Dans cette interview pour Publications Agora, Marc Bouzy, expert en résolution de conflits financiers et président de Broker Defense, est reçu par Marie-Constance Scott. Ensemble, décryptage de comment l’intelligence artificielle a radicalement transformé les arnaques financières en ligne. Et comment elle a démultiplié la force de frappe des escrocs.
Sommaire
L’IA au service des fraudeurs : perfection formelle et production de masse
Autrefois, les fautes d’orthographe étaient le principal signal d’alerte pour détecter un message frauduleux. Aujourd’hui, l’IA génère des textes parfaits et permet aux fraudeurs de gérer simultanément d’innombrables conversations sur WhatsApp ou Telegram. L’anomalie s’est même inversée — une petite faute de frappe peut désormais paradoxalement signifier qu’un humain est à l’origine du message.
Les escrocs utilisent également l’IA pour coder rapidement des sites à l’apparence professionnelle. Ces « sites jetables » sont produits en série. Ils sont soutenus par des réseaux de fausses pages d’actualités pour manipuler les moteurs de recherche. Leur but ? Occuper la première page de Google. Les traductions fluides permettent de cibler des zones linguistiques cohérentes — anglais, allemand, français — sans éveiller les soupçons.
Deepfakes et usurpation d’identité
Les escrocs usurpent l’identité de véritables entreprises, banques ou institutions validées par l’AMF. Ils pratiquent le « cybersquattage ». En modifiant subtilement une lettre d’un nom de domaine ou d’une adresse email légitime pour piéger la victime.
Plus inquiétant, l’IA permet de créer des deepfakes — de fausses vidéos très réalistes de personnalités publiques comme Elon Musk ou Bernard Arnault — vantant de faux rendements. Ces vidéos constituent un puissant outil d’acquisition de nouvelles victimes.
L’ingénierie sociale : quand arnaque sentimentale et arnaque financière se croisent
Les escrocs ciblent un public de plus en plus vaste, notamment les quadragénaires attirés par la cryptomonnaie. Une tendance majeure est le croisement entre l’arnaque sentimentale et l’arnaque financière. Sur les réseaux, le fraudeur crée rapidement une proximité anormale — tutoiement immédiat, questions personnelles sur les enfants ou les loisirs — avant de proposer un « bon tuyau » d’investissement prétendument issu d’un membre de sa famille.
Le piège de la confiance et l’engrenage des pertes
Pour instaurer une confiance aveugle, les escrocs autorisent souvent un premier retrait rapide de petites sommes — 200 euros par exemple — sachant que la victime réinvestira des montants bien plus importants. Lorsqu’elle souhaite récupérer son capital, les fraudeurs inventent des blocages et exigent le paiement de fausses taxes ou pénalités représentant 15 à 30% des faux gains accumulés — avant de disparaître définitivement.
C’est ce qu’on appelle l’arnaque à la fausse récupération — une double escroquerie qui cible des victimes déjà fragilisées.
Comment se protéger : la méthode RAD
Face à l’urgence artificielle créée par les escrocs, Marc Bouzy préconise d’appliquer la méthode RAD :
- Ralentir — contrer la pression psychologique imposée par l’escroc
- Authentifier — consulter les registres officiels comme le Regafi pour vérifier la légitimité de l’offre
- Documenter — repérer les incohérences et conserver toutes les preuves
Le maillon faible des fraudeurs reste le virement bancaire. Il est indispensable d’impliquer son banquier en lui présentant systématiquement les propositions d’investissement avant tout paiement — ce qui permet de sécuriser les fonds et de conserver des traces juridiques en cas de litige.
Les victimes d’usurpation d’identité doivent conserver toutes les preuves et déposer plainte pour se protéger contre la création de sociétés ou de comptes frauduleux à leur nom.
FAQ
L’IA permet aux escrocs de générer des textes parfaits. De gérer simultanément des milliers de conversations. De créer des sites professionnels en quelques heures et aussi de produire des deepfakes de personnalités publiques. Elle a démultiplié leur force de frappe tout en rendant leurs arnaques bien plus difficiles à détecter.
La méthode RAD préconisée par Marc Bouzy repose sur trois étapes : Ralentir pour contrer la pression psychologique, Authentifier l’offre en consultant les registres officiels comme le Regafi, et Documenter ses recherches pour repérer les incohérences avant tout investissement.
C’est une technique consistant donc à modifier subtilement une lettre dans le nom de domaine ou l’adresse email d’une entreprise légitime pour usurper son identité et piéger les victimes. Par exemple, remplacer un « l » par un « I » dans un nom de domaine pour créer une confusion visuelle.
Les deepfakes sont donc des vidéos générées par IA reproduisant le visage et la voix de personnalités connues. Pour les détecter, méfiez-vous alors de toute vidéo promouvant des rendements exceptionnels avec une célébrité, vérifiez la source officielle de la vidéo et consultez les alertes de l’AMF sur les plateformes frauduleuses.


