Sommaire
- Un dépôt d’un an, et plus rien au fichier du .com
- Aucun renouvellement n’a suivi le 2 avril 2024
- Le « club » de cryptomonnaies vu par notre constat de juillet 2023
- Trois descriptions contradictoires pour une même enseigne
- Un hébergement à Hong Kong et un second portail pour la négociation
- Les relevés bancaires survivent à la fermeture d’un site
- Trois points que l’on nous demande souvent sur Funex
Un dépôt d’un an, et plus rien au fichier du .com
Le nom funextrade.com a été déposé le 2 avril 2023 à 09:47:45 UTC pour une durée de douze mois, portant l’échéance au 2 avril 2024. Notre constat AFNOR Z67-147 du 27 juillet 2023 a relevé la vitrine en pleine activité à cette adresse. Consulté le 14 septembre 2026, le fichier des enregistrements en .com ne contient plus rien à ce nom : aucune fiche ne subsiste, ce qui va bien au-delà d’un simple défaut de résolution.
Le fichier conservé lors de notre constat de 2023 établissait les éléments suivants : bureau d’enregistrement Gname.com Pte. Ltd. (identifiant IANA 1923, Singapour), statut « clientTransferProhibited » interdisant tout transfert du nom, serveurs de noms a.share-dns.com et b.share-dns.net, DNSSEC non signé. Le propriétaire affiché du nom passait par un prestataire qui occulte l’identité des titulaires, le pays déclaré étant Hong Kong, et la dernière mise à jour du fichier elle-même datait du jour du dépôt, le 2 avril 2023.
Le 14 septembre 2026, ni l’adresse nue funextrade.com ni sa forme « www » ne résolvent plus : l’interrogation d’un résolveur public renvoie un statut de nom inexistant. Cette vérification a été conduite en parallèle avec l’interrogation d’un nom témoin de contrôle, lequel a bien rendu sa fiche, confirmant que la procédure était opérationnelle et que l’absence de réponse pour funextrade.com lui est propre.
Il ne reste de cette place de change qu’un constat de juillet 2023 et des copies publiques limitées à cette journée, auxquelles s’ajoute la copie du sous-domaine mobile du 4 avril 2023.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 14/09/2026
Aucun renouvellement n’a suivi le 2 avril 2024
Une durée d’enregistrement limitée à douze mois est inhabituelle pour un projet se réclamant d’une envergure mondiale. Le nom n’a pas été maintenu au fichier des enregistrements, et plus aucun serveur ne répond aujourd’hui pour lui.
Le calendrier est parlant : le nom déposé le 2 avril 2023 était déjà servi au public moins de quarante-huit heures plus tard, puisque la première copie publique du sous-domaine mobile date du 4 avril 2023. Notre constat du 27 juillet 2023, soit trois mois après le dépôt, a trouvé la vitrine opérationnelle. Rien ne documente une activité postérieure à l’été 2023. Entre cette date et l’échéance d’avril 2024, aucune trace publique ne subsiste.
Ces constats permettent d’établir la durée d’existence documentée de la vitrine, mais ils ne permettent pas de déterminer combien de personnes ont effectué des versements ni à quelle période précise ces opérations ont eu lieu. Ce qui demeure certain, c’est que la disparition d’une adresse ne prive pas les personnes trompées des traces de leurs virements exécutés vers cette place de change, ni de leurs échanges de messagerie ou de courriel, ni de leurs relevés bancaires. Dans la même vague de vérifications, un autre dossier a abouti au même constat d’une inscription retirée du fichier des enregistrements, celui de l’enseigne Gainground.pro.
Le « club » de cryptomonnaies vu par notre constat de juillet 2023
Le bandeau principal de la vitrine affichait « FUNEX CLUB’S DIGITAL COIN SERVES » et formulait trois promesses en anglais : transaction ultra rapide, frais de transaction réduits et sécurité haut de gamme. L’interface proposait des sections intitulées « Futures Trade », « Customer Service » et « Quick Deposit », et accueillait le visiteur par la mention « Welcome to Funex Trade ».
Le tableau de marché présentait vingt-cinq paires cotées en USDT : BTC, ETH, LTC, XRP, TRX, EOS, BCH, ADA, XMR, NEO, DASH, BSV, HT, QTUM, WBTC, IOTA, ELA, SNT, WICC, MASS, WOO, ONSTON, DAO, NAS et ETC. Au moment du relevé, le bitcoin était affiché à 29 496,51 dollars, NEO accusait une variation de moins 44,04 % et NAS de moins 10,40 %. Ces valeurs situent le constat dans un contexte de marché précis et constituent les seules données chiffrées documentées pour cette vitrine.
