Livretbourseinvestissements.com arnaque : fiché pour usurpation

Une vitrine reprise au fichier commun des autorités, et l’avertissement retourné

Le nom de domaine livretbourseinvestissements.com figure, depuis le 30 décembre 2025, au répertoire public des listes noires que tiennent conjointement les autorités de contrôle françaises. Deux qualifications l’y accompagnent : « Crédits livrets paiements assurances » d’un côté, « Usurpation Professionnel » de l’autre. La première décrit l’activité revendiquée ; la seconde nomme le procédé.

La vitrine, elle, retourne l’accusation. En tête de sa page d’accueil s’affiche un bandeau qui annonce une « Tentative d’usurpation détectée sur lbi.finance » et désigne www.livretbourseinvestissements.com comme le « Seul site officiel ». Or le même répertoire porte, à la date du même jour, une adresse de courrier construite sur lbi.finance, sous les deux qualifications identiques : « Crédits livrets paiements assurances » et « Usurpation Professionnel ». Le nom qui dénonce et celui qui est dénoncé sont donc inscrits côte à côte, le 30 décembre 2025.

Une réserve s’impose sur la portée d’une telle ligne. Elle constate un défaut d’habilitation et une qualité revendiquée indûment ; elle ne retient aucun délit, ne prononce aucune peine et ne dit pas qui se tient derrière le nom. Cette limite est ce qui la rend utile : elle fixe un point de départ daté, que le reste du dossier vient documenter.

La vitrine se présente comme un cabinet de conseil en gestion de patrimoine établi à Paris. Elle affiche des identifiants d’entreprise, une gamme de produits d’épargne, une équipe de conseillers et une prétendue cotation. Chacun de ces blocs mérite d’être repris séparément, car aucun ne résiste à une vérification.

Dernière mise à jour : 06/10/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par livretbourseinvestissements.com, réalisée le 6 octobre 2026. Y figurent le bandeau d’avertissement affiché en tête, le bloc de valeur liquidative daté de novembre 2025 et les portraits présentés comme ceux des conseillers : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par livretbourseinvestissements.com le 6 octobre 2026

Leur dossier légal reprend l’état civil complet d’une société réelle

La page de mentions légales de la vitrine publie une identité complète : une raison sociale, une forme juridique présentée comme celle d’un fonds à conseil d’administration, un numéro d’immatriculation au registre du commerce de Paris, un identifiant européen d’entreprise, un identifiant de TVA, un capital social de 3 048 980,30 €, une adresse à la place Vendôme dans le 1er arrondissement de Paris, un code d’activité 66.30Z (gestion de fonds) et une date d’inscription au registre remontant à 1972. S’y ajoute une liste de dirigeants où figurent, à côté de deux personnes physiques, des sociétés de gestion et un établissement bancaire.

Le numéro d’immatriculation affiché, 722 060 464, n’est pas inventé. Interrogé à l’annuaire public des entreprises, il désigne une entité dénommée LIVRET BOURSE INVESTISSEMENTS, enregistrée comme active, créée le 1er janvier 1972, portant le même code d’activité et la même adresse. L’identifiant européen d’entreprise est lui aussi authentique : il correspond à cette même société, dont l’adresse légale déclarée se situe dans le 13e arrondissement et dont l’adresse de correspondance renvoie à une société de gestion bien réelle. Le capital affiché, en revanche, n’est corroboré par aucune source publique consultée.

Cette société est une tierce partie. Elle porte un véhicule de gestion de fonds dont le conseil d’administration réunit des sociétés de gestion et un réseau bancaire ; elle ne vend pas de livrets d’épargne et n’exploite pas la vitrine décrite ici. Rien, dans les documents consultés, n’établit qu’elle soit à l’origine du site ni qu’elle ait autorisé cette reprise, et elle n’est pas mise en cause.

