Xnvest arnaque : un nom blacklisté par l’AMF, désormais sans vitrine

Xnvest, son logo, son arnaque
Le logo de XNVEST

Le nom xnvest.com, présenté en décembre 2023 comme un courtier digne de confiance proposant le change, les actions, les cryptomonnaies et les indices, figurait en réalité sur la liste des sites non autorisés publiée par l’Autorité des marchés financiers depuis le 28 avril 2022, soit près de vingt mois avant la publication de notre première enquête. Ce fait, établi lors de notre vérification menée le 13 septembre 2026, est le point central de cette mise à jour.

De la vitrine qui se vantait d’être « The Best Broker in the World », il ne reste aujourd’hui qu’une page d’hébergement par défaut rédigée en chinois, sans aucun contenu de courtage. Le nom a changé de titulaire, la plateforme a disparu, et les investisseurs qui y avaient ouvert un compte n’ont plus aucune interface pour consulter leurs fonds.

L’AMF avait inscrit ce nom sur son relevé Forex bien avant notre enquête

La liste des sites non autorisés publiée par l’AMF comporte le nom www.xnvest.com sous la qualification « Forex », avec la date du 28 avril 2022. Une page nominative lui est consacrée par le régulateur français. Cette inscription signifie concrètement que l’autorité classait déjà ce site parmi ceux qui ne sont pas autorisés à proposer des placements sur le territoire français, à une date où la vitrine arborait pourtant le slogan « Join a trusted broker with exceptionals trading conditions ».

L’écart entre cette inscription réglementaire et la date de notre article du 22 décembre 2023 est de près de vingt mois. Pendant toute cette période, la vitrine continuait de se présenter comme un acteur légitime du marché, sans jamais mentionner cette mise en garde officielle.

La discordance est d’autant plus frappante que la vitrine revendiquait « With 15+ years of excellence and innovation », soit plus de quinze ans d’expérience. Or le relevé d’enregistrement du nom, consulté lors du constat du 17 octobre 2023, indiquait une création le 8 avril 2021. Au moment du constat, le nom n’avait que deux ans et demi d’existence, contre plus de quinze ans revendiqués. Le nom était enregistré auprès du registrar Registrar.eu, avec une expiration fixée au 8 avril 2024, un statut « clientTransferProhibited » et un titulaire masqué derrière un service de confidentialité néerlandais.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Dernière mise à jour : 13/09/2026

En 2023, un courtier de confiance sans société ni agrément identifiables

Le constat réalisé le 17 octobre 2023 selon la norme AFNOR Z67-147 a figé une vitrine structurée en quatre pages principales : une page d’accueil intitulée « Xnvest.com: The Future of Online Trading », une page de présentation qui accole le nom de l’enseigne au sous-titre « The Best Trading Platform Online », une page de contact intitulée « Contact US » et une page de conditions générales intitulée « TERMS AND CONDITIONS ». Le site existait en version anglaise et en version française, ce qui ciblait explicitement un public francophone.

Les revendications commerciales relevées sur la page d’accueil étaient formulées de façon à inspirer confiance : « Trade With the Best Broker in the World! », « Experience superior execution & trading conditions », « over 200 tradable assets in Forex, Stocks, Crypto, Metals, Indices ». La page de présentation annonçait six familles d’instruments : le change, les métaux, les indices, les contrats à terme, les actions et les énergies. Le pied de page portait la mention « © Xnvest 2022 », suggérant une structure établie depuis au moins cette année-là.

Xnvest promet beaucoup trop pour être honnête
Une des multiples promesses non tenues de Xnvest

Cette mise en scène visait à donner l’apparence d’un établissement financier solide. Pourtant, les conditions générales ne désignaient aucune entité juridique identifiable : elles indiquaient seulement « This Website is owned and run by Xnvest », sans numéro d’enregistrement, sans autorité de tutelle, sans adresse et sans nom de dirigeant. Aucune société n’était donc mise en cause, aucun régulateur n’était cité, et aucune information permettant de vérifier la réalité d’un agrément n’était fournie.

