Blockchain-support.fr arnaque : une adresse au nom de l’AMF

Le 11 septembre 2026, l’Autorité des marchés financiers a inscrit l’adresse [email protected] parmi les acteurs qu’elle recense comme non autorisés. L’entrée porte le libellé « Usurpation AMF ». Ce classement ne vise pas un intermédiaire financier non agréé : il désigne une boîte aux lettres qui se présente comme le régulateur français lui-même. Le domaine qui porte cette adresse ne délivre aucune page de contenu et redirige vers un second nom, lui-même créé la veille de l’inscription officielle.

Aucune société n’a pu être rattachée à ce nom ni à cette adresse lors des vérifications menées le 14 septembre 2026. Le titulaire du domaine est masqué par un service de confidentialité, et la vitrine associée n’a jamais affiché de contenu publiable. Ce que les relevés techniques révèlent, en revanche, c’est une infrastructure montée en quelques semaines sur un service grand public, sans aucune des caractéristiques d’un opérateur financier.

Une adresse de courriel inscrite le 11 septembre 2026 par le régulateur français

La fiche publiée par l’AMF permet de lire l’inscription dans son intégralité : intitulée « [email protected] », elle porte la date du 11/09/2026 et s’inscrit dans la rubrique « Usurpation AMF » de ce document officiel. Il ne s’agit pas d’une entrée ordinaire répertoriant une plateforme d’investissement non agréée.

Le libellé « Usurpation AMF » a une portée précise. Il signifie que l’expéditeur ne se présente pas comme un intermédiaire ou un conseiller : il se fait passer pour le régulateur lui-même. C’est cette usurpation d’identité institutionnelle que l’AMF signale, et non la commercialisation non autorisée d’un produit financier.

La formule officielle figurant sur la fiche est la suivante : « Cet acteur n’est pas autorisé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) à proposer certains services ou placements financiers en France. »

Dernière mise à jour : 14/09/2026

Un nom créé le 27 juillet 2026, un titulaire masqué

Le domaine blockchain-support.fr a été enregistré le 27 juillet 2026, soit environ six semaines avant son inscription sur la liste noire du régulateur. Son échéance est fixée au 27 juillet 2027. Le bureau d’enregistrement est Hosting Concepts B.V., société également connue sous le nom d’Openprovider, établie aux Pays-Bas. Les serveurs de noms déclarés sont ns1.openprovider.nl, ns2.openprovider.be et ns3.openprovider.eu. Le nom est en outre verrouillé, de sorte qu’il ne peut être basculé ailleurs sans l’accord du titulaire, et l’identité du propriétaire est dissimulée derrière un service de confidentialité : aucun nom, aucune adresse, aucune société ne figure dans les données d’enregistrement accessibles. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Les relevés publics de certificats ne font apparaître que deux entrées pour ce nom, toutes deux émises au bénéfice de www.blockchain-support.fr. Aucun autre nom de domaine n’est couvert par ces certificats. Ce périmètre restreint est cohérent avec l’absence de tout sous-domaine ou service annexe : l’infrastructure est réduite à sa plus simple expression.

Aucun titulaire apparent dans les registres du domaine

Les vérifications conduites le 14 septembre 2026 n’ont permis de rattacher aucune société à cette adresse ni à ce nom de domaine. Le registre britannique des sociétés ne fait apparaître aucune entité liée à blockchain-support.fr, et le régulateur chypriote ne le signale nulle part. Cette absence de toute structure identifiable est l’un des éléments qui ressort le plus nettement de l’ensemble du dossier.

Sur ce point, la fiche de réputation de ce nom situe son indice de confiance à 1 %, relevé le 14 septembre 2026. Cette évaluation tierce, qui ne constitue pas une décision d’autorité, repose sur trois observations convergentes : le nom a été créé depuis moins de six mois, il expire dans moins d’un an, et le propriétaire est caché dans les données d’enregistrement. Ces trois caractéristiques sont celles d’un nom enregistré pour un usage bref, sans intention de s’inscrire dans la durée. Le cas fait écho à celui de crypto-amf, une adresse qui usurpait déjà le nom du régulateur et que BrokerDefense avait documenté le 9 juillet 2026 : la logique de substitution d’identité institutionnelle est identique.