Ce qui distingue les deux dossiers tient à une date. Le nom de domaine livretbourseinvestissements.com a été déposé le 24 novembre 2025 auprès d’un bureau d’enregistrement établi hors de France, avec trois serveurs de noms fournis par ce même bureau. L’écart entre le dépôt du nom et l’immatriculation de la société qu’il revendique atteint donc cinquante-trois ans : reprendre des identifiants authentiques ne rend pas l’exploitant du site authentique.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Neuf produits affichés, dont un livret présenté comme coté en bourse

La page des produits décline quatre offres d’épargne, toutes assorties d’une « performance observée brut annuel » et d’un ticket d’entrée de 10 000 €. Le « Livret Bourse Investissements » est annoncé entre 8 et 15 %, le « Livret Or » entre 8,36 et 11,60 %, les « Contrats à terme » entre 10 et 20 %, et un « Placement Participatif Hydrogène » entre 9 et 16 %. Les contrats à terme sont décrits comme bâtis sur des ETF, des crypto-actifs et des actions.

La page d’accueil ajoute un bloc de cotation. On y lit une valeur liquidative de 315,39 €, une progression annuelle présentée à +12,8 %, des performances à un, trois et cinq ans, une classification en actions européennes de la zone euro, un label de finance durable et une courbe de vingt-trois jours courant du 1er au 5 novembre. Le tout porte un code ISIN, et une ligne de statistiques annonce 850 clients pour 500 M€ d’actifs conseillés. Un simulateur, enfin, laisse calculer un « capital final estimé » sur la base de 5 à 7 % par an.

Deux choses ne tiennent pas ensemble. D’abord, la cotation affichée est figée : sa date la plus récente est le 5 novembre 2025, alors que la page la présente comme le cours du moment. Ensuite, le véhicule dont le numéro d’immatriculation est repris est un fonds : il émet des parts et n’a pas vocation à proposer des « livrets » ni des « contrats à terme » rémunérés à deux chiffres. Aucun document du site ne rattache ces offres à un support autorisé, et le nom ne porte, on l’a vu, aucune habilitation.

Ce ressort se lit dans d’autres montages que nous avons documentés. Le premier prend pour nom vendome-participations-3.com, dont la vitrine reprenait le nom de sociétés réelles ; le second, economie-exclusive.com, siège sur les mêmes listes publiques. Dans les deux cas comme ici, les identifiants affichés ne renseignent en rien sur celui qui tient la vitrine.

La page des interlocuteurs, et des visuels venus d’un autre cabinet

Une page d’équipe présente neuf personnes comme gestionnaires de patrimoine, chacune accompagnée d’un numéro d’immatriculation d’intermédiaire en assurance, banque et finance présenté sous la mention « Partenaire agréé », et d’une ligne téléphonique qui lui est propre. Trois d’entre elles figurent aussi sur la page d’accueil. Aucune ne renvoie vers un document d’identité professionnelle, et les numéros affichés ne sont pas vérifiables auprès d’une source publique ouverte.

Le plus parlant reste l’origine des images. Les portraits, les logos et les fonds de page ne sont pas servis par le domaine : le code de la page va les chercher sur le site d’un cabinet de gestion de patrimoine français bien réel. Les fichiers portent d’ailleurs les noms des personnes présentées comme auteurs des témoignages, et les visuels de logos sont ceux de ce cabinet. Les avis affichés en bas de page, signés par un expert-comptable et par des fondateurs de société, reproduisent mot pour mot les témoignages publiés par cette même maison.

Ce cabinet est une tierce partie. Rien, dans les documents consultés, n’établit qu’il soit lié à la vitrine décrite ici ni qu’il ait autorisé l’emploi de ses images et de ses contenus ; il n’est pas mis en cause. Le seul fait établi est que la vitrine emprunte à la fois une identité d’entreprise et la façade commerciale d’un autre acteur.

Le socle technique : un hébergeur d’applications, une base accessible en lecture

Le site est servi par un hébergeur d’applications : les en-têtes de réponse portent son nom, la zone DNS du domaine pointe par un alias vers son propre service de résolution, et les adresses retournées appartiennent à sa plage d’acheminement. Cette plage étant mutualisée entre tous ses clients, la seule adresse IP ne démontre aucun lien avec un autre dossier et ne doit pas être lue comme un signal de réseau.

Le certificat qui couvre le domaine a été délivré le 30 septembre 2026 par une autorité de certification grand public, pour trois mois, au seul nom du domaine. Il n’atteste donc que du chiffrement de la connexion, jamais de l’identité de l’exploitant.

