Granddex arnaque : un badge de courtier réglementé, aucun régulateur

Un badge Regulated Broker sans régulateur, sans société, sans licence

Sur la page d’accueil de granddex.io, une vignette intitulée « Regulated Broker » affirme que la maison est « fully licensed and regulated, ensuring transparent and fair trading for all clients ». La même formule revient sur la page des types de comptes, sous une variante : « Fully licensed and regulated. Client funds held in segregated accounts at top-tier banks ». Aucune des deux ne nomme une autorité de tutelle, un pays de rattachement, un numéro de licence ou une raison sociale. Un courtier qui revendique un statut réglementé le fait d’ordinaire en trois mots : qui le surveille, sous quel numéro, et à quel nom.

Rien de tout cela n’apparaît. Le pied de page porte trois numéros de téléphone, une adresse électronique et une adresse postale, « Exchange House, Primrose Street, London, EC2A 2EG ». Le balisage de la page, lui, déclare une « Organization » dont le nom et le « legalName » sont identiques, « GrandDex », et dont le champ « sameAs » est vide : pas une page de société, pas un registre, pas un profil vérifiable. Une marque n’est pas une personne morale, et une adresse de prestige dans la City n’en tient pas lieu.

Nous avons donc cherché l’entité derrière l’enseigne. Le registre britannique des sociétés, consulté ce jour, ne restitue aucune fiche sous « GrandDex » ni sous « Repertech », le nom du titulaire déclaré au registre du domaine. Deux absences mesurées, pas deux suppositions. Du côté des autorités de marché, nous avons passé en revue les documents publics où l’Autorité des services et marchés financiers et l’Autorité des marchés financiers recensent les acteurs non autorisés : aucun des fichiers consultés ne mentionne ces deux noms à notre passage. Cette absence décrit l’état des listes à cette date ; elle ne vaut pas agrément, et elle n’innocente rien.

Une évaluation publique du nom, consultée le même jour, attribue à granddex.io un indice de confiance de 1 %, le plus bas de son échelle. Ce que la vitrine vend, en revanche, tient en une phrase répétée d’un écran à l’autre : des marchés mondiaux, une exécution en millisecondes, des fonds « ségrégués auprès de banques de premier rang ». Aucune de ces banques n’est nommée. Aucun dépositaire n’est identifié. Il reste une enseigne, trois numéros et une boîte aux lettres.

Dernière mise à jour : 6 novembre 2026

📄 Éléments

L’image ci-dessous montre l’accueil de granddex.io tel qu’il s’ouvrait le 6 novembre 2026 : le bandeau « Trade Global Markets with Confidence », la rangée de quatre vignettes qui commence par « Regulated Broker » et se poursuit par « Ultra-Fast Execution » et « 150+ Instruments », puis les compteurs de la page restés à zéro. C’est sur cette rangée que repose tout l’argument de confiance du site.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Accueil de granddex.io le 6 novembre 2026, avec la vignette Regulated Broker

Quatre documents légaux introuvables au moment de l’inscription

Le parcours commercial ne se joue pas sur la vitrine mais sur un second nom : granddex-client.io. C’est là que vivent la connexion, l’inscription et, plus tard, l’espace du client. La page d’accueil du portail s’ouvre en français, avec un formulaire d’inscription qui demande un prénom, un nom, une adresse électronique, un mot de passe et un numéro de téléphone, puis trois cases à cocher : ne pas être citoyen des États-Unis, avoir plus de dix-huit ans, et consentir au traitement des données. Aucune pièce d’identité n’est réclamée à ce stade, aucune date de naissance, aucune adresse postale.

Surtout, deux de ces cases renvoient à des textes. La première à la politique de confidentialité du portail, la seconde à trois documents distincts : les conditions générales, la politique d’avertissement sur les risques et la politique de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Quatre liens, donc. Nous les avons suivis un par un, depuis la page d’inscription, le 6 novembre 2026 : chacun répond par une redirection vers granddex.io, puis par une page « Not Found ». Les adresses testées sont /privacy-policy, /terms-and-conditions, /risk-disclosure et /anti-money-laundering-policy-kyc. Les quatre renvoient la même erreur.

