ipgate.trade arnaque : le nom disparu, la marque relancée en .pro

Une marque reprise deux fois dans la liste « Forex » de l’AMF

Le 13 juillet 2023, soit environ six semaines après la publication de notre article du 30 mai 2023, le nom ipgate.trade a été inscrit à la liste noire que publie l’Autorité des marchés financiers, sous le libellé « Forex ». Ce délai mérite d’être relevé : nos vérifications d’alors n’avaient pas mis au jour cette inscription, qui n’existait pas encore au moment où nous documentions la vitrine. Une seconde graphie de la même marque, ipgatetrade.pro, avait quant à elle été inscrite dès le 11 janvier 2023, soit plus de quatre mois avant notre propre publication. Deux écritures d’un même nom commercial, deux dates distinctes, un même régulateur : c’est le fait le plus solide du dossier.

Sur chacune de ces fiches, l’Autorité des marchés financiers précise que cet acteur n’est pas habilité à proposer certains services ou placements financiers à destination du public en France. La fiche publiée par l’Autorité des marchés financiers est consultable et répond à ce jour.

Le décalage entre notre publication et l’inscription du 13 juillet 2023 ne signifie aucunement que notre article aurait déclenché la décision du régulateur : les vérifications de l’Autorité obéissent à leur propre calendrier et à leurs propres sources. Il n’établit aucune causalité, mais il confirme le bien-fondé de l’avertissement que nous avions adressé, et rejoint un constat que le régulateur a formulé de son côté.

Les données d’enregistrement qui subsistent pour ce nom figurent dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Dernière mise à jour : 15/09/2026

Retrait complet du répertoire, au-delà d’une panne de résolution

Au 15 septembre 2026, ipgate.trade ne produit plus aucune réponse : ni adresse, ni serveur de noms, ni enregistrement de messagerie. Ce constat dépasse la simple panne de résolution, car l’interrogation du répertoire du registre pour la terminaison .trade reste désormais muette sur ce nom : il n’y est plus enregistré du tout. Un nom qui cesse de résoudre peut rester porté au registre tout en restant inactif ; ici, il en est sorti entièrement.

En mai 2023, nos relevés indiquaient une création le 6 juin 2022 et une échéance alors portée au 6 juin 2023. Le dépôt était confié à NameSilo, le titulaire masqué par le service PrivacyGuardian.org, dont l’adresse déclarée se trouve à Phoenix, dans l’Arizona. Deux serveurs de noms de Cloudflare, rodney et vita, étaient désignés pour ce nom. Ce que le nom a produit entre cette première échéance et la situation actuelle n’est pas documenté par nos relevés, et nous ne formulons aucune hypothèse sur cette période.

Les journaux publics de certificats de sécurité recensent une vingtaine d’émissions pour ce domaine, toutes limitées à l’apex et à sa variante www, sans aucun autre nom rattaché. Deux relevés de la page d’accueil ont été conservés, datés du 6 février 2023 et du 1er juin 2023, auxquels s’ajoutent quelques pages internes relevées le 6 février 2023. Il n’existe donc aucune copie complète du catalogue tel qu’il était au moment de notre article de mai 2023.

Ce qui manque désormais est considérable : aucun titulaire identifiable, aucun serveur actif, aucune adresse de contact, aucune archive reconstituable du portail client que la vitrine hébergeait. Le dossier technique est clos par la disparition du nom lui-même.

La marque ré-enregistrée en .pro derrière un avis de liquidation fabriqué

Le nom ipgatetrade.pro a été ré-enregistré le 20 novembre 2025, avec une échéance portée au 20 novembre 2026, selon les données du registre consultées le 15 septembre 2026. Il résout de nouveau, derrière l’infrastructure Cloudflare. La page qu’il sert porte le titre « Notice of Liquidation » et affirme que la société de courtage exploitée auparavant sous le nom « IP Gate Trade » a été liquidée à la suite d’activités frauduleuses confirmées, pour un montant de pertes investisseurs présenté comme supérieur à 218 millions de dollars. Ce chiffre ne trouve aucune corroboration dans une source publique vérifiable.

La page invoque la décision d’une « autorité » dont le libellé ne correspond à aucune autorité de régulation connue, ni en France ni ailleurs : ce nom est une invention. Elle invite les personnes ayant perdu des fonds à déposer une réclamation pour un éventuel remboursement sur des actifs présentés comme saisis, au moyen d’un formulaire qui collecte nom complet, adresse de courriel et numéro de téléphone. Ce formulaire est protégé par un dispositif anti-robot et accompagné d’un sélecteur d’indicatif téléphonique international. Aucune mention légale, aucune identification de société et aucun registre de commerce ne figure sur cette page. Le serveur annonce une version ancienne du moteur de publication PHP, la 7.4.33.

Ce type de vitrine qui exploite la notoriété négative d’un dossier clos pour attirer des personnes déjà trompées n’est pas isolé. Nous avons documenté le même ressort dans le dossier RapidRecovery.online, une vitrine qui promettait la récupération de fonds perdus, jouant sur la détresse de victimes déjà lésées. Dans un registre différent, le dossier Aureon / CoreVix illustre la manière dont une même opération peut se décliner sous plusieurs noms visés successivement par le régulateur français.

Nos relevés ne permettent pas de rattacher les opérateurs de ipgatetrade.pro à ceux qui ont exploité ipgate.trade : aucune donnée technique ou administrative commune n’établit ce lien.

