Sommaire
- Une mise en garde de 2022 que notre enquête n’avait pas relevée
- Une domiciliation à Saint-Vincent-et-les-Grenadines
- Ce que les deux adresses sont devenues
- La pile technique relevée en 2023
- Ce qui reste possible une fois la vitrine éteinte
- Réunir les pièces avant d’engager une action
- Ce que les utilisateurs de cette enseigne demandent
Une mise en garde de 2022 que notre enquête n’avait pas relevée
Le nom fr.foxane.com est mentionné, depuis le 8 avril 2022, dans les listes d’acteurs non autorisés de l’Autorité des marchés financiers, avec la qualification « Forex ». Notre enquête d’août 2023 n’en faisait aucune mention, alors que la mise en garde officielle était publiée depuis plus de seize mois. L’écart entre cette mise en garde officielle et notre propre article constitue le fait le plus lourd de ce dossier.
L’AMF recense dans ces listes les acteurs qui ne sont pas autorisés à proposer certains services ou placements en France. Une inscription sous l’intitulé « Forex » signifie que le régulateur a identifié l’adresse concernée comme opérant sans habilitation dans ce compartiment. Le fichier que l’AMF a publié le 4 septembre 2026 porte toujours cette ligne, intacte : fr.foxane.com n’en a jamais été retirée. Nos vérifications du 14 septembre 2026 l’ont confirmé sur la fiche que le régulateur consacre à ce nom, qui répond encore et affiche l’intitulé « fr.foxane.com » associé à la mention « Liste noire ».
Notre article d’origine décrivait une vitrine douteuse, dépourvue de mentions légales et domiciliée à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Il ne mentionnait ni ce sous-domaine, ni le régulateur français, ni aucune date d’inscription. La réalité était plus tranchée : un nom déjà signalé par l’AMF continuait d’être exploité, pendant au moins plusieurs mois, sans que cet avertissement officiel ne soit rendu visible aux personnes qui y accédaient.
Cette situation n’est pas isolée. Nos recherches ont documenté récemment un portail de négociation sans vitrine, inscrit le 4 septembre 2026 sur cette même liste Forex, un autre nom signalé par le même régulateur, qui n’a lui non plus jamais fait l’objet d’une autorisation. Le registre de l’AMF constitue donc un point de vérification préalable que tout épargnant devrait consulter avant de confier des fonds à un intermédiaire de ce type.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 14/09/2026
Une domiciliation à Saint-Vincent-et-les-Grenadines
Notre relevé du 25 juillet 2023 avait conservé les pages de la vitrine dans leur état de l’époque. Les pages conservées reproduisent la formule du bas de page : « Foxane.com operates under Foxane LTD. at Beachmont Business Centre, 213, Kingstown, St. Vincent and the Grenadines. » L’adresse déclarée est donc celle d’un centre d’affaires situé dans la capitale de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, une juridiction régulièrement utilisée par des entités qui ne cherchent pas à obtenir d’agrément dans les pays où elles prospectent des clients.

Nulle part sur les pages conservées ne figure la moindre autorisation d’exercice, aucune référence à un régulateur, aucun numéro de licence. Le seul point de contact proposé aux utilisateurs était une boîte de service rattachée au domaine, [email protected]. Aucune adresse physique accessible à un épargnant français, aucun interlocuteur identifiable au-delà de cette messagerie.
Le titre de la page d’accueil relevé en 2023 annonçait une offre portant sur les devises, les actions et les matières premières énergétiques. Le bas de page affichait « © 2023 Foxane. All rights reserved. » Ces éléments, pris ensemble, décrivent une vitrine construite pour inspirer confiance : une identité visuelle soignée, une promesse d’accès aux marchés financiers, et derrière, aucune assise réglementaire revendiquée.

Ce que les deux adresses sont devenues
La fiche du registre pour foxane.com est aujourd’hui toujours vivante. Le nom a été créé le 19 août 2020, son échéance a été repoussée au 19 août 2027, et son statut est actif. La dernière modification enregistrée date du 5 août 2026. Le bureau d’enregistrement affiché est désormais Squarespace Domains II LLC, mais il porte le même identifiant IANA que celui relevé dans notre constat de 2023 : ce changement d’enseigne résulte du transfert du portefeuille de Google Domains, et non d’une décision du titulaire. Le nom est donc toujours payé et l’enveloppe est entretenue.
Le constat est inverse dès que l’on interroge la résolution. Les quatre serveurs de noms délégués au registre sont inchangés depuis 2023 : ils appartiennent à l’infrastructure Amazon. Interrogés le 14 septembre 2026, ces serveurs refusent de répondre pour ce nom, aussi bien sur l’adresse principale que sur le préfixe www, sans renvoyer aucune adresse de serveur. Deux résolveurs publics indépendants l’ont confirmé, l’un d’eux signalant une délégation sans autorité joignable. La résolution ne renvoie plus rien : la délégation est en place, la zone ne répond plus.
La seconde adresse, foxane.live, qui hébergeait la plateforme de négociation, a suivi un chemin différent. Les pages de 2023 renvoyaient vers trader.foxane.live et mobile.trader.foxane.live. Ce nom avait été enregistré le 3 août 2022. Son échéance est tombée le 3 août 2026 sans être honorée : il est aujourd’hui en période de rédemption, c’est-à-dire en cours d’effacement, et ses serveurs de noms sont désormais rattachés à un service de stationnement d’adresses. Nos recherches ont documenté un cas comparable avec un domaine expiré qui a emporté la plateforme qu’il servait, le même enchaînement d’une échéance non honorée suivie d’un basculement en période de rédemption.