La vitrine possède pourtant une rubrique légale. La page /legal/disclaimer affiche un menu intitulé « Legal Documents » qui énumère six entrées : mention légale, lutte contre le blanchiment, politique de confidentialité, conditions générales, avertissement sur les risques et dépôts et retraits. Une seule de ces six entrées mène à un texte : celle de la mention légale, un avertissement général de quatre paragraphes qui décharge la maison de toute responsabilité sur l’exactitude de ses propres informations. Les cinq autres n’existent nulle part sur le domaine.

Le point n’est pas formel. Un contrat se consent sur un texte lisible au moment où l’on coche la case. Ici, la personne qui s’inscrit accepte quatre documents dont aucun n’est accessible, et dont on ne peut donc connaître ni le droit applicable, ni le tribunal compétent, ni les conditions de retrait. La vitrine prévient elle-même que ses services ne sont pas destinés aux résidents de certaines juridictions, sans jamais préciser lesquelles : cette réserve, faute de texte, ne protège que celui qui l’écrit.

Un nom déposé en mars, deux jours avant son portail client

Le domaine granddex.io a été enregistré le 19 mars 2026 à 01 h 57 UTC, pour une échéance au 19 mars 2027, et son dossier a été modifié pour la dernière fois le 12 août 2026. Le registre indique un statut de transfert bloqué et deux serveurs de noms, joselyn et zahir, tous deux chez Cloudflare. Le titulaire déclaré n’est pas une personne physique mais une société, « Repertech Solution Services Limited », chez un bureau d’enregistrement revendeur, TLD Registrar Solutions Ltd. C’est ce même nom, et non celui de l’enseigne, qui apparaît au registre.

Le portail client, lui, a été déposé le 21 mars 2026 à 02 h 57 UTC, soit environ quarante-neuf heures après la vitrine. Même titulaire déclaré, même bureau d’enregistrement, même paire de serveurs de noms. Deux noms distincts, une seule installation : la vitrine porte l’argument commercial, le portail porte la relation client, et le second n’existe que pour recevoir ce que le premier promet. Nous avons décrit le même montage, il y a trois jours, pour une vitrine de CFD servie depuis deux adresses dont les deux noms ne menaient qu’à une seule installation.

Le certificat qui couvre les deux n’est pas non plus anodin. Il s’agit d’un certificat joker, émis par Let’s Encrypt sous l’autorité intermédiaire YE2, valable du 15 septembre 2026 au 14 décembre 2026, et qui couvre granddex.io ainsi que tous ses sous-domaines. Un joker de quatre-vingt-dix jours, renouvelé par le même mécanisme que n’importe quel site de vitrine : rien qui ressemble à l’infrastructure d’un courtier surveillé. La fiche WHOIS complète sur DomainTools conserve ces dates, le titulaire déclaré et les serveurs de noms.

Cinq paliers de dépôt, jusqu’à cinq cents fois la mise

La page des types de comptes aligne cinq formules, du plus modeste au plus ambitieux : 250 dollars pour l’entrée de gamme, puis 10 000, 50 000, 100 000 et 250 000 dollars pour le palier le plus élevé. À chaque marche correspond un levier : 1 pour 50, puis 1 pour 100, 1 pour 200, 1 pour 400 et enfin 1 pour 500. Les spreads annoncés suivent la même pente, de 2,0 points de base à 0,1. Les instruments, eux, passent de « 200+ » sur cette page à « 150+ » sur l’accueil, sans qu’aucune des deux pages n’explique l’écart.

Un levier de 1 pour 500 offert à une clientèle de détail est exactement ce que les règles européennes interdisent depuis 2018, en plafonnant ce rapport à 1 pour 30 pour les particuliers. Une maison qui se dit installée dans la City, « fully licensed », et qui propose simultanément un levier de 1 pour 500 à ses visiteurs décrit donc deux mondes incompatibles : celui d’un établissement surveillé, et celui d’un site qui n’a de compte à rendre à personne. La même page évoque des « segregated accounts at top-tier banks » sans nommer une seule banque, et une exécution « with no dealing desk intervention or requotes ».

La foire aux questions de la page de contact ajoute une incohérence de plus : elle annonce un dépôt minimum de 100 dollars, là où le premier palier en réclame 250. Elle promet aussi des retraits traités sous vingt-quatre heures, et un support disponible en permanence. Sur cette même page, le bouton « Start Live Chat » ne mène nulle part : son lien est un simple dièse. Le canal de discussion promis n’existe pas dans la page.

