sans réagir. Maître Goce Novakov, avocat dont l’ordre professionnel est celui de Paris, expose dans la séquence qui suit les motifs de la décision rendue contre l’établissement, la faute retenue à sa charge et les sommes allouées aux épargnants trompés. Ce dossier n’est pas celui de rdf-investissement.com, mais le raisonnement qu’il détaille éclaire des situations comparables.

Porter plainte quand l’exploitant n’est plus identifiable

La disparition du nom ne clôt pas le dossier pour une personne lésée. L’inscription du 2 août 2021 reste consultable, opposable et utilisable comme pièce dans toute procédure. Les copies conservées du contenu commercial de la vitrine, datées jusqu’au 9 décembre 2021, et les relevés du service d’analyse conservés jusqu’au 9 juin 2022, gardent leur valeur probatoire. Une plainte peut être déposée sans que le titulaire du nom soit identifié : l’enquête judiciaire dispose de ses propres moyens pour remonter les flux financiers et les infrastructures techniques employées.

L’absence de titulaire déclaré au registre des .com ne retire pas aux pièces rassemblées leur caractère exploitable. Elle déplace simplement la charge d’identification vers les autorités compétentes. Le recueil complet de ces avertissements reste consultable sur les pages que le régulateur français consacre aux acteurs non autorisés. Pour les étapes de la procédure pénale, notamment la constitution de partie civile, les modalités pratiques sont détaillées dans le guide consacré à la saisine du juge répressif.

Des questions restées ouvertes sur ce dossier

Le registre des .com ne mentionne plus rdf-investissement.com et son titulaire n’a jamais été déclaré : une personne démarchée par cette vitrine peut-elle encore agir ?

Oui. L’absence de titulaire identifiable au registre ne constitue pas un obstacle à une plainte. Elle signifie que l’identité de l’exploitant n’est pas connue avant l’ouverture d’une enquête, non qu’elle est définitivement inaccessible. Les autorités judiciaires disposent de réquisitions leur permettant d’interroger les hébergeurs, les registrars et les établissements financiers ayant reçu les virements. Les pièces rassemblées par la personne démarchée, virements, messages reçus de l’interlocuteur se présentant comme gestionnaire de compte, numéro de téléphone du démarchage, servent de point de départ à ces recherches.

L’inscription du régulateur date du 2 août 2021 et le nom n’existe plus : a-t-elle encore une valeur concrète en 2026 ?

Elle conserve une valeur documentaire pleine. Une entrée portant cette mention n’est pas retirée lorsque le nom disparaît du registre : elle reste consultable et opposable. Dans un dossier pénal ou civil, elle établit qu’à la date du 2 août 2021, une autorité publique avait formellement constaté l’absence d’habilitation derrière rdf-investissement.com. Cette constatation officielle renforce la démonstration qu’une personne ayant versé des fonds après cette date ne pouvait pas être en relation avec un acteur légalement autorisé.

Plusieurs années après les virements exécutés vers les coordonnées communiquées par rdf-investissement.com, quels documents une banque peut-elle encore fournir ?

Un établissement bancaire est tenu de conserver les relevés d’opérations et les pièces justificatives des virements exécutés pendant dix ans à compter de la date de l’opération. Une demande écrite adressée à l’établissement teneur du compte, mentionnant les dates, les montants et le bénéficiaire des virements, permet d’obtenir les confirmations de virement, les relevés de compte et, le cas échéant, les éléments relatifs à la vigilance exercée au moment de l’exécution. Ces documents peuvent être produits dans une plainte ou une procédure civile.

Rdf-investissement.com a cessé d’exister dans le système de noms, mais la situation des personnes qui ont répondu à son démarchage téléphonique et versé des fonds vers le livret présenté comme couvrant capital et intérêts reste entière. Les virements ont été exécutés, les relevés bancaires existent, et l’inscription du régulateur du 2 août 2021 constitue un repère daté et opposable. Ce que la disparition du nom change, c’est uniquement la visibilité de l’exploitant, non la réalité des flux ni la possibilité d’agir. BrokerDefense.net accompagne les personnes placées dans cette situation vers les démarches adaptées à ce type de dossier.

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Article réécrit le 20/09/2026

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