Le 26 juillet 2024, un constat internet conforme au référentiel AFNOR Z67-147 a figé, sur le même domaine et à quelques clics d’intervalle, deux descriptions radicalement incompatibles du même service : une page d’accueil qui promettait un accès entièrement gratuit, et des conditions d’utilisation qui organisaient un abonnement payant non remboursable piloté par un robot de trading. Ce fait, daté, photographié et horodaté, est le point de départ de ce dossier.

Sommaire
- Une page d’accueil gratuite, un abonnement payant sur le même domaine
- Un abonnement à des signaux de robot, et le logiciel qu’il exige
- Deux briques extérieures posées dans la page d’accueil
- Un an d’enregistrement chez Hostinger, puis la sortie du registre
- Aucune entrée chez les régulateurs, et ce que cette absence ne prouve pas
- Les pièces que réclame encore une opération de 2024
Une page d’accueil gratuite, un abonnement payant sur le même domaine
Lorsque le constat a figé la page d’accueil d’immediatecatalyst.pro, le 26 juillet 2024, l’enseigne Immediate Catalyst Pro s’y présentait comme une opportunité de trading sur les crypto-monnaies. Des sections consacrées à l’achat et à la vente de bitcoins structuraient la page, accompagnées d’un bloc de témoignages attribués à trois pseudonymes : george, Diane & David, et Michale. Une section invitait l’internaute à « déterminer son style de trading ».
Le formulaire d’inscription réclamait six informations : prénom, nom, date de naissance, adresse de courriel, mot de passe et coordonnées téléphoniques, avec un sélecteur d’indicatif pré-rempli sur +1, soit l’indicatif des États-Unis. Dans la foire aux questions de cette même page d’accueil, une réponse était formulée noir sur blanc : « Do I need to pay to access Immediate Catalyst? No… you incur no costs. » Aucune ambiguïté : l’accès était présenté comme sans frais.
Les conditions d’utilisation du même domaine, constatées le même jour, racontaient une autre histoire. Leur intitulé les définissait comme le « premier point de rendez-vous de signaux de trading produits par un robot » et décrivait un algorithme qualifié de propriétaire. Elles organisaient un abonnement à durée choisie, avec des frais annoncés sur le site, des paiements explicitement non remboursables et les risques de perte mis à la charge du client. La promesse de gratuité de la page d’accueil et les frais non remboursables attachés à ces clauses coexistaient donc, le même jour, sur le même nom de domaine, sans qu’aucune des deux pages ne signale la contradiction.
Ce type de montage, où une vitrine rassurante côtoie des clauses contractuelles qui lui sont opposées, se retrouve dans plusieurs autres vitrines du même ensemble. Le jumeau portant la même enseigne sous un nom de domaine en .com a fait l’objet d’un examen distinct, et la dynamique de démarchage observée sur ce dossier rejoint celle documentée dès le printemps 2024 dans l’analyse d’Immediate Evex, l’un des premiers membres recensés de cette nébuleuse.
Dernière mise à jour : 26/09/2026
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Un abonnement à des signaux de robot, et le logiciel qu’il exige
Les conditions d’utilisation d’immediatecatalyst.pro allaient bien au-delà de la simple mention de frais. Elles précisaient, dans leur dernier paragraphe, que le robot nécessitait le logiciel MetaTrader 5 pour exécuter les ordres, ainsi qu’un service de courtier pour fournir la liquidité. Le client devait, selon ce texte, accepter séparément les conditions du courtier désigné. L’internaute démarché sur la foi d’une promesse de formation gratuite aux crypto-monnaies se trouvait donc, en lisant les conditions, face à deux relations contractuelles distinctes : l’une avec la plateforme, l’autre avec un courtier tiers dont l’identité n’était pas précisée à ce stade.
La clause de loi applicable et de juridiction ne nommait ni pays, ni loi nationale, ni tribunal : elle renvoyait seulement à « the laws » et à « the courts », sans désigner les unes ni les autres. En cas de litige, cette rédaction rendait toute action contentieuse précisément moins lisible pour un client particulier. L’unique adresse de contact figurant dans ces conditions était [email protected], portée par le domaine lui-même, sans coordonnées téléphoniques, sans adresse postale, sans dénomination sociale.
La page « About », elle, racontait un groupe d’amis souhaitant simplifier la formation à l’investissement, un récit qui cadrait avec la promesse de gratuité. La page « Contact Us », en revanche, annonçait une mise en relation avec des partenaires présentés comme des courtiers, ce qui rejoignait le schéma des conditions d’utilisation sans jamais en expliquer les implications financières. Les quatre pages que ce constat a figées composaient donc un ensemble dont chaque partie semblait destiner le visiteur à un interlocuteur différent selon la profondeur de sa navigation.
