Le 2 juin 2021, le jour même où BrokerDefense publiait son enquête, l’AMF inscrivait agipopci.online sur sa liste noire des entités non autorisées, avec la qualification « Usurpation ». Cette coïncidence de date n’est pas anodine : elle témoigne de la réactivité du régulateur face à un dispositif qui exploitait la notoriété d’une société de prévoyance française bien réelle pour attirer des épargnants vers un portail de connexion sans identité légale.
Cinq ans plus tard, nos recherches indiquent que les deux noms de domaine au cœur de l’usurpation, agipopci.online et agipo.online, ont totalement disparu de la base du registre .online. Le sous-domaine connexion.agipo.online, qui constituait la seule façade visible du dispositif, ne répond plus lui non plus. Aucune archive, aucun certificat, aucune fiche de registre : le montage technique a été effacé dans son intégralité.
Cette mise à jour revient sur l’ensemble du dossier, de l’inscription au registre de l’AMF jusqu’au démantèlement technique des domaines, en documentant le mode opératoire et les démarches disponibles pour les personnes qui auraient versé des fonds à la suite d’un démarchage effectué au nom d’AGIPI.
Sommaire
- L’AMF a inscrit agipopci.online le jour même de notre enquête
- Un double effacement dans la base du registre .online
- AGIPOPCI, la société de prévoyance dont le nom a été emprunté
- Un portail de connexion pour seul visage
- Des fonds confiés au nom d’AGIPI : comment réagir
- FAQ : vos questions sur l’usurpation AGIPI
L’AMF a inscrit agipopci.online le jour même de notre enquête
La fiche publiée sur le site de l’AMF confirme une inscription datée du 2 juin 2021, à 14h08 (data-published-date : 202106021408), soit quelques heures à peine après la mise en ligne de notre premier article. La qualification retenue par le régulateur est sans ambiguïté : « Usurpation ». Cette mention signifie que le nom de domaine agipopci.online était utilisé pour se faire passer pour une entité légitime, en l’occurrence la société AGIPOPCI, membre du groupe AGIPI, sans avoir obtenu une quelconque autorisation de cette dernière ni de son régulateur.
L’inscription sur la liste noire de l’AMF constitue un signal d’alerte officiel destiné à prévenir les épargnants. Elle ne donne pas lieu, en elle-même, à une procédure judiciaire déclenchée d’office, mais elle atteste que les autorités françaises ont identifié le domaine comme un vecteur de fraude. Notre analyse de la situation confirme que cette inscription est toujours en ligne et consultable à ce jour sur le site de l’AMF.
Depuis lors, nos outils techniques indiquent que les deux domaines ont franchi un second cap : ils ne sont plus simplement inactifs, ils ont été supprimés de la base du registre .online. L’interrogation directe de la base du registre Radix (l’opérateur de l’extension .online) renvoie une erreur 404 assortie de la mention « Domain is available for registration » pour agipopci.online comme pour agipo.online. Autrement dit, le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine pour l’un ou l’autre de ces deux noms.
Pour consulter la fiche officielle du régulateur, rendez-vous sur la fiche d’agipopci.online sur le site de l’AMF. La liste noire de l’AMF est par ailleurs consultable via le portail ABE Infoservice, qui centralise les listes noires de l’AMF et de l’ACPR.
Dernière mise à jour : 01/09/2026
Un double effacement dans la base du registre .online
Nos vérifications du 1er septembre 2026 confirment un effacement complet et symétrique des deux noms de domaine impliqués dans l’usurpation. L’interrogation de la base du registre Radix, opérateur de l’extension .online, renvoie une erreur 404 accompagnée de la mention « Domain is available for registration » pour agipopci.online d’une part, et pour agipo.online d’autre part. Ces deux noms ne sont donc plus déposés : le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, que l’on interroge le domaine nu, le préfixe www ou le sous-domaine connexion.agipo.online.
Cette situation est distincte d’un simple abandon de site : lorsqu’un domaine reste enregistré sans contenu, il continue d’exister dans les bases des registres et peut être résolu. Ici, les deux noms ont été soit non renouvelés jusqu’à leur libération complète, soit supprimés de manière anticipée. Dans les deux cas, il n’existe plus aucun point d’entrée technique permettant d’accéder à l’un ou l’autre des sites associés à l’usurpation.
