Crypto Major arnaque : le .tech sorti du registre, le .com repris

L’AMF avait fiché Crypto Major six jours avant notre premier article

Le 15 mars 2018, le régulateur français inscrivait le nom www.crypto-major.com dans son relevé public des mises en garde, sous la qualification « Biens divers : crypto-actifs ». Notre première enquête sur cette plateforme a été publiée le 21 mars 2018, soit six jours après cette inscription : les deux dates sont proches, elles n’entretiennent aucun lien de causalité et restent deux faits indépendants, mais leur rapprochement mérite d’être signalé.

La consultation du relevé, effectuée le 24 septembre 2026, a rendu cette entrée sans ambiguïté. Pour s’assurer que la consultation n’était pas en défaut, un terme dont l’inscription était déjà connue a été recherché au même moment dans le même relevé : onze lignes ont été rendues normalement. Le résultat obtenu sur www.crypto-major.com est donc fiable.

Une précision s’impose sur la forme exacte du libellé : le relevé porte la forme préfixée en www sur le domaine .com, soit www.crypto-major.com. Le domaine .tech, qui fait l’objet de cette fiche, ne donne lieu à aucune ligne distincte dans ce relevé. Les deux écritures ne sont pas interchangeables, et c’est bien le nom .com que l’Autorité des marchés financiers a retenu dans son inscription.

Par cette inscription, le régulateur a publiquement désigné ce nom comme exposant les épargnants à un danger. Elle ne vaut pas jugement pénal, mais elle est opposable et peut être invoquée dans le cadre d’une démarche auprès des autorités ou d’une procédure judiciaire. Le relevé complet, mis à jour en continu, est consultable directement sur le site de l’Autorité des marchés financiers. À notre connaissance, l’inscription du 15 mars 2018 n’a jamais été levée.

Dernière mise à jour : 24/09/2026

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Au registre du .tech, plus aucune inscription portant ce nom

Nos vérifications du 24 septembre 2026 sur le registre du .tech n’ont rendu aucune inscription correspondant à crypto-major.tech. Le nom y est désormais présenté comme disponible à l’enregistrement : il ne s’agit plus d’un simple arrêt du service, mais de la disparition de l’enregistrement lui-même.

Pour s’assurer de la fiabilité de cette interrogation, un autre nom du même registre, connu comme valablement enregistré, a été contrôlé au même moment : sa fiche a été rendue normalement. La conclusion tirée pour crypto-major.tech repose donc sur une vérification qui n’était pas en défaut.

Le nom n’est plus rattaché à la moindre adresse réseau, et sa variante préfixée en www pas davantage. Trois essais de connexion enchaînés se sont tous soldés par un échec. La distinction est importante : un service peut cesser de répondre tout en conservant son enregistrement, ce qui laisse ouverte la possibilité d’une reprise. Ici, l’enregistrement lui-même a disparu du registre, ce qui va plus loin qu’une simple interruption technique.

Notre précédente mise à jour de cette fiche, datée du 29 mai 2026, constatait déjà que l’adresse ne répondait plus. Depuis, le nom a quitté le registre. Pour toute personne souhaitant consulter le dernier état documenté de la fiche d’enregistrement, un point de contrôle reste accessible via la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Repris en mars 2022, le .com porte aujourd’hui un blog consacré aux cryptomonnaies

Le registre du .com, interrogé le 24 septembre 2026, indique que crypto-major.com a été enregistré le 29 mars 2022, avec une échéance fixée au 29 mars 2027. La fiche a été modifiée pour la dernière fois le 2 avril 2026. Le bureau d’enregistrement est OVH, et deux serveurs de noms d’OVH sont déclarés. La fiche porte deux restrictions, écrites exactement clientDeleteProhibited et clientTransferProhibited, qui empêchent respectivement la suppression et le transfert du nom sans action préalable du titulaire.

Le nom répond aujourd’hui et sert un blog francophone consacré aux cryptomonnaies. Ses rubriques sont Acheter, Gaming, Parrainage, Crypto et Livres. La consultation du nom sans préfixe redirige vers la forme préfixée en www. Nos relevés techniques indiquent que le site fonctionne sous WordPress, avec un serveur web Apache et une version 8.4 du langage PHP.