L’argument australien des fonds de pension auto-gérés

Il existe une page entière consacrée au SMSF, le fonds de retraite autogéré australien. On y lit que la maison propose des comptes « structured to meet Australian regulatory requirements », qu’elle accompagne la mise en place du fonds et que l’ensemble est « fully compliant with ATO regulations ». Le texte cite même la loi australienne sur la supervision des fonds de pension, le Superannuation Industry (Supervision) Act 1993, et promet des relevés annuels au format attendu par l’auditeur du fonds. La formule finale est une absence de minimum de dépôt.

Or un fonds autogéré australien ne peut recourir qu’à un prestataire titulaire d’une licence de services financiers australienne, et le numéro de cette licence se publie. La page n’en donne aucun, ne nomme aucune entité australienne, et ne cite aucun cabinet d’audit. Elle promet en revanche des avantages fiscaux chiffrés, 15 % en phase d’accumulation et jusqu’à 0 % en phase de pension, ce qui suppose un fonds réellement constitué et déclaré. Le décalage est le même que partout ailleurs sur ce site : une juridiction invoquée, un texte de loi cité, et pas un seul identifiant à vérifier.

Un versement parti vers un tel portail ne se rattrape pas avec des mots, mais avec une chronologie. La première démarche appartient à la banque du payeur : un courrier daté, adressé au service des fraudes, qui désigne le bénéficiaire du transfert, le montant, la date de valeur et le numéro d’opération, et qui demande le blocage ou le rappel des fonds. Ce courrier vaut d’autant plus qu’il part vite. Vient ensuite la collecte : capture de l’écran d’inscription, historique de la messagerie utilisée par le démarcheur, photographie du solde dans l’espace client, extraits de compte montrant chaque envoi. Ces quatre séries constituent le dossier, et c’est leur rapprochement qui transforme un récit en preuve. Notre page sur le dépôt de plainte décrit les pièces que les enquêteurs attendent.

Nous avons interrogé Maître Goce Novakov, avocat inscrit au barreau de Paris, sur ce qui reste possible lorsqu’un versement a été adressé à un portail hébergé hors de France. Son entretien est filmé ci-dessous.

Ce que la page affiche quand on la mesure

Les compteurs de la vitrine n’ont jamais été initialisés. Sur l’accueil, quatre blocs de chiffres se suivent sous la rangée de marchés : nombre de traders actifs, nombre d’instruments, nombre de pays servis, années d’expérience. Les quatre affichent zéro. La page « À propos » répète le même dispositif avec quatre autres libellés, marchés, clients, années d’expérience et volume mensuel, et les quatre restent à zéro, y compris le volume, affiché « 0 B+ ». Une maison qui revendique des décennies d’expérience et une clientèle répartie sur cinquante pays laisse donc ses propres compteurs vides.

Deux identifiants de mesure traînent également dans le code de la page, aux emplacements où l’on attend les numéros de suivi : « GA_MEASUREMENT_ID » et « GTM_ID ». Ce sont les valeurs d’exemple du gabarit, jamais remplacées, comme le nom de remplacement resté dans le code d’une autre vitrine. Autrement dit, la vitrine ne mesure pas son audience, ne sait pas d’où viennent ses visiteurs et ne peut pas alimenter la moindre campagne : le travail s’arrête à l’habillage.

L’ossature technique confirme le même profil. Une application écrite en Laravel, reconnaissable à son jeton anti-falsification et à ses deux témoins de session, servie derrière le proxy de Cloudflare. Bootstrap en version 5.3.3, jQuery en version allégée, toutes deux chargées depuis un CDN public, et les bandeaux de cotations du fournisseur TradingView pour l’habillage des marchés. Le courrier électronique du domaine, lui, est confié à la messagerie professionnelle de Microsoft, avec une politique d’authentification des messages en mode observation seulement : un expéditeur qui usurperait l’adresse [email protected] ne serait pas rejeté.

