Bitcoincode.store arnaque : quatre adresses sur la liste de l’AMF

Quatre adresses de la même campagne, et une seule sans registre aujourd’hui

Dans notre article du 20 décembre 2020 consacré à Bitcoinrevolution.org, nous avions exprimé la conviction que les personnes à l’origine de Bitcoinrevolution.org, faux site de trading invitant à décliner l’invitation, étaient les mêmes que celles derrière Bitcoinlifestyle.io/fr et Bitcoincode.store/click/geo_bitcoin_code_roi. Cette conviction reposait sur un constat précis : ces trois pages comportaient les mêmes éléments, les mêmes informations et les mêmes pages, au point que les distinguer relevait davantage du détail graphique que de la conception.

Le relevé de la liste noire de l’AMF effectué le 23 septembre 2026 donne aujourd’hui une consistance supplémentaire à cette lecture. Quatre adresses y figurent sous une qualification unique, celle de « produits dérivés sur crypto-actifs », inscrites à trois dates rapprochées sur une période de moins de trois mois. L’ensemble forme un bloc cohérent, traité par le régulateur comme relevant d’une même logique.

Au moment de notre relevé, l’adresse de notre dossier, bitcoincode.store/click/geo_bitcoin_code_roi, a quitté le fichier des enregistrements en .store. Deux des trois autres adresses de cette liste répondent encore à ce jour, tandis qu’extra-gains.com ne résout plus du tout. Ce contraste, entre des noms toujours actifs et un nom dont le registre ne conserve plus aucune trace, mérite d’être posé clairement pour quiconque cherche à comprendre l’état de cette campagne près de six ans après les premières inscriptions.

Le dernier document encore consultable au titre de ce dossier est la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Dernière mise à jour : 23/09/2026

Une page qui promettait 1 300 dollars par jour

Notre article du 24 octobre 2020 avait décrit avec précision ce que proposait l’adresse Bitcoincode.store/click/geo_bitcoin_code_roi. La page promettait de gagner jusqu’à 1 300 dollars par jour grâce à un prétendu « code » bitcoin. Pour y accéder, il suffisait, selon la page, de remplir un formulaire. Aucune explication technique, aucun mécanisme vérifiable n’était fourni pour étayer cette promesse.

La mise en scène reposait notamment sur la photographie d’un prétendu client présenté comme ayant gagné 350 dollars, censée illustrer concrètement l’efficacité du système. Aucune mention légale et aucune condition générale d’utilisation n’étaient publiées sur la page, ce qui rendait impossible toute identification de l’éditeur ou de son cadre contractuel.

La promesse d’un gain quotidien annoncé à l’avance et adossé au bitcoin ne tient pas à l’examen. La valeur de cette monnaie est structurellement instable : elle peut varier de plusieurs points de pourcentage en quelques heures, dans un sens comme dans l’autre. Un rendement quotidien fixe, de surcroît exprimé en dollars, ne peut pas découler d’un actif dont le cours fluctue ainsi. Promettre 1 300 dollars par jour sans mécanisme explicite relève de l’affirmation gratuite, non d’une réalité financière.

Des pages construites sur le même modèle ont été documentées sous d’autres noms. Notre dossier sur Bitcoinlifestyle.io/fr, ses escrocs et ses fausses promesses décrit des ressorts identiques : une promesse de gain rapide, un formulaire, et l’absence totale de tout encadrement légal.

Une qualification unique pour quatre inscriptions étalées sur trois mois

Le relevé effectué le 23 septembre 2026 sur la liste noire de l’AMF fait apparaître quatre adresses inscrites sous la qualification « produits dérivés sur crypto-actifs ». Extra-gains.com/bitcoincode et bitcoincode.store/click/geo_bitcoin_code_roi ont été inscrits le 12 octobre 2020. Bitcoinlifestyle.io/fr l’a été le 13 novembre 2020, et l’adresse www.bitcoinrevolution.org le 14 décembre 2020.

L’étalement de ces inscriptions sur moins de trois mois, sous un libellé identique, confirme que le régulateur a traité ces adresses comme un ensemble relevant d’une même qualification. La cohérence de ce traitement recoupe notre propre analyse publiée en décembre 2020.

Dès le 12 octobre 2020, soit douze jours avant la parution de notre article, l’inscription de bitcoincode.store avait déjà été portée à la connaissance du public par l’autorité compétente. Cette ligne n’a jamais été levée depuis lors. Elle figure toujours dans le relevé du 23 septembre 2026, avec la même qualification et la même date, sans modification ni retrait.

Le fichier des .store rend désormais ce nom disponible à l’enregistrement

L’interrogation du fichier des enregistrements en .store, effectuée le 23 septembre 2026, ne rend plus aucune fiche pour bitcoincode.store. La requête indique que ce nom est disponible à l’enregistrement. Ce résultat va au-delà d’une simple absence de résolution : un nom peut ne pas résoudre tout en restant tenu par un titulaire et un bureau d’enregistrement. Ici, c’est le nom lui-même qui n’est plus rattaché à aucun dossier actif dans le registre.

Le même jour, deux autres noms en .store ont été interrogés dans des conditions identiques et ont rendu leur fiche complète, avec titulaire, bureau d’enregistrement, dates et serveurs de noms. L’hypothèse d’une indisponibilité du service de consultation est donc écartée. Le résultat obtenu pour bitcoincode.store reflète bien l’état réel de ce nom dans le registre.

