Le 6 octobre 2026, le fichier commun que l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et l’Autorité des marchés financiers tiennent sur les acteurs non autorisés s’est enrichi d’une ligne portant l’adresse « pré[email protected] ». Deux qualifications y sont accrochées : l’une relevant du périmètre bancaire et assurantiel, l’autre visant l’usurpation d’une identité professionnelle. Le nom sur lequel cette adresse est bâtie ne figure, lui, à aucun registre.
Sommaire
- Une adresse fichée sur un nom absent de tout registre
- Lire la ligne du fichier de près
- Des relevés techniques qui ne rendent rien
- La vague d’inscriptions du 6 octobre 2026
- Les démarches après un message venu de cette adresse
- Ce que l’inscription établit, et ce qu’elle n’établit pas
- Trois réponses sur le dossier pmaimmo.com
Une adresse fichée sur un nom absent de tout registre
C’est ce qui écarte ce dossier de la plupart de ses voisins. Là où un démarchage frauduleux laisse d’ordinaire derrière lui une page, un certificat ou une trace dans les copies conservées du web, rien de tel n’existe ici. Le nom pmaimmo.com ne rend aucune inscription au fichier central des noms en « .com », ne répond à aucune interrogation du système de noms de domaine, et n’apparaît dans aucun relevé de certificat.
Autrement dit, l’autorité a inscrit une adresse de courriel dont le support n’a aucune existence mesurable. Pour la personne qui aurait reçu un message signé de cette adresse, l’information est double : le démarchage est identifié comme frauduleux par le régulateur, et l’enseigne invoquée ne correspond à aucune structure vérifiable.
Dernière mise à jour : 08/10/2026
Lire la ligne du fichier de près
La forme de l’entrée mérite d’être lue de près. Elle n’écrit pas l’adresse d’un site, mais une adresse de courriel, et la partie qui précède l’arobase, « prénom.nom », n’est pas l’identité d’une personne : c’est la graphie générique que ce fichier emploie pour désigner l’adresse d’un particulier. Le nom réel de l’expéditeur n’y figure donc pas.
Ce mode de désignation est un choix de la source. Il se retrouve à l’identique sur des dizaines d’autres lignes, et il indique l’intention : viser le canal d’envoi, la boîte de réception qui a servi au démarchage, plutôt qu’une vitrine commerciale.
Les deux qualifications retenues vont dans le même sens. La première, « Crédits livrets paiements assurances », correspond au périmètre que surveille l’ACPR : proposer ce type de produits sans y être habilité. La seconde, « Usurpation Professionnel », désigne autre chose : une adresse qui se présente sous une qualité professionnelle qu’elle ne détient pas.
L’ensemble est consultable sur le portail public des listes noires, qui reprend le fichier tenu par les deux autorités.
Ce fichier ne se limite pas aux sites. On y trouve, à côté des noms de domaine, des adresses de courriel de démarchage, souvent versées par vagues. Une inscription de ce type ne dit pas qu’une vitrine a reçu des visiteurs : elle dit qu’une adresse a été employée pour solliciter le public sans autorisation.
Des relevés techniques qui ne rendent rien
Nous avons interrogé le nom pmaimmo.com par plusieurs voies. Le fichier central des adresses en « .com » ne rend aucune fiche : le nom n’y est pas enregistré. Le contrôle mené le même jour sur un nom connu rend, lui, une fiche complète, ce qui écarte l’hypothèse d’une panne de l’outil.
Le système de noms de domaine confirme ce constat. Aucune adresse de serveur n’est publiée pour ce nom, ni pour sa forme en « www ». Les enregistrements de messagerie et de serveurs de noms sont eux aussi muets.
Les journaux publics de certificats ne portent aucune émission rattachée à ce nom. Les copies conservées du web, de leur côté, n’en gardent aucune trace : aucune page de ce nom n’a été mise de côté par un service public de conservation.
Un nom employé uniquement pour l’envoi de messages peut, il est vrai, ne laisser aucune empreinte sur le web. Mais l’absence est ici plus large : elle porte aussi sur le registre, autrement dit sur l’existence même du nom.
La fiche WHOIS complète sur DomainTools permet de refaire ce contrôle : elle ne rend aucune inscription pour ce nom.
La vague d’inscriptions du 6 octobre 2026
L’entrée de pmaimmo.com n’est pas isolée. Ce même 6 octobre 2026, le fichier commun a accueilli quarante-trois adresses, toutes frappées des deux mêmes qualifications. Ce nombre se lit en une requête sur l’export public du portail.