Ces deux états opposés décrivent une exploitation terminée mais non soldée : un nom principal dont quelqu’un continue de payer le renouvellement, et une infrastructure de négociation abandonnée au point de ne plus exister.
La pile technique relevée en 2023
Nos relevés techniques de 2023 ont mis en évidence une diffusion assurée par Amazon CloudFront, avec trois distributions distinctes identifiées, depuis des points de présence situés à Hillsboro et à Seattle. L’hébergement reposait sur l’infrastructure Amazon, et les noms de domaine étaient gérés par le service de noms du même opérateur. Le certificat de sécurité était délivré par Amazon, avec HTTPS actif par défaut sur l’ensemble des pages.
Le serveur web utilisé était Microsoft IIS, associé au cadre applicatif ASP.NET 4.0. Point notable : aucune trace d’un système de gestion de contenu grand public n’est apparue dans les pages conservées. La vitrine avait donc été développée de manière spécifique, ce qui suppose une commande technique délibérée et un investissement au-delà d’un simple gabarit.
La mesure d’audience reposait sur deux identifiants Google Analytics distincts, une balise globale et un gestionnaire de balises, accompagnés d’un mécanisme de signal de confidentialité américain. Le nom est référencé dans le jeu de données d’expérience utilisateur de Chrome. L’assistance aux visiteurs était assurée par un service de messagerie tiers fonctionnant sous licence. La messagerie sortante utilisait Mailgun, avec des enregistrements SPF et DMARC en place, complétés par la messagerie professionnelle de Google.
L’interface reposait sur Bootstrap, jQuery et jQuery UI. Les typographies et icônes provenaient respectivement de l’API de polices Google et de Font Awesome. Une partie des images était issue d’une banque d’images. Une relecture de ces six fichiers, menée le 14 septembre 2026 sur le site de l’AMF, confirme que la mention d’avril 2022 y figure toujours. Ces constats décrivent une vitrine construite et entretenue, mobilisant une trentaine de briques techniques : ils attestent d’une infrastructure réelle, mais aucun relevé technique ne permet d’établir qui l’exploitait ni pour le compte de qui.
Ce qui reste possible une fois la vitrine éteinte
L’arrêt d’une vitrine ne clôt pas les voies ouvertes aux personnes trompées. Les relevés bancaires conservés par ces dernières documentent les virements effectués vers la plateforme : leur date, leur montant, le bénéficiaire désigné, et l’établissement qui a exécuté l’ordre. Ces pièces gardent toute leur valeur probante indépendamment de l’état du site.
Identifier l’intermédiaire qui a reçu les fonds reste une démarche centrale. Dans des dossiers de ce type, les sommes transitent rarement vers un compte au nom de la plateforme elle-même : les relevés permettent souvent de localiser un établissement tiers, dont la responsabilité peut être recherchée aux côtés de celle des auteurs.
Sur ce terrain, l’éclairage d’un praticien du contentieux bancaire aide à y voir clair. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate inscrite dans la ville de Paris au titre de son barreau, expose dans cet échange le mécanisme qui permet de rechercher solidairement la banque teneuse du compte, à côté des auteurs des faits, et ce que cette voie ouvre concrètement aux personnes qui ont versé des fonds.
Réunir les pièces avant d’engager une action
Toute personne ayant effectué des virements vers foxane.com ou foxane.live devrait commencer par rassembler les justificatifs de chaque opération : relevés de compte, confirmations de virement, copies des échanges avec le service [email protected], et captures d’écran des pages de la vitrine encore accessibles à l’époque des faits. Les copies publiques conservées attestent d’une activité servie jusqu’en février 2025 au moins : elles peuvent constituer un complément de documentation.
La qualification pénale applicable à ce type de situation concerne des faits d’exercice illicite d’activité financière et d’escroquerie. Le dépôt d’une plainte pénale permet de déclencher une enquête qui peut atteindre des circuits que le plaignant seul ne peut pas explorer, notamment les flux bancaires et l’identité des bénéficiaires réels.
Signaler les faits à l’AMF constitue une démarche complémentaire : cela alimente les listes que le régulateur tient à jour et peut conduire à de nouvelles inscriptions. Dans le cas présent, fr.foxane.com y figure depuis le 8 avril 2022 ; un signalement tardif mais documenté reste utile pour établir l’étendue des victimes potentielles.
Ce que les utilisateurs de cette enseigne demandent
Oui. Cette mention remonte au 8 avril 2022, sous la qualification « Forex », soit plus de seize mois avant notre premier article d’août 2023. Elle n’a jamais été retirée et le document publié le 4 septembre 2026 la reprend telle quelle.
Non. La fiche du registre pour foxane.com est toujours active, avec une échéance repoussée au 19 août 2027. En revanche, la résolution ne renvoie plus rien : les serveurs de noms délégués refusent de répondre et aucune adresse de serveur n’est renvoyée. Le nom est enregistré, mais la vitrine n’est plus servie.
Conservez tous les justificatifs de virement, les échanges avec le service de messagerie de la plateforme et toute capture d’écran réalisée à l’époque. Une plainte pénale reste possible et permet d’enclencher une enquête sur les flux bancaires. Rapprochez-vous d’un avocat pour évaluer si la banque teneuse du compte peut être recherchée elle aussi.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 14/09/2026