L’interface comportait un sélecteur de huit entrées de langue, dont deux entrées distinctes identiquement libellées en anglais, ainsi que les menus Home, Markets, Exchange, Margin et Assets, complétés par « Night mode », « About us » et « clear cache ». Une mention « Please Login » figurait également sur la page relevée.
La version française de la vitrine, telle que la documentent les deux bandes d’écran publiées dans notre article de 2023, portait les formulations suivantes : « N’importe quand, n’importe où, négoce de terminaux multiplateformes » et « Couvrant plusieurs plates-formes iOS, Android et Windows, prenant en charge toutes les fonctions commerciales ». Le menu correspondant proposait « transaction de contrat », « seconde transaction de contrat » et « Exploitation minière verrouillée ».

La page conservée ne porte ni nom d’exploitant, ni siège social, ni aucune autorisation de marché. Aucun élément d’identification légale n’y figure.
Trois descriptions contradictoires pour une même enseigne
L’article d’origine du 14 août 2023 relevait que la même enseigne se présentait simultanément sous trois identités incompatibles : une cryptomonnaie qualifiée de « révolutionnaire », « la première plateforme de trading d’actifs numériques au monde » et un « négoce de terminaux multiplateformes ». Ces trois formulations ne renvoient pas au même objet et ne peuvent désigner qu’une seule entité qu’à condition d’accepter une incohérence fondamentale dans la communication commerciale.
La mention « Funex UAB » apparaissait dans cette communication. La forme juridique UAB renvoie aux sociétés à responsabilité limitée des États baltes, mais nos recherches d’alors n’ont permis d’identifier aucune société immatriculée sous ce nom, aucun siège déclaré et aucun numéro d’enregistrement. Cette mention est donc restée sans rattachement vérifiable à une entité existante.
Le vocabulaire technique employé dans les menus confirmait cette impression d’assemblage : des intitulés comme « Exploitation minière verrouillée » juxtaposés à des rubriques de place de change ordinaire ne correspondent à aucune famille reconnue d’instrument financier ou de service d’investissement. L’article d’origine qualifiait déjà ce procédé d’emploi du vocabulaire technique « au hasard ».

Un hébergement à Hong Kong et un second portail pour la négociation
Notre constat du 27 juillet 2023 a relevé l’adresse IP 118.26.36.211, localisée à Hong Kong et rattachée à UCLOUD INFORMATION TECHNOLOGY (HK) LIMITED. Aucun nom inverse n’était associé à ce serveur. Nos relevés techniques classaient la vitrine dans le jeu de données de navigation d’un navigateur grand public et identifiaient un hébergeur infonuagique chinois pour le serveur concerné.
L’infrastructure comportait deux espaces distincts : l’interface de change servie aux visiteurs, relevée à l’adresse https://www.funextrade.com/ft/, et un second portail accessible depuis le même domaine sous un autre chemin, doté de sa propre bibliothèque de graphiques. Le sous-domaine mobile du nom disposait d’une première copie publique datée du 4 avril 2023, soit quarante-huit heures après le dépôt du nom.
Les appels d’interface relevés alimentaient un cours et un fil d’actualités. Les requêtes du relevé pointaient principalement vers funextrade.com, avec quelques exceptions : une adresse secondaire de téléversement rattachée à bigoocoin.com, un second domaine aogcoin.info, ainsi que des ressources issues d’une bibliothèque de composants et d’un répartiteur de contenu hébergés en Chine. Vérifiés le 14 septembre 2026, ces deux domaines secondaires ne répondent plus : bigoocoin.com n’accepte plus aucune connexion, et aogcoin.info ne sert plus qu’une page d’erreur d’infrastructure.
Les six listes que l’AMF tient à jour ont été relues le 14 septembre 2026 pour ce dossier, page récapitulative comprise : aucune ligne ne reprend funextrade.com. La vérification a porté sur chacun des thèmes que ces documents couvrent, des produits dérivés aux options binaires. Ce silence ne vaut pas certificat de régularité ; il indique seulement qu’aucune autorité française n’a identifié cette entité. Ces constats établissent donc la matérialité d’une place de change servie depuis Hong Kong pendant une brève période, et ils ne disent rien de ceux qui l’exploitaient.