Techniquement, la vitrine est une application d’une seule page : un unique fichier de script construit l’ensemble des écrans. Les cours affichés ne sont pas calculés sur place ; la page interroge une base de données hébergée chez un prestataire tiers, en lecture, pour y lire l’historique de prix du prétendu fonds comme les cotations de crypto-actifs et de métaux. Les formulaires, eux, n’envoient rien au domaine : ils postent vers un service de formulaires externe. Deux modules d’avis, enfin, sont chargés depuis des plateformes de collecte de témoignages. Autrement dit, ni les chiffres, ni les messages, ni les avis affichés ne sont produits par le site.

Deux détails achèvent le tableau. Le script annonce des chemins d’accès client, un espace de connexion, une inscription et un tableau de bord : interrogés, tous répondent qu’ils n’existent pas. Et la page d’accueil n’a pas bougé depuis le 5 octobre 2026, tandis que sa cotation s’arrête, elle, en novembre 2025.

Une vérification indépendante converge. Le service de notation d’adresses qui a examiné le nom lui accorde une confiance de 1 %, et relève dans son rapport que les mentions légales affichées reprennent l’identité d’une société. Cette évaluation publique rejoint donc, par une autre voie, le constat du fichier des autorités.

Faire constater les versements quand l’enseigne ne nomme personne

Les personnes qui ont répondu à une sollicitation venue de cette vitrine se trouvent dans une situation particulière : un nom inscrit au fichier des autorités pour usurpation, des rendements annoncés à deux chiffres, et aucun exploitant identifiable. Ce qui subsiste, ce sont les traces des opérations. Il faut donc commencer par reconstituer l’ensemble : les ordres de virement et les relevés bancaires de chaque envoi, leur date et le bénéficiaire inscrit, les courriels et les messages échangés via le formulaire de contact, les captures des pages de produits et de la simulation, et l’identité de l’interlocuteur qui a suivi le dossier.

Cette matière sert deux usages : elle établit ce qui a été versé, et elle permet de rattacher une promesse précise à un nom précis. Les pièces que les enquêteurs attendent, et l’ordre dans lequel les réunir, sont décrites à part, avec la marche à suivre pour porter plainte.

Notre rédaction a posé la question à Maître Anne Bernard-Dussaulx, dont l’exercice relève de Paris : elle expose ci-dessous les recours ouverts lorsque les fonds ont été adressés à une banque située hors de France. On y trouve ce qu’une assignation peut obtenir d’un établissement étranger, et à quelles conditions la justice française se saisit du litige.

Trois questions que se posent les internautes sur ce nom

Livretbourseinvestissements.com est-il un site fiable ?

Non. Le nom figure au fichier public des autorités sous la qualification « Usurpation Professionnel », et les identifiants d’entreprise qu’il publie appartiennent à une société réelle qui n’exploite pas ce site. Les rendements annoncés, de 8 à 20 % selon les produits, ne sont adossés à aucun support autorisé.

Faut-il s’inquiéter d’avoir transmis ses coordonnées au formulaire ?

Cela dépend de ce qui a été envoyé. Une simple adresse de courrier reste exploitable pour du démarchage ; une pièce d’identité ou un relevé de compte remis à un interlocuteur non identifié peut resservir ailleurs. Il est utile de lister précisément ce qui a été transmis, à quelle date et par quel canal, plutôt que de reconstituer de mémoire.

Peut-on récupérer des fonds versés sur ce nom ?

Rien ne le garantit, mais une action suppose des pièces datées : ordres de virement, relevés, échanges avec l’interlocuteur et documents remis en contrepartie du placement. Ces éléments déterminent le destinataire à poursuivre et le préjudice à chiffrer. Sans eux, aucune démarche ne peut être engagée sérieusement.

Les personnes qui ont été démarchées par livretbourseinvestissements.com partagent une même configuration : une identité d’entreprise empruntée, une gamme de livrets et de contrats à terme annoncés à deux chiffres, et un nom désormais inscrit auprès des autorités de contrôle. Ce qui reste déterminant, ce sont les versements effectués et les échanges conservés, car ce sont eux qui désignent qui poursuivre. Rassembler ces pièces avant toute démarche évite d’engager une procédure sur des bases incomplètes.

BrokerDefense propose aux personnes concernées un examen préalable de leur dossier, sans frais ni engagement.

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