FuturBTC arnaque : l’AMF avait signalé le site avant notre enquête

L’Autorité des marchés financiers a porté le nom www.futurbtc.com sur sa liste noire le 23 août 2023, vingt-six jours avant la parution de notre enquête consacrée à cette vitrine. Notre article du 18 septembre 2023 n’avait mentionné ni ce domaine tel qu’il figure chez le régulateur, ni l’existence de cette mise en garde officielle.

La vitrine se présentait comme un courtier en ligne proposant des CFD, des crypto-actifs et des devises, avec un terminal de négociation accessible sur un sous-domaine distinct. Le nom est aujourd’hui enregistré par un nouveau titulaire, mais aucune page n’est accessible. Voici ce que les relevés successifs permettent d’établir.

Une inscription de l’AMF antérieure à notre enquête

La liste noire du régulateur français mentionne www.futurbtc.com à la date du 23 août 2023, sous l’intitulé « Produits dérivés sur crypto-actifs ». Seize noms au total ont été ajoutés ce jour-là dans les différents fichiers de listes que publie le régulateur : il s’agit d’un relevé par lot, sans lien thématique établi entre les entités concernées. La fiche officielle du régulateur consacrée à futurbtc.com indique, mot pour mot, que « Cet acteur n’est pas autorisé par l’AMF à proposer certains services ou placements financiers en France. » Notre article de septembre 2023 avait examiné la vitrine sans relever ce point, et le nom est resté inscrit depuis.

Parmi les autres noms portés le même jour par le même régulateur figurent notamment CityInv260, dont notre analyse est disponible ici, et acapitalgroup.co, auquel nous avons consacré un article distinct. Ces rapprochements reposent uniquement sur la date commune du relevé ; rien ne permet d’établir un lien entre les exploitants respectifs.

Du côté de l’enregistrement du domaine, les données relevées en 2023 indiquent une création le 1er mars 2023, avec une échéance initiale fixée au 1er mars 2024. Le bureau d’enregistrement d’alors était Tucows. Les serveurs de noms étaient nick.ns.cloudflare.com et elaine.ns.cloudflare.com. Le nom ne disposait d’aucune signature DNSSEC. Le titulaire était masqué derrière un service de confidentialité, le seul élément géographique déclaré étant un État : Charlestown. Les statuts enregistrés, « clientTransferProhibited » et « clientUpdateProhibited », limitaient les modifications du nom sans action expresse auprès du bureau d’enregistrement.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Dernière mise à jour : 13/09/2026

Une plateforme complète, aucun titulaire identifié

La vitrine futurbtc.com proposait un catalogue de pages caractéristique des plateformes de courtage en ligne : présentation de la société, argumentaire commercial, frais et commissions, comptes de trading, dépôts et retraits, pages pédagogiques sur le Forex, les CFD et les crypto-actifs, description des plateformes de négociation, programme d’affiliation et de partenaires, FAQ, blog, mentions légales, politique de confidentialité, conditions générales, conformité, KYC et AML, page de régulation et formulaire de contact. Le site existait en versions anglaise et française.

L’ouverture d’un compte était présentée comme accessible à partir d’un dépôt de 250 dollars. La vitrine mettait en avant des supports de formation : livres électroniques, vidéos et webinaires. Un programme d’affiliation était présenté dès la page d’accueil. La page « About Us » revendiquait une activité « in operation for a long time » et une réputation « solid », avec un chiffrement AES 256 bits annoncé.

Malgré cette apparence de courtier établi, aucune entité juridique n’était identifiable : pas de numéro de société, pas de registre de commerce cité, pas d’autorisation d’exercer mentionnée nulle part sur la vitrine. Le pied de page affichait une adresse postale à Londres, au 50 Bank Street, et deux numéros de téléphone présentés comme support et négociation. Le formulaire de contact proposait un sélecteur de pays incluant plusieurs territoires offshore, parmi lesquels Saint-Kitts-et-Nevis. La mention de copyright était datée de 2023 au nom de FuturBTC. L’enseigne se désignait elle-même comme « an online FuturBTC », formulation qui ne renvoie à aucune structure légale identifiable.

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Un slogan qui fait du risque un argument commercial

Le message d’accueil de la vitrine énonçait, en anglais : « A Trading Platform That Encourages You to Take Risks », complété par : « Achieve Your Full Trading Potential by Establishing Favorable Trading Conditions ». La formulation est notable : là où un courtier régulé informe de l’existence du risque et de la probabilité de perte, la vitrine futurbtc.com présentait le risque comme une incitation à ouvrir un compte.

L’argumentaire général promettait des fonctionnalités décrites comme « entièrement avantageuses », des outils sophistiqués, une authentification à deux facteurs et des comptes séparés. Le parcours d’entrée était présenté en trois étapes : ouverture du compte, dépôt de fonds, début des opérations. L’ensemble du discours visait à réduire la perception du risque plutôt qu’à l’expliquer.

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Le terminal de négociation hébergé à part

Un second relevé a porté sur le sous-domaine webtrader.futurbtc.com, accessible à l’adresse /login. Cette page de connexion fonctionnait de façon autonome, hébergée sur une adresse réseau voisine mais distincte de celle de la vitrine principale. Le terminal reposait sur le socle ASP.NET version 4.0, avec le modèle architectural MVC. Il ne s’agissait donc pas d’une simple page d’affichage, mais d’une application serveur à part entière.

