Xpoken.com a servi de vitrine à une plateforme de trading qui promettait l’accès à plus de dix mille actifs, des comptes présentés comme sécurisés et des retraits rapides, sans jamais nommer la moindre société exploitante ni le moindre régulateur.
L’Autorité des marchés financiers rangeait fr.xpoken.com parmi les sites non autorisés dès le 28 avril 2022, quinze mois avant la parution de notre première enquête. La vitrine a cessé son activité en 2025. Le nom, lui, est resté enregistré jusqu’en 2027 et a porté, entre-temps, une offre sans aucun rapport avec la finance. Interrogée le 15 septembre 2026, l’adresse ne rend plus qu’une page d’erreur.
Dernière mise à jour : 15/09/2026
Sommaire
- L’AMF avait épinglé l’adresse française bien avant notre enquête
- Ce que la vitrine de juin 2023 promettait, et ce qu’un constat a figé
- Après la plateforme, le même nom a servi une offre sans rapport avec la finance
- Enregistré jusqu’en 2027, le nom ne répond plus à l’adresse
- Ce qu’une personne ayant viré des fonds peut encore réunir
- La voie pénale et les pièces qui la rendent praticable
- Ce qu’il reste à établir sur l’exploitation de xpoken.com
L’AMF avait épinglé l’adresse française bien avant notre enquête
Sur le site du régulateur français, la page ouverte au nom fr.xpoken.com porte la date du 28 avril 2022. Le classement retenu est « Forex ». Le document rappelle qu’aucune autorisation n’a été donnée à cet acteur pour proposer en France des placements ou des services financiers.
Deux précisions comptent ici. D’abord, l’entrée vise la forme française du nom, fr.xpoken.com, et non l’adresse principale : c’est bien celle que la plateforme destinait au public francophone qui a été retenue. Ensuite, elle précède notre propre article de près de quinze mois. Publié le 25 juillet 2023, celui-ci ne mentionnait aucune liste de régulateur, et c’est une vérification du 15 septembre 2026 qui a permis de retrouver cette entrée et de l’attribuer au bon domaine.
Rien n’est venu retirer cette entrée depuis 2022. Elle demeure accessible à quiconque veut s’assurer, avant d’engager le moindre virement, qu’aucune autorisation n’existe.
Ce que la vitrine de juin 2023 promettait, et ce qu’un constat a figé
Un constat dressé le 16 juin 2023 selon la norme AFNOR Z67-147, porteur d’un horodatage qualifié, conserve dix-huit pages de relevés sur cette plateforme. La capture, ouverte à 16 h 40 et close à 16 h 50, a produit huit captures d’écran, trois pages source, outre un relevé de trafic réseau de plus de 1,6 million d’octets.
La page d’accueil s’intitulait « Online Trading & Investing with Xpoken | Hundreds of Markets to Trade », et la page de présentation promettait un « courtier sur lequel compter ». L’accueil annonçait « plus de 10 000 actifs », l’absence de frais cachés et de commissions supplémentaires, des dépôts flexibles et des retraits rapides. Les pages étaient servies en anglais, en russe, en allemand, en espagnol, en azéri et en portugais : six langues, dont deux sans rapport avec un quelconque marché francophone.

Le relevé technique de la vitrine décrit une plateforme bâtie sur un socle Microsoft : une application ASP.NET servie par un serveur IIS, derrière le réseau de diffusion Amazon CloudFront, avec une zone DNS confiée à Route 53 et un hébergement sur l’infrastructure Amazon. La page chargeait un gestionnaire de balises, deux génératrices de statistiques de Google, un module de causerie en direct, des polices distantes et une série de bibliothèques d’affichage. Les paiements affichés passaient par Visa et par l’euro, sans qu’aucun prestataire de paiement identifiable soit nommé.
Rien, dans ces pages, ne désignait un établissement, un siège ou une personne responsable. Le certificat de sécurité émanait d’Amazon, et la vitrine ne publiait aucun numéro d’immatriculation, aucune mention d’agrément, aucun document vérifiable.
Après la plateforme, le même nom a servi une offre sans rapport avec la finance
La vitrine de trading a fonctionné au moins jusqu’au 7 octobre 2024, date à laquelle une copie d’archive en conserve encore le contenu complet. Au printemps 2025, la même adresse n’affichait plus qu’un avis laconique, annonçant que Xpoken.com n’était plus disponible et invitant à écrire à une adresse de contact. Ce message a été observé en avril puis en août 2025.
En mai 2026, une dernière copie d’archive montre une page entièrement différente : le nom servait alors la promotion d’un complément présenté comme un traitement naturel, avec témoignages de clients, promesse de résultats chiffrés et suivi annoncé par messagerie. Aucun rapport avec le courtage.