Cette situation empêche définitivement d’obtenir plusieurs éléments : le titulaire, le bureau d’enregistrement, la date de création du nom, la date d’échéance de l’enregistrement et les serveurs de noms. Nos vérifications du 23 septembre 2026 confirment par ailleurs qu’aucune interrogation du nom, ni de sa variante préfixée en www, ne rend de réponse. Aucune adresse, aucune machine de noms et aucune boîte de messagerie ne sont rattachées à cette adresse.

Trente-trois certificats, dont les derniers émis à l’automne 2025

Le relevé des journaux publics d’émission fait apparaître 33 certificats pour bitcoincode.store, du 22 avril 2020 au 19 novembre 2025. Les premières émissions datent du 22 avril 2020, suivies de renouvellements successifs jusqu’au 19 juin 2021. Après une interruption apparente, des émissions reprennent le 24 avril 2023, puis le 11 juillet 2023, le 18 décembre 2024, les 20 et 28 décembre 2024, le 9 mai 2025, le 25 septembre 2025, puis les 18 et 19 novembre 2025.

L’émission du 18 novembre 2025 couvre le nom et ses sous-domaines. Celle du 19 novembre 2025 couvre un sous-domaine de forme technique dont l’intitulé commence par « ww25 ». Ces relevés établissent que le nom était encore configuré et servi à ces dates. Ils n’établissent ni l’identité de l’exploitant à ces moments, ni le fait que la page de 2020 fonctionnait encore lors de ces renouvellements.

Nos recherches font également apparaître 88 copies publiques conservées pour ce nom, de décembre 2020 à septembre 2025. La copie la plus récente, datée du 9 septembre 2025, ne contient plus qu’un document vide. Entre la première émission de certificat en avril 2020 et cette copie de septembre 2025, le nom a donc connu une longue période d’activité dont la nature exacte, au-delà de la page de 2020, ne peut plus être établie.

Nos recherches documentaires rejoignent parfois des procédures judiciaires qui permettent d’illustrer concrètement ce que peut produire une action engagée après ce type d’escroquerie. Maître Denitza Gueorguieva, avocate exerçant au barreau de Lyon, revient dans l’entretien ci-dessous sur une victoire remportée à Perpignan dans un litige portant sur un placement dans l’or et les métaux précieux, au terme d’une procédure civile d’une dix-huitaine de mois close par un accord amiable.

Documenter ses versements pour ouvrir une voie de recours

Des fonds engagés après avoir rempli un formulaire sur une page promettant un gain quotidien constituent une situation particulière : l’interlocuteur affiché a disparu du registre, mais la trace des versements, elle, demeure. Reconstituer la nature exacte de chaque paiement, qu’il s’agisse d’un virement bancaire, d’un règlement par carte ou d’un transfert international, est la première étape indispensable.

Les relevés bancaires, les confirmations d’ordre de virement et les justificatifs de frais couvrent la totalité des mouvements liés à cette démarche. Ces documents permettent de remonter jusqu’à l’établissement bancaire destinataire des versements, ce qui ouvre une piste distincte de celle du nom de domaine : même si l’exploitant n’est plus identifiable aujourd’hui, la chaîne financière, elle, peut l’être.

Le dépôt de plainte reste ouvert dans ce type de dossier, y compris lorsque le nom a quitté le registre. La disparition du nom ne vaut pas prescription et laisse intactes les voies de recours. Notre guide sur la plainte et la marche à suivre devant le juge pénal détaille les étapes adaptées à ce type de situation.

Les questions que ce dossier de 2020 suscite encore

Que devient bitcoincode.store aujourd’hui ?

Au 23 septembre 2026, le nom ne résout plus, et le fichier des enregistrements en .store ne le tient plus. Le nom y est indiqué comme disponible à l’enregistrement. Ni titulaire, ni bureau d’enregistrement, ni dates de création ou d’échéance ne peuvent plus être obtenus. Le dernier certificat connu a été émis le 19 novembre 2025, et la dernière copie publique conservée, datée du 9 septembre 2025, ne contient plus qu’un document vide. L’adresse reste inscrite sur la liste noire de l’AMF sous la qualification « produits dérivés sur crypto-actifs » depuis le 12 octobre 2020.

Que valait la promesse de gagner jusqu’à 1 300 dollars par jour grâce au code bitcoin ?

Cette promesse ne reposait sur aucun mécanisme vérifiable. La valeur du bitcoin est instable par nature et peut fluctuer fortement en quelques heures. Un rendement quotidien fixe, annoncé à l’avance et exprimé en dollars, ne peut pas découler d’un actif aussi variable. La page ne publiait ni mentions légales ni conditions générales d’utilisation, ce qui rendait impossible l’identification de l’éditeur. L’AMF a inscrit l’adresse sur sa liste noire douze jours avant la publication de notre article d’origine.

Que faire après avoir rempli le formulaire et versé des fonds sur cette page ?

La disparition du nom du registre ne clôt pas les voies de recours. Il convient de rassembler tous les documents relatifs aux versements effectués : relevés de compte, confirmations d’ordre, courriels reçus après inscription. La nature des paiements, virement, carte ou transfert international, détermine quelle piste bancaire peut être explorée. Un dépôt de plainte reste possible même si l’exploitant du nom n’est plus identifiable aujourd’hui.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 23/09/2026

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