L’analyse technique de la vitrine a permis de relever plusieurs caractéristiques. La version française des pages n’était pas rédigée directement en français : elle était produite par un module de traduction tiers embarqué dans le code des pages. Le serveur web utilisé était nginx. La résolution DNS était assurée par Cloudflare. Le certificat de sécurité avait été délivré par Sectigo. Les polices d’écriture et plusieurs bibliothèques JavaScript étaient chargées depuis des domaines publics, dont Google Fonts et jQuery. La messagerie professionnelle de la vitrine était confiée à Zoho Mail. Le programme d’affiliation était mis en avant dès la page d’accueil, suggérant une logique de recrutement de nouveaux déposants par des tiers rémunérés.

Trois vies pour une même adresse

La vitrine futurbtc.com a été servie tout au long de 2023 et au moins jusqu’en juillet 2024, date à laquelle des copies publiques de la page « About Us » existent encore, avec leur contenu intégral. En juillet 2025, l’adresse ne renvoyait plus que la page par défaut du serveur web, ce qui indique que la vitrine n’était plus en service sans que le serveur ait été désactivé. En mars 2026, la réponse du serveur ne contenait plus aucun contenu identifiable.

Le nom futurbtc.com a ensuite été repris par un nouveau titulaire. L’enregistrement en vigueur au moment de cette mise à jour porte la date du 27 août 2026 ; sa durée court jusqu’au 27 août 2027. Ce nouvel enregistrement repose sur un autre bureau d’enregistrement et sur des serveurs de noms différents de ceux de 2023 : NS1.DYNA-NS.NET et NS2.DYNA-NS.NET. Le nom résout aujourd’hui vers une adresse réseau dont la plage est déclarée en Allemagne, mais nos trois tentatives de connexion sont restées sans réponse, sur le domaine principal comme sur le sous-domaine webtrader. Aucun élément ne permet de rattacher ce nouveau titulaire à l’exploitation de la vitrine de 2023, et aucune mise en cause ne saurait lui être adressée sur ce fondement.

Ce qu’une démarche judiciaire peut encore obtenir

Pour toute personne ayant effectué des versements sur futurbtc.com, la constitution d’un dossier documentaire est la première démarche utile. Les pièces à réunir comprennent les justificatifs de chaque virement, les relevés de compte faisant apparaître les références des bénéficiaires, l’ensemble des échanges écrits avec la plateforme et, dans la mesure du possible, des captures d’écran des pages consultées au moment des opérations. Ces éléments seront nécessaires pour établir la chronologie des faits devant toute autorité judiciaire ou administrative.

La page de l’AMF consacrée aux listes noires et mises en garde constitue un point de départ pour comprendre le cadre réglementaire. Pour engager une procédure pénale, notre guide sur les étapes d’une plainte pour escroquerie détaille les démarches à suivre selon la situation de chaque victime.

Maître Denitza Gueorguieva, avocate exerçant au barreau lyonnais, intervient dans les litiges et recours bancaires : elle examine notamment ce que les établissements ayant exécuté les virements litigieux peuvent être tenus d’assumer, et les voies ouvertes aux personnes concernées pour obtenir réparation. L’entretien vidéo ci-dessous porte sur ces questions.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Les questions qui nous sont posées sur FuturBTC

Le nom futurbtc.com figure-t-il toujours sur la liste noire de l’AMF ?

Oui. L’inscription du 23 août 2023 porte la mention « Produits dérivés sur crypto-actifs » et n’a pas été retirée. Le nom reste référencé dans les fichiers de listes noires du régulateur français, indépendamment du fait que la vitrine de 2023 ne soit plus accessible et que le nom ait depuis été enregistré par un nouveau titulaire.

Que trouve-t-on aujourd’hui si l’on tente d’accéder à futurbtc.com ?

Le nom est enregistré depuis le 27 août 2026 par un titulaire distinct de celui de 2023, et il résout bien vers une adresse réseau. Cependant, aucune page ne s’affiche : les tentatives de connexion au domaine principal comme au sous-domaine webtrader restent sans réponse. La vitrine de courtage qui existait en 2023 n’est plus disponible.

Que peut faire une personne qui a transféré des fonds vers cette plateforme ?

Elle doit d’abord rassembler tous les documents relatifs aux versements effectués : ordres de virement, relevés bancaires, captures d’écran et correspondances. Une plainte pénale pour escroquerie peut être déposée auprès du parquet compétent. Un recours contre l’établissement bancaire ayant traité les virements est également envisageable selon les circonstances. BrokerDefense aide les personnes concernées à déterminer quelles démarches peuvent encore être engagées.

Celles et ceux qui ont adressé des fonds à futurbtc.com se retrouvent aujourd’hui face à une adresse sans contenu, une vitrine disparue et aucun interlocuteur identifiable. Aucune entité juridique n’avait jamais été déclarée sur cette vitrine, et les demandes de retrait formulées avant sa disparition n’ont pas trouvé de réponse. Si vous êtes dans cette situation, BrokerDefense peut examiner les pièces que vous avez conservées et préciser les suites envisageables.

Article réécrit le 13/09/2026

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