Notre analyse des journaux de transparence des certificats SSL ne fait apparaître aucun certificat délivré pour agipopci.online, agipo.online ou connexion.agipo.online : aucune fiche n’y est référencée. De même, aucune archive de ces domaines n’existe sur la Wayback Machine, ce qui prive toute analyse ultérieure des copies de référence et rend la description du portail entièrement tributaire des observations effectuées lors de notre enquête de 2021.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
AGIPOPCI, la société de prévoyance dont le nom a été emprunté
La société AGIPOPCI est une entité française parfaitement réelle et identifiée. Il s’agit d’une SAS au capital variable de 47 millions d’euros, dont le siège social est établi au 6 place de la Pyramide, Tour Majunga, La Défense 9, 92800 Puteaux. Elle figure au Registre du commerce et des sociétés depuis le 17 novembre 2011 et à l’INSEE depuis le 10 novembre 2011 (SIREN 537906067). Membre du groupe AGIPI, acteur reconnu de la prévoyance et de l’épargne en France, la société AGIPOPCI bénéficie d’une notoriété construite sur plusieurs décennies d’activité dans un secteur réglementé.
C’est précisément cette notoriété que les auteurs de l’usurpation ont cherché à capter. En reprenant la dénomination sociale « AGIPOPCI » et les éléments graphiques associés à la marque AGIPI, ils ont fabriqué une apparence de légitimité destinée à rassurer des épargnants peu familiers des vérifications réglementaires. La technique repose sur un principe simple : plus l’entité imitée est connue et solide, plus la tromperie initiale est efficace. L’absence totale de lien entre la société réelle de La Défense et le portail connexion.agipo.online n’était nullement signalée aux personnes démarchées.
Ce type d’usurpation d’identité de société française s’observe régulièrement dans les dispositifs de fraude à l’investissement. BrokerDefense a par exemple documenté le cas de HERODOM BANQ, un faux prêteur lui aussi inscrit sur la liste noire de l’AMF, dont l’opération reposait sur une façade de crédibilité institutionnelle. De la même manière, nous avons analysé l’usurpation de l’identité de la société Elga Finances, une autre société française dont les références légales ont été détournées pour donner corps à un site frauduleux. Dans le cas d’AGIPOPCI, la greffe était d’autant plus redoutable que le groupe AGIPI dispose d’une présence nationale et d’une image associée à la sécurité financière, deux attributs particulièrement recherchés par des épargnants en quête de placements solides.
Un portail de connexion pour seul visage
Le dispositif technique mis en place était d’une sobriété calculée. Le domaine parent agipopci.online ne répondait déjà plus lors de notre enquête de 2021 : aucun contenu n’y était accessible, aucune présentation de l’entité, aucun document légal. L’ensemble du volet visible reposait sur un unique sous-domaine, connexion.agipo.online, accessible à l’adresse connexion.agipo.online/fr/admin/login.
Cette page affichait un espace de connexion qualifié de « privé », présenté comme un accès réservé aux clients de la plateforme. L’absence de vitrine commerciale, de mentions légales, de coordonnées ou de numéro d’agrément rendait toute vérification indépendante impossible pour un épargnant non averti. Ironiquement, le message affiché en page d’accueil invitait lui-même à la prudence, une posture en décalage complet avec la nature du dispositif.
Ce choix architectural n’est pas anodin : en limitant la présence en ligne à un simple formulaire de connexion, les opérateurs réduisaient la surface exposée aux moteurs de recherche et aux outils de veille réglementaire, tout en maintenant une apparence de plateforme professionnelle. Le portail servait de façade pour orienter les épargnants vers de prétendus « professionnels » de l’investissement, dont la mission était de les convaincre de procéder à des versements de fonds. Aucune identité de l’exploitant n’était fournie à aucun moment du parcours, ni sur le portail de connexion, ni dans les échanges rapportés par les personnes contactées.
Des fonds confiés au nom d’AGIPI : comment réagir
Si vous avez été démarché par téléphone ou par courriel par des personnes se présentant comme des conseillers du groupe AGIPI ou de la société AGIPOPCI, et si vous avez été invité à vous connecter sur le portail connexion.agipo.online afin de suivre un investissement ou de finaliser un versement, la première étape consiste à rassembler toutes les preuves disponibles avant toute autre démarche.
Conservez sans délai l’intégralité des échanges par courriel avec les interlocuteurs qui se présentaient comme des conseillers, ainsi que les relevés téléphoniques permettant d’identifier les numéros utilisés lors des appels de démarchage. Si vous disposez de captures d’écran du portail de connexion ou de documents remis au cours de la relation commerciale fictive, rassemblez-les dans un dossier dédié. Notez également les références de tout virement effectué vers des coordonnées bancaires transmises après votre connexion à la plateforme connexion.agipo.online : le nom du bénéficiaire, le numéro de compte, la date et le montant constituent des éléments essentiels pour les autorités.