Une vitrine qui redirige vers support-crypto.fr

Le 14 septembre 2026, l’adresse https://blockchain-support.fr/ ne sert aucune page de contenu. Elle répond par une redirection vers https://www.support-crypto.fr/, qui affiche uniquement un avis de la plateforme d’hébergement Webador intitulé « Site non publié », accompagné de la mention « Ce site n’a pas encore été publié. » Les informations de service de la plateforme désignent ce site sous le nom « Marketcap » et le marquent comme non publié et non accessible. Rien de ce que cette adresse a pu afficher n’a été conservé : les services qui gardent une trace des pages web n’en ont gardé aucun exemplaire, ce qui donne à penser qu’elle ne devait pas rester visible longtemps.

Le second nom, support-crypto.fr, a été créé le 10 septembre 2026, soit un jour avant la mise en ligne de la fiche de l’AMF. Il partage le même bureau d’enregistrement, les mêmes serveurs de noms et la même adresse de serveur que blockchain-support.fr. Pour support-crypto.fr, on ne relève qu’un seul enregistrement, daté du 10 septembre 2026, et il ne montre qu’une redirection. Ce schéma, dans lequel un nom récent redirige vers un second nom créé la veille d’une inscription réglementaire, constitue un constat technique factuel : il appartient aux autorités compétentes d’en établir la signification juridique. Ce type de montage éphémère n’est pas sans rappeler le cas de rapidrecovery.online, une adresse placée sur la liste noire de l’AMF le 4 septembre 2026 pour une fausse promesse de récupération de fonds.

Ce que la messagerie et l’hébergement retenus révèlent

Les deux noms, blockchain-support.fr et support-crypto.fr, pointent vers l’adresse unique 35.204.150.5, qui correspond au service de rendu de la plateforme Webador. La messagerie du domaine blockchain-support.fr est elle aussi confiée à cette même plateforme : l’enregistrement de courrier du domaine désigne mail.webador.com, et la politique d’authentification des courriels autorise l’envoi depuis le domaine _spf.webador.com. L’ensemble du dispositif repose donc sur un service grand public de création de sites web, sans aucun serveur dédié, sans infrastructure financière, sans équipe identifiable derrière l’adresse.

Ces constats techniques ne permettent pas d’établir l’identité des personnes qui exploitent cette adresse, ni de reconstituer le contenu des messages envoyés depuis [email protected]. Aucun contenu de ce site n’ayant été gardé par les services qui conservent une trace des pages web, on ne saurait dire ce qu’il a présenté avant de devenir inaccessible. Ce que l’on sait avec certitude se limite à ce qui est visible : une adresse de courriel inscrite par le régulateur, un domaine vide, et une infrastructure sans profondeur.

Après un échange par courriel, les pièces à conserver

Si vous avez répondu à un message venu de [email protected], ou si vous avez transmis des documents ou effectué des versements à la suite d’un tel échange, plusieurs éléments doivent être rassemblés sans délai : le message d’origine dans son intégralité, en-tête complet inclus, tous les échanges écrits qui ont suivi, les justificatifs des versements effectués, les relevés bancaires correspondants, et les captures d’écran des pages qui se sont affichées lors de vos visites sur le site. Ces pièces constituent la base documentaire d’un dossier : elles permettent d’établir la chronologie des contacts, de démontrer la nature des informations transmises et de chiffrer les sommes engagées.

La conservation de ces éléments dans leur format d’origine est essentielle, car toute modification ultérieure peut en affecter la valeur probante. L’en-tête du courriel, en particulier, contient des informations techniques sur le chemin suivi par le message et sur les serveurs qui l’ont relayé : ces données sont précieuses pour une enquête et disparaissent si l’on ne conserve que le corps du texte. Maître Goce Novakov, avocat dont le cabinet se situe à Paris et qui relève du barreau de la capitale, expose dans l’entretien ci-dessous les enseignements d’une victoire judiciaire obtenue devant le tribunal de Créteil dans une affaire d’escroquerie, et les conditions dans lesquelles un dossier documenté peut aboutir.