Des relevés conservés en 2021, antérieurs à cet enregistrement de 2022, montraient déjà sur ce même nom des adresses de pages sans rapport avec la vitrine de 2018 : le nom avait donc changé d’usage avant même d’être repris dans sa configuration actuelle. Il convient d’être explicite sur ce point : rien dans les documents consultés n’établit que l’usage actuel relève du même exploitant que la plateforme de 2018. Ce qui est constaté, c’est que le nom fiché par le régulateur en 2018 a été enregistré à nouveau en 2022 pour un tout autre usage, et ce constat ne constitue pas une attribution de responsabilité.

Trois adresses et deux citations fabriquées sur la page archivée

La copie publique de la vitrine d’origine, dont cent captures sont conservées entre le 10 août et le 11 décembre 2018, présentait Crypto Major comme le « second opérateur européen des cryptomonnaies », avec une accroche invitant à investir chez « les meilleurs ». Trois implantations étaient affichées : un immeuble au 1 Tithebarn St à Liverpool, au Royaume-Uni ; une adresse Konrad-Adenauer-Str. 30 à Stuttgart, en Allemagne ; et une adresse au 150 Columbus Ave à New York, aux États-Unis. Ces trois adresses étaient présentées avec des horaires identiques, du lundi au vendredi de 9 h à 19 h.

Notre consultation du registre britannique des sociétés, le 24 septembre 2026, n’a retourné aucune société portant la dénomination Crypto Major. L’adresse britannique revendiquée ne correspond donc à aucune société enregistrée sous ce nom dans ce registre.

Sur la vitrine figuraient également deux citations attribuées à Bill Gates et à Mario Draghi, présentées comme des prises de position favorables aux cryptomonnaies. Ces deux personnes ne sont évidemment pas mises en cause ici : c’est le procédé consistant à leur prêter des propos pour légitimer une offre commerciale qui mérite d’être relevé. Quatre performances affichées pour le premier semestre 2017 servaient d’argument commercial : ether à plus 3 000 %, litecoin à plus 719 %, dash à plus 2 830 % et bitcoin à plus 270 %. Ces chiffres de cours passés étaient présentés sans lien avec aucun service effectivement rendu.

Une rubrique de la vitrine comportait quatre compteurs affichant chacun la valeur zéro : années d’activité, experts, contentieux et profits. Les produits annoncés allaient d’un compte de trading à un livret à revenu fixe, en passant par un stockage dit sécurisé et un conseil en minage. La page était déclinée en quatre langues, dont le français, l’anglais, l’allemand et l’anglais américain. Les chemins de fichiers conservés portent des dates de 2016, alors que la plateforme revendiquait une existence bien plus ancienne : cet écart de datation est un constat factuel tiré de notre analyse des archives. Un fichier d’exclusion destiné aux moteurs de recherche, demandant de ne pas indexer le site, a par ailleurs été relevé dès le 29 juin 2018.

D’autres dossiers documentés par BrokerDefense présentent des trajectoires comparables à celle de Crypto Major. Notre dossier de juin 2026 consacré à Verogreatnest porte sur une plateforme de cryptomonnaies dont le nom de domaine a expiré et emporté la vitrine. Celui de septembre 2025 consacré à Bytenix décrit une fausse plateforme de cryptomonnaies dont le nom a été laissé expirer de la même façon.

Cloudflare en façade, un WordPress de 2018 en arrière-plan

L’ensemble des certificats conservés pour le nom crypto-major.tech ont été émis au nom de sni26813.cloudflaressl.com : il s’agit du certificat mutualisé d’un grand réseau de diffusion de contenu, jamais d’un certificat émis au nom de l’enseigne elle-même. Cette configuration permettait à quiconque consulte le certificat de ne pas identifier directement l’exploitant du site, ce qui constitue un obstacle supplémentaire à toute vérification d’identité. Aujourd’hui, aucun certificat n’est plus journalisé pour ce nom.

Nos recherches dans les chemins de fichiers conservés révèlent une pile WordPress typique de 2018 : un constructeur de pages, un module de diaporama, un paquet d’extensions d’interface, un module de formulaire de contact, et un thème nommé adamas. Trois pages intérieures sont préservées dans les archives : une page de compte géré, une page de conditions légales et une page de politique de confidentialité. La page de conditions citait une charte de confidentialité et une loi britannique de protection des données de 1998.