Contactez votre établissement bancaire dès que possible pour signaler le virement et demander si une procédure de rappel de fonds est envisageable. Cette démarche est particulièrement urgente dans les premières heures suivant le virement, même si elle reste possible ultérieurement selon les établissements et les circuits utilisés.
Déposez plainte auprès du procureur de la République ou d’un service de police ou de gendarmerie. Mentionnez explicitement les noms de domaine agipopci.online et connexion.agipo.online, l’inscription de l’AMF du 2 juin 2021, ainsi que les coordonnées des personnes qui vous ont contacté. Notre page Le pénal / Porter plainte détaille les étapes de cette procédure et les éléments à fournir pour constituer un dossier recevable. N’attendez pas que les domaines réapparaissent ou que de nouveaux contacts se manifestent : la plainte peut et doit être déposée sur la base des éléments déjà en votre possession.
Maître Irina Georgieva, avocate au barreau de Sofia, revient dans cet entretien sur les recours des victimes de faux investissement, entre indemnisation des victimes, recours précontentieux et victoire amiable. Retrouvez sa page dédiée : Maître Irina Georgieva.
FAQ : vos questions sur l’usurpation AGIPI
Non. Nos vérifications du 1er septembre 2026 confirment que le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine. L’interrogation de la base du registre Radix, opérateur de l’extension .online, renvoie une erreur 404 avec la mention « Domain is available for registration » pour agipopci.online comme pour le domaine parent agipo.online. Le sous-domaine connexion.agipo.online ne répond pas non plus. Aucune archive de ces sites n’existe sur la Wayback Machine et aucun certificat SSL n’apparaît dans les journaux de transparence des certificats SSL. Le dispositif frauduleux a été intégralement supprimé du registre.
Les auteurs de l’usurpation ont repris la dénomination sociale AGIPOPCI et les éléments identitaires de la marque AGIPI pour crédibiliser leurs démarches de démarchage par téléphone et par courriel. Ils orientaient ensuite leurs cibles vers un portail de connexion hébergé à l’adresse connexion.agipo.online/fr/admin/login, présenté comme un espace client privé d’une plateforme d’investissement. Aucun lien n’existait entre ce portail et la véritable société AGIPOPCI, SAS au capital variable de 47 millions d’euros dont le siège est établi à La Défense et inscrite au RCS depuis 2011. L’AMF a qualifié cette pratique d’« Usurpation » et a inscrit agipopci.online sur sa liste noire le 2 juin 2021.
Rassemblez immédiatement toutes les preuves disponibles : relevés de virement, échanges par courriel et par téléphone avec les faux conseillers, captures du portail connexion.agipo.online si vous en disposez, et tout document transmis au cours de la relation commerciale fictive. Contactez votre banque pour signaler le virement et demander si un rappel de fonds est possible. Déposez ensuite plainte auprès du procureur de la République ou d’un service de police ou de gendarmerie, en mentionnant explicitement les noms de domaine agipopci.online et connexion.agipo.online ainsi que l’inscription de l’AMF du 2 juin 2021. Notre page dédiée aux démarches pénales vous accompagne dans la constitution de votre dossier.
Le dossier agipopci.online et connexion.agipo.online illustre la trajectoire complète d’un dispositif d’usurpation : une inscription sur la liste noire de l’AMF le jour même de la publication de notre enquête, puis un effacement total du registre .online constaté cinq ans plus tard. Pour les personnes qui auraient versé des fonds à la suite d’un démarchage conduit au nom d’AGIPI et orienté vers le portail de connexion connexion.agipo.online, la disparition technique des domaines ne met pas fin aux voies de recours : plainte pénale, démarche bancaire et accompagnement juridique restent disponibles sur la base des preuves réunies en 2021 ou conservées depuis lors. Ce dossier rappelle également que la solidité apparente d’un nom, d’un logo ou d’une dénomination sociale ne constitue pas une garantie suffisante : avant tout versement, vérifier l’existence d’un agrément auprès de l’AMF ou de l’ACPR et contrôler l’identité réelle de son interlocuteur restent les seules précautions véritablement protectrices.
Article réécrit le 01/09/2026



2 Comments
Bonjour ,
Je me suis faite arnaquer par agipopci .Lorsque l’individu qui se fait passer pour un certain William Amont a été découvert, il m’a insulté , vraiment traité de tous les noms.Y-a t-il un moyen de les piéger ou de récupérer un peu d’argent (l’escroquerie se monte à 5000 euros )
cordialement,
Je me suis fait arnaqué de 29000 par se même monsieur si quelqu’un peut m’aider pour récupérer ne fussent qu une partie