Deux briques extérieures posées dans la page d’accueil
Le journal réseau consigné au constat compte 1 769 190 octets de données et recense dix noms d’hôtes au total, dont neuf en dehors du domaine principal, lequel concentrait à lui seul 1 276 requêtes. Ces connexions extérieures éclairent la construction technique de la page.
Le premier ensemble est un service de conversation intégré : widget.replain.cc (443 requêtes), app.replain.cc (48 requêtes) et assets.replain.cc (12 requêtes) appartenaient tous à un même prestataire dont la fonction est d’acheminer les messages échangés sur le site vers Facebook Messenger ou Telegram. L’image de profil associée à ce service portait dans son chemin la date du 24 mai 2023, soit près d’un an avant le dépôt du nom de domaine. Ce service de messagerie relayée permettait donc de maintenir un contact sans que les échanges ne transitent par une infrastructure propre à l’exploitant du site.
Le second élément notable est la bibliothèque de saisie des numéros internationaux : elle était chargée depuis cdn.tutorialjinni.com (8 requêtes), version 17.0.19, en fichier de script et feuille de style. Ce nom d’hôte tiers n’apparaissait à aucun endroit dans la page visible par l’internaute, de sorte que l’utilisateur renseignant ses coordonnées téléphoniques ignorait qu’une ressource extérieure participait au traitement de cette saisie. Les autres requêtes extérieures provenaient de services courants de typographie et de bibliothèques JavaScript (Google Fonts, Cloudflare CDN, Ajax). En revanche, aucune requête ne signalait la présence d’un prestataire de paiement, ce qui est cohérent avec le fait qu’aucun encaissement ne semblait intervenir directement sur ce domaine.
Un an d’enregistrement chez Hostinger, puis la sortie du registre
Le relevé d’enregistrement consigné lors du constat du 26 juillet 2024 indique que le nom immediatecatalyst.pro avait été déposé le 7 mai 2024 auprès de Hostinger operations, UAB (identifiant IANA 1636), avec une échéance portée au 7 mai 2025. Le titulaire était masqué par le service Privacy Protect, LLC. Les serveurs de noms appartenaient au bureau d’enregistrement lui-même, le transfert était verrouillé et le DNSSEC n’était pas signé. La fiche WHOIS complète sur DomainTools conserve la trace de ces paramètres.
L’adresse de service relevée au constat était 193.58.105.60, localisée en France. L’historique des certificats TLS consigné au dossier recense dix émissions. Deux autorités distinctes ont signé le jour même du dépôt, le 7 mai 2024 ; un cycle a ensuite été confié à une troisième autorité, dont la dernière émission porte la date du 14 mars 2025, avec une validité courant jusqu’au 12 juin 2025. La copie publique la plus récente qui subsiste de cette vitrine porte également la date du 14 mars 2025 : c’est la limite observable de l’exploitation active du domaine.
Un contrôle conduit le 26 septembre 2026 a établi qu’immediatecatalyst.pro ne figure plus dans le fichier du .pro et ne résout plus, que ce soit sous sa forme nue ou sous celle précédée de www. Ce contrôle a été mené en parallèle sur deux autres noms du même registre, qui ont répondu normalement, ce qui donne à la mesure une base solide.
Aucune entrée chez les régulateurs, et ce que cette absence ne prouve pas
Trois contrôles ont été menés le 26 septembre 2026. Le premier a porté sur les mises en garde du régulateur français : sur 3 460 entrées vérifiées, aucune ne reprend ce nom de domaine ni cette enseigne. Un terme de contrôle soumis dans la même session a restitué des résultats, ce qui confirme que la recherche fonctionnait. La deuxième vérification a visé l’autorité chypriote de surveillance des marchés financiers : elle ne restitue rien pour ce nom. La troisième a porté sur le registre britannique des sociétés : aucune société enregistrée ne porte cette dénomination.
Ces trois absences ne constituent pas une attestation de régularité. Elles établissent seulement qu’aucune des autorités consultées n’a jugé utile de publier un avertissement sur ce nom, et qu’aucune entité légalement enregistrée dans ces ressorts ne revendique l’enseigne. L’absence de mise en garde signifie parfois que l’activité s’est arrêtée avant que les plaintes n’atteignent un seuil de visibilité, ou qu’elle opérait sous un nom différent de celui porté par le domaine.