Le fichier d’instructions destiné aux robots de parcours mérite un détour. Il autorise l’exploration générale mais ferme nommément la porte aux robots des grands modèles de langage et à ceux des moteurs d’archive, dont ceux d’Amazon, d’Apple, de ByteDance et de Google. Une vitrine qui se protège de l’archivage public se donne les moyens de changer de visage sans laisser de trace, et c’est précisément ce que ce site a intérêt à faire. Le plan de site, lui, répond par une page de vérification et non par une liste d’adresses : les moteurs doivent deviner.

Enfin, l’avertissement sur les risques ne contient aucun chiffre. Les règles applicables en Europe imposent d’indiquer la proportion de comptes de particuliers qui perdent de l’argent lorsqu’ils négocient des produits à effet de levier. Ici, la mention se limite à une phrase générale en pied de page, sans pourcentage, sans autorité, sans renvoi vers un texte détaillé. Le seul chiffre de tout le dossier qui parle des pertes est celui que l’évaluateur public du nom a rendu : 1 % de confiance.

Réponses aux messages reçus sur cette enseigne

Ces quatre questions reviennent dans les messages que nous recevons au sujet de cette enseigne. Les réponses ci-dessous s’appuient uniquement sur ce que nous avons pu mesurer le 6 novembre 2026.

Granddex est-il un courtier disposant d’une autorisation ?

Il n’existe aucun document à produire. La vitrine affiche une vignette « Regulated Broker » et la phrase « fully licensed and regulated », sans nommer d’autorité, sans numéro de licence et sans raison sociale. Le registre britannique des sociétés ne contient aucune fiche sous l’enseigne ni sous le titulaire déclaré au registre du domaine, et les listes d’acteurs non autorisés que nous avons relues ne portent pas ces noms à notre passage. Une absence de fiche n’est pas une preuve de régularité, et elle n’est pas non plus une preuve du contraire : elle signifie qu’il n’existe rien à vérifier.

Pourquoi les conditions générales sont-elles inaccessibles depuis l’inscription ?

Parce que les quatre liens posés sous le formulaire du portail aboutissent tous à une page d’erreur. Nous avons suivi, depuis granddex-client.io, les adresses de la politique de confidentialité, des conditions générales, de l’avertissement sur les risques et de la politique de lutte contre le blanchiment : chacune redirige vers la vitrine avant de renvoyer un « Not Found ». La rubrique légale de la vitrine annonce six documents, un seul existe, la mention légale. Une case cochée sans texte lisible ne vaut pas acceptation éclairée.

Quelle est la première chose à faire après un virement ?

Prévenir sa banque le jour même, par écrit, en désignant le bénéficiaire du transfert, le montant et la date de valeur, et en demandant le rappel des fonds. Puis mettre de côté, sans rien modifier ni commenter : l’écran d’inscription tel qu’il s’affichait, la conversation avec le démarcheur, le solde montré par le portail et le relevé de chaque envoi. Quatre séries de pièces qui, rapprochées, établissent le lien entre la promesse et le débit.

Le portail client répond-il encore aujourd’hui ?

Oui. Le portail s’ouvre, propose une connexion et une inscription en français, et sa racine renvoie vers une page de déconnexion, ce qui suppose un mécanisme de session actif. La vitrine, de son côté, répond normalement et sert toujours les mêmes pages. Un site qui fonctionne n’est pas un site légitime : c’est même la période où les versements continuent d’arriver, et donc celle où la prudence coûte le moins cher.

Granddex se présente donc comme un courtier londonien surveillé, avec un portail client sur un second nom déposé deux jours après le premier, et pas un document contractuel à lire au moment de s’inscrire. Sont exposés les visiteurs ayant laissé un numéro sur la vitrine, puis envoyé de l’argent sur la promesse d’un levier atteignant cinq cents fois leur mise, avec l’idée d’abriter un jour leur retraite dans ce dispositif. Notre examen préalable ramène tout ce dossier à une seule interrogation, celle qui décidera de la suite : contre quelle personne morale, et devant quel tribunal, une réclamation pourrait-elle être formée ?

Un dépôt a été effectué sur granddex.io après un échange téléphonique, ou par carte depuis le portail ? Gardez l’avis d’opération, les messages reçus et une copie de l’écran qui a servi à l’inscription, puis transmettez-les à notre service d’aide aux victimes : chaque dossier est lu avant qu’une action ne soit décidée.

Contactez notre service d’aide aux victimes

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