Forêt Rendoire arnaque : le kit d’une vitrine blacklistée par l’AMF

Le 2 juillet 2026, un nom en « .com » rejoignait le registre : foretrendoire-aibot.com. Il porte aujourd’hui une vitrine signée « Forêt Rendoire », présentée comme une plateforme de trading assistée par intelligence artificielle et qui affiche, en toutes lettres, être « réglementé pour un trading sécurisé ». Dans ses propres mentions, la même page dit l’inverse : la marque « n’est pas un prestataire de services financiers et n’effectue aucune opération financière », elle sert « d’outil promotionnel » à des « annonceurs et courtiers indépendants ».

Nos vérifications du 18 septembre 2026 ajoutent trois éléments à cette contradiction : un indice de confiance de 25 % relevé sur la fiche publique consacrée à ce nom, un certificat de chiffrement émis le 30 août 2026 pour une adresse créée deux mois plus tôt, et un montage technique que nous avions déjà rencontré sur une vitrine blacklistée par l’Autorité des marchés financiers.

Le même montage qu’une vitrine blacklistée par l’AMF au mois de juillet 2026

Toutes les pages de cette vitrine vivent dans un même dossier, dont l’emplacement n’a rien d’un choix commercial : le code de la page d’accueil déclare une base d’adresses qui renvoie vers « /landers/dxns/ ». Feuilles de style, scripts de mise en page, validation du formulaire, images : tout est servi depuis ce chemin. Le script qui traite l’envoi de l’inscription se désigne lui-même, puisque le code repère dans l’adresse courante le segment « landers », en déduit le dossier voisin et y ajoute un fichier « send.php ». Le mécanisme ne dépend donc pas du nom de domaine : déployé ailleurs, le même ensemble fonctionne sans modification.

Ce montage, nous l’avons déjà décrit sous une autre enseigne. Stable Trader, à l’adresse stabletrader-ai.net, reposait sur la même architecture de dossier, sur la même paire d’outils de mesure et sur la même déclaration d’identité dans ses données structurées ; l’Autorité des marchés financiers l’a inscrit le 6 juillet 2026 sur son fichier consacré aux produits dérivés sur crypto-actifs, faute du statut de prestataire enregistré. Notre dossier sur Stable Trader détaille ce précédent. La comparaison avec Briand Montève, documenté ici même au début de septembre, est plus directe encore : deux des vignettes qui servent d’avatars aux prénoms du bandeau d’inscriptions sont, sur les deux vitrines, des fichiers identiques octet pour octet, alors qu’ils sont servis depuis deux dossiers de gabarits distincts. Ce n’est plus une ressemblance de mise en page, c’est la même production.

Dernière mise à jour : 18/09/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par foretrendoire-aibot.com, réalisée le 18 septembre 2026. Y figurent l’en-tête et ses trois distinctions, le formulaire d’inscription et le bandeau d’inscriptions animé : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par foretrendoire-aibot.com le 18 septembre 2026

Réglementé pour un trading sécurisé, puis un démenti dans les mentions

La page d’accueil affirme que l’application est « conforme aux directives financières applicables afin de soutenir un investissement sûr et transparent », et promet de rejoindre « des milliers de traders ». Aucune autorité n’est nommée, aucun numéro d’agrément n’est cité, aucune société n’est identifiée : nous n’avons trouvé ni immatriculation, ni numéro de registre, ni forme sociale.

La contradiction est écrite par la vitrine elle-même, dans le pied de page repris sur chacune de ses adresses. On y lit que « la marque Forêt Rendoire n’est pas un prestataire de services financiers et n’effectue aucune opération financière », qu’elle est utilisée par « des annonceurs et des courtiers indépendants uniquement comme outil promotionnel », et qu’il ne s’agit pas d’un établissement financier fournissant des services d’investissement ou de trading. Ce que le visiteur prend pour un courtier est donc une page de présentation, et la prestation réelle se situerait derrière, chez des tiers que la page ne nomme jamais.

Côté régulateur, nos relevés ne font apparaître ce nom dans aucun des fichiers de mises en garde publiés par l’Autorité des marchés financiers. Une absence ne vaut jamais attestation de régularité : elle signifie simplement qu’aucune autorité française n’a reconnu cette activité, ce qui laisse la mention « réglementé » sans le moindre support.

Une adresse enregistrée en juillet 2026, une entreprise qui se dit fondée en 2022

Le registre est net : le nom a été enregistré le 2 juillet 2026 à 8 h 16 UTC par le bureau d’enregistrement Sav.com, pour une échéance fixée au 2 juillet 2027, avec un blocage de transfert et deux serveurs de noms confiés à Cloudflare. L’enregistrement porte la trace d’une seule opération : sept minutes après la création, une dernière modification, puis plus rien. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Un certificat de chiffrement a été émis le 30 août 2026 par Google Trust Services, valable jusqu’au 28 novembre 2026 : la vitrine tourne donc avec un renouvellement actif, derrière le proxy de Cloudflare, dont les adresses sont mutualisées entre des milliers de sites.

Cette chronologie contredit la présentation du site. Sa page de présentation affirme une entreprise « fondée en 2022 », « plus de 2,5 millions de transactions » et « plus de 10 000 points de données par seconde ». Elle revendique même un prix daté de 2025. Les pages légales portent, elles, une entrée en vigueur au 1er janvier 2025 et une dernière révision au 26 novembre 2024, soit bien avant que ce nom existe. La fiche ScamDoc de foretrendoire-aibot.com situe pour sa part la confiance accordée au site à 25 %.