Ce schéma d’hébergement fragmenté entre Hong Kong et la Chine continentale, associé à un titulaire masqué et à des adresses secondaires elles-mêmes disparues, constitue un ensemble que nos vérifications retrouvent dans d’autres dossiers de la même période. Un nom inscrit au fichier « Forex » de l’AMF et dont la vitrine a aujourd’hui disparu est documenté dans notre enquête sur RXK Capital.
Maître Michel Orsini, avocat inscrit à l’ordre des avocats de Paris, expose dans son intervention le mécanisme des escroqueries montées autour des crypto-actifs, la manière dont les flux financiers peuvent être suivis et les conditions dans lesquelles un préjudice peut être réparé.
Les relevés bancaires survivent à la fermeture d’un site
Chaque virement exécuté vers une place de change de cryptomonnaies laisse une trace dans les relevés de compte de la personne qui l’a effectué. Cette trace subsiste indépendamment du fait que la vitrine ait cessé d’être accessible : la date, le montant, le bénéficiaire apparent et l’établissement teneur de compte figurent dans un document que la personne lésée peut produire à l’appui d’une démarche.
Ces relevés permettent d’engager la recherche de l’intermédiaire qui a reçu les fonds et du bénéficiaire final, deux éléments distincts que les enquêteurs spécialisés cherchent à identifier séparément. La responsabilité de l’établissement financier qui a laissé passer les opérations peut également être examinée, notamment lorsque les versements présentaient des caractéristiques inhabituelles.
Les échanges par messagerie ou par courriel avec les opérateurs de la plateforme constituent une seconde famille de pièces à conserver : ils peuvent établir la nature des promesses formulées et l’identité des interlocuteurs. Réunir ces éléments avant d’entreprendre toute démarche accélère le traitement du dossier. Notre page sur les étapes à suivre pour porter plainte détaille cette procédure.
Trois points que l’on nous demande souvent sur Funex
Oui. Les relevés de votre compte gardent la date et le montant de chaque virement adressé à cette place de change, et ces pièces survivent à la disparition d’un nom de domaine. Les échanges écrits avec vos interlocuteurs, conservés tels quels, viennent compléter ce socle et permettent de reconstituer les promesses qui vous ont été faites.
Non, aucune. Rien dans les publications du régulateur français ne rattache ce nom à une mise en garde. Ce n’est pas rassurant pour autant : l’enseigne a opéré sans jamais être épinglée par une autorité, ce qui complique l’identification de ceux qui la faisaient tourner.
Aucun nom de personne ni de société n’apparaît derrière cette adresse. Le fichier d’enregistrement consulté ne désignait qu’un prestataire chargé d’occulter l’identité du propriétaire, avec un pays déclaré : Hong Kong. La mention « Funex UAB » figurait dans la communication de l’enseigne, mais cette forme juridique baltique n’a été rattachée à aucune société identifiée, aucun siège ni aucun numéro d’immatriculation. Le serveur, lui, était hébergé à Hong Kong chez UCLOUD INFORMATION TECHNOLOGY (HK) LIMITED.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 14/09/2026



2 Comments
Bonjour,
Article très intéressant et merci pour cette analyse détaillée. En lisant, je me suis posé une question peut-être un peu hors-sujet, mais qui pourrait être utile à certains lecteurs pour éviter toute confusion : existe-t-il un risque que des personnes malintentionnées exploitant cette arnaque « Funex » profitent de la similarité de nom avec un médicament réel, le Funex (qui est un antifongique à base de fluconazole) pour ajouter une couche de crédibilité à leur escroquerie ? Je pense notamment à des faux témoignages ou à l’utilisation d’images du médicament dans leur propagande.
Pour information, voici la fiche du médicament réel pour ceux qui voudraient vérifier : https://pillintrip.com/fr/medicine/funex
Auriez-vous des retours ou des éléments sur ce type de détournement dans vos expertises ?
Cordialement,
Marc
Bonjour,
Votre question est très intéressante et nous nous l’étions posée. Usurper un nom de médicament pour une escroquerie financière est en effet curieux.
Cependant nous sommes arrivés à une conclusion plus prosaïque. Elle tient à la notoriété du nom du médicament qui est déjà connu. Cela permet non seulement de surfer sur une tendance déjà établie d’un point de vue du référencement internet, mais aussi de masquer les résultats de recherches négatifs sur l’arnaque dans une vague de résultats médicaux. Egalement cela rend les recherches plus difficile et cela va contribuer à tromper les systèmes automatiques de déréférencement des arnaques qui ne vont pas faire la différence entre le médicament et l’arnaque financières.
Par contre une fausse utilisation médicale, je ne pense pas.
Marc Bouzy