La page de contact annonçait un support du lundi au vendredi de 10h à 21h GMT, puis listait une série de numéros : Royaume-Uni +44 203 370 4003, Belgique +32 460 216 995, Canada +1 226 807 5211, Canada +1 548 900 5350, Royaume-Uni +44 771 789 6227, France +33 745 552 200. Un dernier numéro, présenté comme canadien, portait l’indicatif +12 265 440 208 : l’indicatif « +12 » ne correspond à aucun pays existant. Aucun courriel et aucune adresse postale n’étaient proposés, rendant tout recours écrit formellement impossible depuis la vitrine elle-même.

Le contenu servi depuis un stockage objet, derrière un filtre de protection

L’architecture technique observée lors du constat du 17 octobre 2023 révèle un montage qui tranche avec l’image d’une infrastructure de négociation. Un pare-feu de contenu, assuré par Cloudflare, se trouvait placé devant la vitrine ; le certificat présenté au visiteur était émis par ce même prestataire et couvrait le domaine ainsi que ses sous-domaines.

Nos relevés techniques ont établi que les pages étaient servies depuis un espace de stockage objet : les en-têtes de réponse renvoyés par le serveur portaient l’identité d’Amazon Web Services et mentionnaient un chiffrement de type AES256. En d’autres termes, la « plateforme » consistait en un ensemble de pages statiques posées sur un espace de stockage mutualisé, sans moteur de cotation ni espace client décrit dans la structure du site.

Un courtier qui proposerait réellement le change, les actions et les cryptomonnaies s’appuierait sur une infrastructure de négociation avec des flux de prix en temps réel, un carnet d’ordres et un espace client authentifié. Rien de tel n’était présent ici. Notre analyse de la structure servie ne permettait d’identifier ni tableau de bord de trading, ni connexion à une source de cotation, ni interface d’exécution d’ordres. La vitrine fonctionnait comme une brochure commerciale statique, habillée aux couleurs d’un courtier.

Le nom repris à l’automne 2025, une page d’hébergement en tout et pour tout

Le nom xnvest.com porte aujourd’hui un enregistrement daté du 6 octobre 2025, dont l’expiration est fixée au 6 octobre 2026, auprès du registrar Gname.com Pte. Ltd. Le statut reste « clientTransferProhibited » et les serveurs de noms sont confiés à Cloudflare, comme lors du constat précédent. En revanche, l’adresse principale du domaine ne renvoie plus aucune adresse IP : seul le sous-domaine « www » en renvoie encore une.

Ce que l’on trouve désormais à cette adresse n’a plus aucun rapport avec un courtier : une page d’hébergement par défaut, rédigée en chinois, qui félicite le propriétaire d’avoir créé son site et l’invite à remplacer la page d’index produite par le système. Aucun contenu de courtage, aucune mention de l’enseigne Xnvest, aucune trace de la vitrine qui promettait « over 200 tradable assets ».

Un autre élément retient l’attention : le certificat présenté par le serveur qui dessert cette adresse a été délivré non pas pour xnvest.com, mais pour un tout autre nom, « check-n.tyai88.org ». Un visiteur qui compose l’adresse tombe donc sur une page sans rapport avec le courtier et sur un certificat qui ne correspond pas au domaine visité.

Nos recherches sur les relevés publics de certificats montrent que le nom a encore été équipé en mai 2026 et en juillet 2026. Le nom reste donc techniquement entretenu par son nouveau titulaire, mais la plateforme, elle, a disparu. Les copies conservées confirment cette trajectoire : celle du 15 août 2022 préserve la vitrine de courtage dans son état d’alors, tandis que celle du 12 mai 2025 ne conserve plus qu’une page neutre portant l’identité d’un hébergeur mutualisé, sans aucun contenu de courtage.