La composition de cette vague est parlante. Une large partie des adresses accole un prénom et un nom au nom d’une banque réelle, Fortuneo, ou à des vocables de crédit immobilier. Les formes se répètent : « fortuneo-creditimmo », « expert.pretimmo », « conseiller.creditimmo », « immobilier-fortuneo », entre autres.
pmaimmo.com appartient à ce lot, avec une différence notable : contrairement à plusieurs de ses voisines, déposées et répondant sur le réseau, il ne renvoie à rien. Son inscription ne sert donc qu’à désigner la boîte aux lettres employée pour le démarchage.
Il faut se garder d’y voir l’aveu d’une exploitation commune. Le régulateur publie par lots, et une même date de versement ne démontre qu’un traitement groupé : elle n’établit aucun lien d’exploitation entre les adresses inscrites le même jour. Le seul fait établi est que ce vocable appartient à une famille de dispositifs qui reviennent régulièrement dans ce relevé public.
Deux dossiers voisins, publiés sur ce site le même jour, éclairent la mécanique de cette vague. Le premier revient sur un faux service de conformité adossé à une banque. Le second réunit un groupe de six noms immobiliers, fichés à la même date. Comme pmaimmo.com, ces dossiers portent sur des adresses de courriel, et non sur des vitrines.
Les démarches après un message venu de cette adresse
Si un message est arrivé depuis une adresse de ce type, le premier réflexe est de ne pas y répondre et de ne transférer aucun document d’identité ni justificatif de revenus. Ces pièces servent ensuite à ouvrir des comptes ou à contracter des crédits au nom de la personne sollicitée.
Vient ensuite la conservation des éléments : le message d’origine avec ses en-têtes, l’adresse d’expédition complète, les pièces jointes, les échanges de messagerie instantanée qui ont suivi, et les relevés bancaires des mouvements effectués.
Si des fonds ont été transférés, le signalement à la banque qui tient le compte récepteur et le dépôt d’une plainte constituent deux démarches distinctes, réglées à deux endroits différents. La plainte peut être enregistrée dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie, ou adressée par courrier au tribunal compétent. Notre parcours de dépôt de plainte détaille ces étapes et les pièces attendues.
La séquence qui suit porte sur la mécanique du faux conseiller et sur ce qu’une personne trompée peut encore obtenir. Notre rédaction l’a recueillie auprès de Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate parisienne par son barreau.
Ce que l’inscription établit, et ce qu’elle n’établit pas
L’inscription au fichier commun a une portée précise. Elle établit qu’une adresse a été employée pour démarcher le public sans autorisation, et que l’identité professionnelle qu’elle mettait en avant n’était soutenue par aucun droit. Elle ne dit rien, en revanche, du nombre de personnes sollicitées, ni des sommes éventuellement versées.
Elle ne désigne pas davantage une société. Rien dans les pièces recueillies ne permet de rattacher ces messages à une entreprise existante, ni d’imputer la sollicitation à une personne déterminée. Le vocable employé ne fait qu’emprunter l’apparence d’un conseil en crédit.
Ce qui reste, c’est un dispositif réduit à sa plus simple expression : un nom sans existence publique, une boîte de courrier, et un discours qui se réclame d’un professionnel habilité.
Trois réponses sur le dossier pmaimmo.com
Aucune inscription de ce nom n’apparaît au fichier central des adresses en « .com », aucune résolution ne le fait pointer vers un serveur et aucune copie conservée ne montre qu’une page ait jamais été servie sous ce nom. Il ne renvoie donc à aucune structure vérifiable, et le message qui s’en réclame doit être traité comme un démarchage sans support.
Cette graphie est celle que le fichier emploie pour désigner l’adresse d’un particulier sans livrer son identité. Elle n’indique pas le nom de l’expéditeur, mais signale que l’inscription porte sur une adresse de courriel de démarchage, et non sur une adresse de site.
Non. Répondre confirme que la boîte est active et relance l’échange. Il vaut mieux conserver le message tel qu’il est arrivé, avec ses en-têtes, et rassembler les preuves des versements éventuels avant toute démarche.
Le dossier pmaimmo.com tient donc à un contraste : une alerte publiée il y a quelques jours, et un nom qui n’existe nulle part. Pour celles et ceux qui ont répondu à un message parti de cette adresse, la priorité va aux traces encore disponibles, à savoir le courriel tel qu’il est arrivé, les échanges qui ont suivi et les mouvements enregistrés par la banque. Ces pièces forment la base de l’évaluation préalable conduite par notre équipe.