Sur le plan de l’ampleur, l’enquête de BrokerDefense consacrée à la nébuleuse « Immediate » au sens large recense 149 noms de domaine, répartis sur vingt-trois bureaux d’enregistrement différents et derrière une dizaine d’identifiants d’exploitant. Immediatecatalyst.pro s’inscrit dans cet ensemble comme l’une des déclinaisons déposées en 2024, avec les caractéristiques techniques et contractuelles communes à plusieurs membres du réseau.
Les pièces que réclame encore une opération de 2024
Si vous avez versé des fonds via immediatecatalyst.pro ou à la demande d’un interlocuteur se réclamant de cette enseigne, les démarches pénales restent ouvertes. Le pénal / Porter plainte détaille les voies disponibles, les délais et les pièces à réunir pour constituer un dossier recevable. Contactez notre service d’aide aux victimes pour une première analyse de votre situation, notamment si vos relevés bancaires de 2024 montrent des virements vers des comptes dont vous n’avez pas obtenu restitution.
Maître Denitza Gueorguieva, avocate au barreau de Lyon, détaille dans l’entretien ci-dessous les recours bancaires ouverts aux victimes d’une fausse plateforme crypto : responsabilité de l’établissement teneur de compte, conditions dans lesquelles un remboursement peut être obtenu, et documents à produire pour appuyer une demande fondée sur un ordre de virement contesté.
Le domaine immediatecatalyst.pro n’est plus servi et son nom ne figure plus dans le fichier du .pro depuis au moins septembre 2026. Les personnes les plus exposées sont celles qui ont répondu au formulaire en six champs de la page d’accueil, communiqué leurs coordonnées téléphoniques et, à la suite de contacts par messagerie ou par téléphone, effectué un premier versement auprès d’un « courtier partenaire » présenté comme indissociable de la plateforme. Si vous vous reconnaissez dans ce parcours, une évaluation préalable de votre dossier par BrokerDefense permet d’identifier quelles pièces sont encore exploitables et quelle voie de récupération est la plus adaptée à votre situation.
Comment le même domaine pouvait-il afficher une offre gratuite et un abonnement payant non remboursable le même jour ?
Le constat AFNOR Z67-147 du 26 juillet 2024 a figé les deux pages en une seule session de 295 secondes sur immediatecatalyst.pro. La page d’accueil répondait explicitement qu’aucun frais n’était dû, tandis que les conditions d’utilisation prévoyaient des paiements à durée choisie, qualifiés de non remboursables, avec les risques de perte mis à la charge du client. Les deux textes coexistaient sans renvoi l’un à l’autre. Ce type de dédoublement permet de recruter des inscrits sur la promesse de gratuité, puis de les orienter vers des frais présentés comme inévitables une fois le contact établi par le service de messagerie relayé vers Telegram ou Facebook Messenger que le journal réseau a identifié.
Que change concrètement l’exigence de MetaTrader 5 et d’un courtier partenaire pour quelqu’un qui a répondu à l’inscription ?
Les conditions d’immediatecatalyst.pro précisaient que le robot de trading ne fonctionnait qu’avec le logiciel MetaTrader 5 et un courtier fournissant la liquidité, et que le client devait accepter séparément les conditions de ce courtier. Concrètement, cela signifie qu’une personne ayant fourni son nom, sa date de naissance, son adresse de courriel et ses coordonnées téléphoniques via le formulaire de la page d’accueil pouvait être dirigée vers un courtier tiers dont le nom n’apparaissait nulle part à ce stade. Les fonds versés à ce courtier ne transitaient pas par immediatecatalyst.pro et relevaient d’une relation contractuelle distincte, ce qui complique les demandes de remboursement adressées à la banque de l’utilisateur.
Un relevé bancaire de 2024 portant un virement lié à cette enseigne permet-il encore d’ouvrir une procédure ?
Oui. Le fait qu’immediatecatalyst.pro ne figure plus dans le fichier du .pro depuis au moins le 26 septembre 2026 ne retire rien aux preuves de l’opération. Le constat AFNOR du 26 juillet 2024 est daté, signé, horodaté par voie qualifiée eIDAS et par chaîne de blocs, et décrit précisément les pages actives à cette période. Un relevé bancaire de 2024 mentionnant un bénéficiaire ou une référence liée à cette plateforme constitue une pièce recevable dans une plainte pénale ou une demande de remboursement bancaire. Les délais de prescription courent à partir de la date de connaissance du préjudice : agir dès que possible préserve l’ensemble des voies disponibles.
Article réécrit le 26/09/2026