Huit champs, dont trois invisibles, et un identifiant de clic gardé un mois

Le formulaire d’inscription réclame un prénom, un nom, une adresse électronique, un numéro de téléphone et une case de consentement. Trois autres champs ne s’affichent pas : un pays et son indicatif, préremplis sur la France, et un « clickid », autrement dit un identifiant de clic repris du témoin de navigation déposé à l’arrivée sur le site, que le code prévoit de conserver trente jours. C’est la pièce qui compte : elle rattache chaque inscription à la campagne, à l’annonce ou au lien qui a mené le visiteur jusqu’ici.

L’envoi n’est pas adressé à un service tiers : le formulaire est transmis à un fichier « send.php » installé dans le dossier du gabarit, que nous avons interrogé et qui accepte la requête. La page promet en retour qu’un responsable joindra l’internaute « dans les 24 heures ». Rien, dans les pages parcourues, ne décrit un espace client, une grille de tarifs ou une quelconque prestation de marché : la seule fonction réellement opérationnelle est la collecte.

Un détail situe l’origine de l’outil : les commentaires du script de validation sont rédigés en russe, et l’un d’eux décrit exactement la fonction qui ajoute cet identifiant de clic au formulaire. Ce fichier n’a pas été écrit pour cette vitrine ; il appartient à une famille d’outils réutilisables. La page interroge en outre un service public de géolocalisation par adresse réseau pour préremplir le pays et l’indicatif, puis confie la mesure de son audience à un compteur américain et à un service de statistiques russe.

Trois prix affichés, dix avis fabriqués, une file d’inscriptions animée

La vitrine expose trois distinctions internationales, dont une au titre de 2026 et une autre datée de 2025, présentées sous forme de logos, sans jury, sans intitulé vérifiable et sans lien vers un palmarès. Une adresse enregistrée en juillet 2026 ne peut pas avoir été distinguée en 2025.

Les avis suivent la même logique. La page attribue des témoignages à des personnes désignées par un prénom, un nom, un âge et une profession, puis déclare dans ses données structurées une note globale de cinq sur cinq pour dix avis. Aucun de ces témoignages n’est sourcé, et rien n’indique qu’un compte ait été ouvert.

Plus discret, un bandeau animé en haut de page fait défiler des prénoms, Amelie, Nora, Camille ou Mateo, suivis de la mention « vient de rejoindre ». La suite est produite par le navigateur du visiteur lui-même : il s’agit d’une animation programmée, et non d’un flux d’inscriptions réelles. À la même place, la page annonce des méthodes de versement par virement, carte bancaire ou service de paiement en ligne, sans jamais décrire ce que l’internaute achète en échange.

Pièces et correspondance à conserver si des versements ont eu lieu

Quand une page de ce genre a servi de porte d’entrée, ce n’est jamais sur elle que se joue la suite : les versements parviennent à des comptes de tiers, souvent ouverts à l’étranger, et les échanges passent par un numéro de téléphone. Trois ensembles de pièces doivent être mis de côté sans attendre. D’abord les relevés bancaires des sommes envoyées, avec la date et le libellé de chaque opération. Ensuite la correspondance, en conservant les coordonnées utilisées, les numéros appelants et les messages écrits. Enfin une copie horodatée des écrans consultés, figée le jour même, avant toute disparition. L’identifiant de clic transmis par le formulaire compte aussi : il relie une inscription à sa source de trafic. Les voies de droit devant le juge pénal sont présentées sur notre site, à l’intention des personnes qui cherchent à faire constater les faits.

L’extrait qui suit porte sur une décision de justice commentée par Maître Goce Novakov, avocat dont la pratique relève d’un barreau sis à Paris : une banque y est condamnée en appel pour manquement à son devoir de vigilance, et les sommes versées à une personne trompée doivent lui être restituées.

Forêt Rendoire : les points sur lesquels nos lecteurs nous interrogent

Cette plateforme est-elle autorisée à recevoir des fonds en France ?

Rien ne l’établit, et plusieurs éléments vont contre. Le nom n’apparaît dans aucun des fichiers de mises en garde publiés par l’Autorité des marchés financiers, aucune société n’est identifiable dans les pages consultées, et les mentions du site précisent elles-mêmes qu’il ne s’agit pas d’un établissement financier. Un versement effectué dans ce cadre ne bénéficie donc d’aucune protection attachée à un intermédiaire enregistré.

Que devient le numéro de téléphone laissé dans le formulaire ?

Il est transmis, avec le prénom, le nom et l’adresse électronique, à un fichier d’envoi hébergé dans le dossier du gabarit, et accompagné d’un identifiant de clic conservé trente jours. La vitrine annonce elle-même qu’un responsable prendra contact dans les 24 heures : le parcours s’arrête là, aucun compte n’étant ouvert. Les coordonnées servent donc à rappeler, puis à relancer.

Peut-on obtenir le remboursement des sommes versées ?

Tout dépend de la manière dont les fonds ont circulé et de ce qui a été conservé. Les virements se traitent différemment des paiements par carte, et une demande a d’autant plus de poids qu’elle s’appuie sur des relevés, des messages et des pages datées. C’est cette chronologie, et non l’apparence du site, qui détermine ce qui reste possible.

Pour les personnes passées par Forêt Rendoire, la situation type est celle d’un premier versement effectué après un appel téléphonique, puis de dépôts complémentaires réclamés au motif de frais, de vérifications ou de placements réservés, sans qu’aucune contrepartie n’ait jamais été identifiée. Un examen préalable du dossier avec BrokerDefense aide à trier, avant toute nouvelle démarche, les pièces qui documentent réellement ces flux.

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