Ce socle technique contraste avec ce que la vitrine revendiquait : un opérateur installé dans trois pays, doté d’experts et d’une infrastructure à la hauteur de ses ambitions affichées. L’examen des fichiers conservés donne une image très différente de cette présentation.

Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate rattachée au barreau de Paris, aborde dans son intervention un jugement d’escroquerie et de faux investissement ayant abouti à la reconnaissance d’une indemnisation pour les victimes, ainsi qu’à la condamnation de banques étrangères en France dans une affaire portée jusqu’à la Cour de cassation.

Constituer le dossier du versement avant toute démarche

Lorsque des fonds ont été adressés à une plateforme dont le nom a quitté son registre d’enregistrement, la première priorité est de rassembler les pièces qui attestent des versements effectués. Cela comprend les confirmations de virement et les relevés bancaires correspondants, les courriels et les messages échangés avec les personnes présentées comme les conseillers du service, les captures des pages de compte auxquelles la vitrine de Crypto Major donnait accès, et une chronologie aussi précise que possible des sommes engagées et des dates.

L’inscription du 15 mars 2018 portée par le régulateur français n’a jamais été levée à notre connaissance : elle reste opposable et peut être versée à un dossier pour attester que l’alerte existait bien avant que des fonds n’aient été engagés. Ce contexte peut avoir une incidence sur l’appréciation des responsabilités.

Il convient également de rester vigilant sur un point : un nom redevenu disponible à l’enregistrement peut être repris par n’importe quel tiers. Si crypto-major.tech devait réapparaître sous une nouvelle vitrine, cela ne signifierait pas pour autant que les exploitants d’origine sont de retour ; la prudence reste de mise face à toute sollicitation utilisant ce nom.

Pour engager une démarche structurée, la page BrokerDefense réservée à la plainte pénale récapitule la chronologie des opérations, du signalement aux autorités jusqu’à la constitution du dossier devant le procureur.

Trois précisions demandées sur ce dossier

Que signifie concrètement l’inscription de www.crypto-major.com dans le relevé de l’AMF ?

Ce nom figure au relevé depuis le 15 mars 2018, sous la qualification « Biens divers : crypto-actifs ». Le régulateur a ainsi publiquement désigné ce nom comme exposant les épargnants à un danger. Cette inscription ne vaut pas condamnation pénale, mais elle est opposable : une personne ayant versé des fonds peut s’en prévaloir dans une démarche auprès des autorités ou dans le cadre d’une procédure judiciaire. À notre connaissance, elle n’a jamais été retirée.

Le domaine crypto-major.tech a quitté le registre : quelles conséquences pour une personne ayant versé des fonds ?

La disparition du nom du registre du .tech ne signifie pas que les fonds versés sont définitivement perdus sans recours possible. Elle rend simplement impossible tout contact via la vitrine d’origine. Les démarches restent ouvertes : signalement auprès des autorités compétentes, dépôt de plainte pour escroquerie, et constitution d’un dossier réunissant l’ensemble des preuves de versement. L’inscription du régulateur du 15 mars 2018 reste un élément utile à verser à ce dossier.

Le nom crypto-major.com est aujourd’hui utilisé par un blog : cela a-t-il un impact sur les victimes de la plateforme de 2018 ?

Non. Rien dans les documents consultés n’établit que le blog actuel relève du même exploitant que la plateforme de 2018. Le nom a été enregistré à nouveau en mars 2022, quatre ans après les faits, pour un usage sans rapport avec la vitrine d’origine. Ce changement de mains ne modifie pas la situation des personnes ayant versé des fonds à la plateforme de 2018 : leurs démarches s’exercent contre les exploitants d’alors, indépendamment de ce que le nom sert aujourd’hui.

Crypto Major se présentait comme un opérateur de cryptomonnaies implanté dans trois pays, mais son nom a quitté le registre du .tech, aucune société n’a jamais été retrouvée sous cette dénomination au registre britannique, et le régulateur français avait inscrit le nom .com dans son relevé de mises en garde dès le 15 mars 2018. Les particuliers démarchés pour placer des fonds sur cette vitrine font face à une plateforme qui n’existe plus sous aucune de ses formes d’origine. Si vous avez versé des sommes à Crypto Major, BrokerDefense vous invite à soumettre votre situation pour qu’elle soit évaluée sans engagement.

Article réécrit le 24/09/2026

2 Comments

  1. BONNAUD dit :

    J’ai investis 2000 € chez CRYPTOMAJOR

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