Poursuivre l’expéditeur du courriel et la banque qui a exécuté les virements

Lorsqu’un versement a été effectué à la suite d’un message provenant de cette adresse, deux pistes peuvent être explorées simultanément. La première consiste à chercher à identifier l’auteur des messages : les en-têtes des courriels, les références de virement et tout document transmis peuvent permettre aux enquêteurs de remonter jusqu’aux personnes physiques à l’origine des envois. La seconde piste concerne l’établissement financier qui a reçu les fonds : sa responsabilité peut être engagée si des éléments démontrent qu’il n’a pas respecté les obligations qui lui incombaient en matière de détection des opérations suspectes.

La première étape formelle est le dépôt d’une plainte, qui ouvre une enquête préliminaire et donne une base légale aux demandes de communication de pièces auprès des banques et des opérateurs. La page consacrée aux les poursuites pénales pour escroquerie détaille les démarches à suivre et les délais à respecter.

Ce qu’un nom sans contenu publié ne permet pas d’établir

À la date du 14 septembre 2026, aucune société n’est identifiable derrière blockchain-support.fr, aucun titulaire n’a pu être nommé, aucune autorité réglementaire n’est citée sur le site, et aucune trace de son contenu passé n’a pu être retrouvée. Ces lacunes ne sont pas anodines : elles signifient que les messages envoyés depuis cette adresse ne peuvent pas être recoupés avec un contenu de site, ce qui complique l’établissement d’un faisceau de preuves complet.

Ce que l’on peut vérifier en revanche, c’est la réalité de l’inscription réglementaire : le site de l’AMF met ce document à la disposition du public et le tient à jour, et l’entrée relative à [email protected] y figure depuis le 11 septembre 2026. C’est ce document officiel qui constitue le point d’ancrage de tout le dossier : il atteste que le régulateur a eu connaissance de cette adresse et a jugé nécessaire d’en informer le public.

Questions posées par les destinataires de ce courriel

Que signifie concrètement l’inscription d’une adresse sous le libellé « Usurpation AMF » ?

Le libellé « Usurpation AMF » indique que l’expéditeur utilisant cette adresse se présente comme l’Autorité des marchés financiers elle-même, et non comme un intermédiaire financier. L’AMF ne contacte pas les particuliers pour leur annoncer une procédure d’indemnisation ou solliciter des documents par courriel non sollicité. Tout message se réclamant de l’AMF depuis une adresse qui ne relève pas du domaine officiel amf-france.org doit être considéré avec la plus grande prudence.

J’ai répondu au message ou transmis des pièces d’identité : que dois-je faire maintenant ?

Conservez immédiatement le message d’origine avec son en-tête complet, ainsi que tous les échanges qui ont suivi. Si vous avez transmis des documents d’identité ou des coordonnées bancaires, signalez-le à votre banque sans attendre, afin qu’elle puisse prendre les mesures de surveillance adaptées. Faites enregistrer une plainte, en y annexant les pièces rassemblées. Ne transmettez aucun versement supplémentaire, quelle que soit la demande formulée.

Le fait que le site redirige vers une page non publiée change-t-il quelque chose à la lecture du dossier ?

Oui, dans la mesure où cette configuration rend impossible toute vérification du contenu que le site aurait pu afficher. L’absence de page publiée signifie que les messages envoyés depuis cette adresse ne peuvent pas être recoupés avec un contenu de vitrine. Elle indique aussi que l’adresse de courriel constituait l’outil principal du dispositif, le site n’ayant vraisemblablement servi qu’à ancrer le nom de domaine. Le second nom, support-crypto.fr, créé la veille de l’inscription réglementaire, renforce ce constat : l’ensemble de l’infrastructure semble avoir été conçu pour un usage bref.

Les personnes qui ont reçu un message de [email protected] correspondent au profil le plus souvent ciblé par ce type de démarche : des individus déjà éprouvés par une première escroquerie, relancés par une boîte aux lettres qui se présente comme le régulateur français, alors qu’aucune société ne porte ce nom et que la vitrine associée est restée sans contenu publié. La situation est d’autant plus difficile à déchiffrer pour les destinataires que le libellé « Autorité des marchés financiers » inspire une confiance légitime, et que le domaine blockchain-support.fr n’offre aucun élément permettant de le contredire immédiatement. BrokerDefense propose aux personnes concernées un examen préalable de leur dossier, sans frais ni engagement.

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