Nous ne pouvons pas établir qui exploite cette page, ni si l’exploitant de la plateforme de trading y est étranger. Nous constatons seulement que le nom a changé d’usage, sur un enregistrement resté le même. C’est un point qui mérite d’être dit clairement : un nom de domaine n’est pas une enseigne, et il peut être conservé, loué ou revendu sans que le public en soit informé.
Enregistré jusqu’en 2027, le nom ne répond plus à l’adresse
Nos relevés du 15 septembre 2026 donnent une image en deux temps. Le nom est toujours enregistré : la base du registre du .com le donne actif, créé le 18 juin 2020, avec une échéance repoussée au 18 juin 2027 et un dernier changement consigné le 10 juin 2026. Il est désormais tenu par un bureau d’enregistrement différent de celui que nommait le constat de 2023 : là où le document de l’époque indiquait NameSilo et sa protection de confidentialité, la fiche actuelle renvoie à MainReg Inc. Les serveurs de noms, eux, ont migré vers l’infrastructure d’un grand fournisseur de réseau de diffusion.
À l’adresse elle-même, il n’y a plus rien à voir. L’adresse principale renvoie une erreur 404 servie par une plateforme d’hébergement statique, la variante avec « www » redirige vers cette même erreur, et la forme française fr.xpoken.com, celle qui figure sur la liste noire, répond par un refus d’accès. Les enregistrements de messagerie du domaine restent configurés, et les certificats émis pour ce nom ont couvert à une époque deux sous-domaines dédiés au paiement, pay.xpoken.com et public.pay.xpoken.com, qui ne répondent plus aujourd’hui.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Ce qu’une personne ayant viré des fonds peut encore réunir
Quiconque a versé de l’argent sur Xpoken.com a intérêt à rassembler ses pièces sans attendre, alors même que l’adresse ne répond plus. Les relevés des virements exécutés, les échanges conservés avec le service commercial de la plateforme par la fenêtre de discussion intégrée au site, les confirmations de dépôt et les demandes de retrait restées sans suite forment le socle du dossier.
Deux dossiers voisins éclairent la même mécanique : celui consacré à crytomerge.com, un nom lui aussi retenu par le régulateur français sous la qualification « Forex », et celui consacré à rxkcapital.com, dont la vitrine a disparu après son inscription. Ces rapprochements décrivent une manière de fabriquer des noms, rien de plus : ils n’établissent aucun lien d’exploitation entre les enseignes.
Le point le plus souvent négligé concerne l’établissement qui a exécuté les ordres. Sa responsabilité, quand un faisceau d’indices laissait attendre une vérification, occupe l’entretien mené avec Maître Denitza Gueorguieva, avocate à Lyon, du barreau, qui y détaille les recours bancaires ouverts aux personnes trompées et la manière dont une indemnisation peut être obtenue.
La voie pénale et les pièces qui la rendent praticable
Le dépôt d’une plainte et les conditions dans lesquelles il peut être formé sont exposés sur notre page consacrée à la procédure pénale. Un signalement peut être fait sans formalisme, mais un dossier étayé change la façon dont il est instruit.
Xpoken.com appartient à cette génération de vitrines qui n’ont jamais eu d’autre existence que celle d’un site : aucune société nommée, aucun régulateur, aucune adresse vérifiable, et un nom conservé bien après l’arrêt de l’activité. Les personnes qui ont alimenté des comptes sur cette plateforme se retrouvent aujourd’hui devant une page d’erreur, sans interlocuteur et sans siège à qui écrire. Faire le point avec BrokerDefense sur les pièces encore disponibles, avant d’engager une démarche, évite de partir dans la mauvaise direction.
Ce qu’il reste à établir sur l’exploitation de xpoken.com
Oui. L’entrée porte la forme française du nom, fr.xpoken.com, sous la qualification « Forex », datée du 28 avril 2022. Relevée le 15 septembre 2026, elle figure toujours sur le site du régulateur et n’a jamais été retirée. L’adresse principale, elle, n’apparaît pas dans les mêmes fichiers.
Les deux plans sont distincts. L’enregistrement d’un nom se renouvelle auprès d’un registre, indépendamment de l’existence d’un site : ici, l’échéance court jusqu’au 18 juin 2027. Ce qui a disparu, c’est la vitrine que le nom servait, remplacée par une page d’erreur servie par une plateforme d’hébergement statique. Conserver un nom sans l’exploiter est fréquent, et ne signifie pas qu’une activité subsiste.
La fermeture d’une vitrine ne referme pas les voies de droit. Ce qui est exploitable, ce sont la trace des virements exécutés vers cette plateforme, les échanges conservés avec son service et la manière dont la banque teneuse des comptes du client a laissé passer ces opérations sans réaction. Un constat établi en juin 2023, avec horodatage qualifié, reste par ailleurs utilisable comme pièce indépendamment de ce que le nom sert aujourd’hui.
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Article réécrit le 15/09/2026