Documenter les versements effectués sur la vitrine avant toute démarche

Toute personne qui a ouvert un compte sur xnvest.com et effectué des versements devrait commencer par rassembler les éléments propres à ce dossier : les captures d’écran de la vitrine telle qu’elle se présentait au moment des faits, les relevés bancaires faisant apparaître les virements effectués au titre d’un compte Xnvest, les échanges écrits avec ceux qui se présentaient comme les gestionnaires de ce compte, ainsi que les numéros de téléphone composés parmi ceux figurant sur la page de contact (dont le numéro canadien +12 265 440 208 à l’indicatif inexistant). Les conditions générales telles qu’elles étaient diffusées sur la vitrine constituent également une pièce utile, précisément parce qu’elles ne désignaient aucune société et ne mentionnaient aucune autorité de tutelle. Conserver ces éléments dans leur format d’origine facilite leur utilisation dans le parcours d’une plainte pour escroquerie, où la plainte peut être préparée pièce par pièce.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Dans cet entretien accordé à BrokerDefense, Maître Goce Novakov, avocat qui exerce à Paris, au barreau, détaille un jugement d’escroquerie rendu à Créteil dans lequel un établissement bancaire s’est vu reprocher un manquement à son devoir de vigilance, et l’indemnisation obtenue par les victimes. Ce précédent judiciaire illustre les leviers disponibles lorsque des fonds ont transité par un établissement bancaire pour alimenter une plateforme non autorisée.

Le sort comparable de deux autres noms épinglés par l’AMF

Le dossier xnvest.com illustre un schéma désormais documenté : une vitrine montée rapidement, équipée de revendications commerciales sans fondement vérifiable, inscrite sur la liste noire d’un régulateur, puis abandonnée une fois son utilité épuisée. Le nom change de titulaire, la plateforme disparaît, et les investisseurs ayant ouvert un compte en ligne et effectué des versements se retrouvent sans aucune interface pour les consulter. C’est précisément la situation type des victimes de xnvest.com.

Ce profil n’est pas isolé. Le dossier Advent-CMLTD, publié le même jour que notre première enquête sur xnvest.com, concerne un nom de plateforme qui a lui aussi quitté le registre des .com après notre publication. Le dossier mt4gestion.com suit une trajectoire comparable : un nom blacklisté par l’AMF dont le sort a changé après notre enquête.

Pour toute personne ayant versé des fonds sur xnvest.com, un premier examen du dossier avec BrokerDefense permet d’évaluer les recours disponibles, qu’ils soient pénaux, civils ou fondés sur la responsabilité d’un établissement bancaire intermédiaire.

FAQ : ce que ce dossier Xnvest laisse en suspens

Pourquoi l’AMF avait-elle inscrit xnvest.com sur sa liste noire dès avril 2022, alors que la plateforme était encore active en 2023 ?

L’inscription d’un nom sur la liste des sites non autorisés publiée par l’AMF n’entraîne pas la fermeture technique de la plateforme : elle signale aux épargnants que le site opère sans autorisation, mais elle ne contraint pas l’opérateur à cesser son activité. C’est pourquoi xnvest.com, inscrit sous la qualification « Forex » le 28 avril 2022, continuait d’afficher ses slogans commerciaux et ses numéros de téléphone jusqu’à la fin de l’année 2023, date à laquelle notre constat a figé la vitrine.

Le fait que la page xnvest.com ait disparu signifie-t-il que mes fonds sont définitivement perdus ?

La disparition de la vitrine ne clôt pas à elle seule tous les recours. Des démarches pénales, des procédures civiles et, selon les établissements concernés, des actions fondées sur le manquement au devoir de vigilance d’une banque restent envisageables. L’élément décisif est la qualité des preuves réunies : les relevés qui montrent les versements faits au titre du compte Xnvest, les captures des pages du site, la correspondance écrite avec ceux qui géraient ce compte et la liste des numéros joints.

À quoi correspond le numéro canadien +12 265 440 208 affiché sur la page de contact de xnvest.com ?

L’indicatif téléphonique « +12 » ne correspond à aucun pays dans le plan de numérotation international. Ce numéro était pourtant présenté sur la page « Contact US » de la vitrine comme un numéro canadien, aux côtés d’autres numéros au format Royaume-Uni, Belgique, Canada et France. Une telle incohérence dans un indicatif est un signal d’alerte supplémentaire sur la réalité des coordonnées proposées par la plateforme.

Article réécrit le 13/09/2026

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