Ce que proposait réellement IpgateTrade à ses visiteurs

Nos relevés techniques effectués en 2023 ont établi que la vitrine fonctionnait sous WordPress en version 6.1, avec un langage PHP en version 7, un serveur web LiteSpeed et une diffusion derrière Cloudflare, depuis une adresse située aux États-Unis (104.21.89.203). Le module de gestion multilingue WPML assurait sept versions linguistiques : français, anglais, russe, espagnol, turc, allemand et tchèque. Le formulaire de contact reposait sur Contact Form 7, la police d’icônes par Font Awesome, et les polices de caractères par le service de Google. Des widgets de cotation TradingView étaient intégrés, accompagnés des bibliothèques Slick, Isotope, Magnific Popup, imagesLoaded et Lightbox pour le carrousel, la galerie et la mise en page, ainsi que des flux de syndication.

Sur le plan commercial, la vitrine se présentait ainsi : « IpgateTrade est un courtier qui travaille avec des clients du monde entier. » Elle annonçait quatre types de comptes de trading, un effet de levier jusqu’à 1:100, une exécution des ordres décrite comme instantanée à partir de 0,05 seconde, des écarts présentés comme les plus bas du secteur, une protection contre le solde négatif, plusieurs moyens de versement et un programme de partenariat rémunérant les apporteurs d’utilisateurs par des bonus. Le menu du site comportait une entrée de sortie de session, signature caractéristique d’un portail client intégré. Le pied de page portait la mention « Copyright 2021 IpgateTrade ».

La vitrine a fait l’objet d’une saisie instrumentée selon la norme AFNOR Z67-147, réalisée le 19 mai 2023 sur l’adresse https://ipgate.trade/fr, avec pour titre relevé « IpgateTrade ».

Les recours qui restent ouverts aux personnes trompées

La disparition du nom du répertoire ne referme pas tous les recours. Les relevés bancaires qui retracent chaque versement vers la plateforme constituent la pièce de base de tout dossier : ils permettent d’identifier l’établissement qui a encaissé les fonds, ou l’intermédiaire de paiement utilisé, et d’examiner si cet acteur a laissé transiter des opérations dont le caractère anormal aurait dû être détecté.

Les échanges écrits conservés avec les interlocuteurs de la vitrine, qu’il s’agisse de courriels, de messages sur des applications ou de captures d’écran du portail, forment un second ensemble indispensable. Leur valeur probante dépend de leur intégrité : il importe de les conserver dans leur format d’origine, sans modification, et de ne pas tarder à les sécuriser sur un support distinct.

Défendre les personnes victimes de faux investissements et porter ces dossiers devant les juridictions compétentes est précisément le thème qu’aborde Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate que le barreau parisien compte parmi ses membres, dans l’entretien reproduit ci-dessous. Elle y détaille la manière dont ces situations sont construites juridiquement et les voies qui s’offrent aux personnes lésées pour faire valoir leurs droits.

Produire les pièces utiles et saisir la justice

Dans ce dossier précis, les pièces à réunir en priorité sont les ordres de virement et les relevés bancaires qui font apparaître les sommes transférées vers ipgate.trade, ainsi que tout export des pages du portail client que les victimes auraient pu effectuer avant la disparition du nom. Ces éléments permettent de reconstituer, au moins partiellement, la relation contractuelle avec la plateforme.

Les échanges écrits avec les interlocuteurs de la vitrine, qu’ils aient pris la forme de courriels ou de messages instantanés, ainsi que les relevés de compte transmis par la plateforme elle-même, complètent utilement le dossier. Chaque document daté renforce la cohérence de l’ensemble et facilite le travail d’instruction.

Sur le plan pénal, le dépôt d’une plainte pour escroquerie reste une voie ouverte, y compris lorsque l’opérateur a disparu du répertoire des noms de domaine. La plainte permet d’enclencher une enquête qui peut remonter jusqu’aux flux financiers, indépendamment de la fermeture de la vitrine.

IpgateTrade : les points que les lecteurs soulèvent

IpgateTrade figure-t-il sur une liste noire officielle en France ?

Oui. Le nom figure sur cette liste depuis le 13 juillet 2023, sous le libellé « Forex ». Une seconde graphie de la même marque, ipgatetrade.pro, y avait été portée dès le 11 janvier 2023. Le régulateur précise que cet acteur n’est pas habilité à proposer certains services ou placements financiers au public en France.

La page « Notice of Liquidation » sur ipgatetrade.pro est-elle fiable ?

Non. Cette page affirme une liquidation pour plus de 218 millions de dollars de pertes, un chiffre qu’aucune source publique ne corrobore, et invoque une autorité dont le nom ne correspond à aucun régulateur connu. Le formulaire qu’elle propose pour déposer une réclamation collecte des données personnelles sans aucune mention légale ni identification de société. Nos relevés ne permettent pas de rattacher les opérateurs de ce nom à ceux qui ont exploité ipgate.trade.

Quels réflexes adopter après avoir versé des fonds sur IpgateTrade sans accès au portail ?

Rassemblez tous les relevés bancaires montrant les virements effectués, les échanges écrits avec les interlocuteurs de la plateforme et tout document transmis par la vitrine elle-même. Signalez les faits à l’Autorité des marchés financiers et envisagez le dépôt d’une plainte pénale pour escroquerie, qui permet d’enclencher une enquête sur les flux financiers même après la disparition du nom du répertoire.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 15/09/2026

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