Deux dossiers modifiés à dix-sept secondes d’intervalle, un seul bureau d’enregistrement, et deux noms qui ne renvoient plus rien. Le registre situe la dernière modification du dossier de vaste-rendlieu.com au 25 septembre 2026, à 13 h 04 et sept secondes ; celle du dossier de valcreditance.com, le même jour, à 13 h 03 et cinquante secondes. Les deux noms portent depuis lors les mêmes statuts, chez le même prestataire, et aucun des deux ne se résout encore.
Le second est déjà documenté par nos soins. Le premier vient d’entrer, le 28 septembre 2026, au fichier des crypto-actifs que l’Autorité des marchés financiers publie à l’attention des épargnants. Il reste par ailleurs une adresse écrite presque comme celle-ci, sans trait d’union, qui sert aujourd’hui une vitrine de trading de cryptomonnaies. Le dossier se lit donc sur trois plans : une intervention groupée au registre, une inscription réglementaire, et une enseigne qui subsiste ailleurs.
Sommaire
- Deux noms écartés de la zone à dix-sept secondes d’intervalle
- Inscription au fichier des crypto-actifs, le 28 septembre 2026
- Un dépôt daté du 17 mai 2026 et deux chiffrements successifs
- Sans trait d’union, la même enseigne reste servie
- Ce qu’un versement vers cette enseigne laisse comme matière
- Repères pratiques sur un nom inscrit et une zone vidée
- Une adresse qui subsiste sous une autre écriture
Deux noms écartés de la zone à dix-sept secondes d’intervalle
Interrogés séparément, les deux dossiers rendent la même fiche. Chacun porte le statut qui écarte un nom de la zone sur décision de la partie qui l’enregistre, accompagné du verrou qui interdit son transfert vers un autre prestataire. Chacun est rattaché au même bureau d’enregistrement, Netim SAS. Chacun est toujours payé : valcreditance.com court jusqu’en février 2027, vaste-rendlieu.com jusqu’en mai 2027.
Ce dernier point écarte l’explication ordinaire. Un nom qui disparaît faute de paiement retombe dans le circuit des suppressions, avec ses propres délais. Ici, rien de tel : les deux noms ont été retirés du service alors que leurs dossiers étaient réglés et que leurs échéances étaient lointaines. Les relevés publics ne disent pas pourquoi le prestataire est intervenu, et nous ne l’affirmons pas. Ce qu’ils montrent, en revanche, c’est le rythme : deux dossiers distincts, ouverts à trois mois d’écart, modifiés dans la même minute.
Le premier de ces deux noms a fait l’objet de notre enquête séparément. Le lecteur qui veut reconstituer l’ensemble y retrouvera le détail des faits que nous avions déjà versés : valcreditance.com. L’intérêt de les lire côte à côte tient à ce que le second ajoute : une inscription réglementaire publiée trois jours après cette intervention.
Dernière mise à jour : 29/09/2026
Inscription au fichier des crypto-actifs, le 28 septembre 2026
Une page a été ouverte à ce nom par l’Autorité des marchés financiers, datée du 28 septembre 2026. Elle porte un libellé unique, « Crypto-actifs », et une phrase que nous reproduisons telle qu’elle est écrite : cet acteur n’est pas autorisé par l’Autorité des marchés financiers à proposer certains services ou placements financiers en France. Aucun nom de dirigeant, aucune adresse de société n’y figure : l’entrée ne désigne qu’une adresse de site.
Cette page appartient à un ensemble de deux cent quarante-six entrées, dont soixante-huit datées de l’année 2026. La liste n’est pas un acte de poursuite et ne remplace aucune décision de justice : elle indique qu’un nom propose des services financiers sans y être habilité, ce que les lecteurs de nos dossiers connaissent bien. Elle vaut surtout comme date. À partir du 28 septembre 2026, quiconque vérifie ce nom auprès du régulateur tombe sur une mise en garde nominative. Ces avertissements sont rassemblés sur la page des mises en garde du régulateur.
Le même jour, le régulateur visait une autre adresse dont le nom avait déjà été retiré du service : nous en avions fait le récit dans notre dossier sur davyunlimited.com. La configuration est identique à la nôtre sur un point, et différente sur un autre : l’inscription suit ici une intervention du registre, alors que là-bas le nom avait déjà basculé plusieurs mois auparavant.
Un dépôt daté du 17 mai 2026 et deux chiffrements successifs
Le dépôt du nom remonte au 17 mai 2026, en fin de journée, pour une échéance fixée au 17 mai 2027, un an jour pour jour. Le dossier ne nomme personne : la fiche publique s’arrête à l’identité du bureau d’enregistrement, et le titulaire reste masqué. C’est une faculté ouverte aux particuliers comme aux sociétés, mais elle prive la victime de tout interlocuteur identifiable en dehors du signalement d’abus du prestataire.
La délégation technique réserve une autre surprise. Le nom s’appuie sur trois serveurs, qui portent tous les trois le nom d’un même domaine, lmvd2i.com. Ce domaine a été déposé le 14 mai 2026, soit trois jours avant vaste-rendlieu.com, et il ne publie à sa racine aucune adresse de serveur. Le nom qui nous occupe a donc été doté, avant même sa mise en service, d’une infrastructure de résolution à son usage.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Reste la trace la plus parlante, et la plus facile à manquer. Un journal public de certificats conserve deux émissions au nom de vaste-rendlieu.com. La première a été délivrée le 16 juillet 2026, pour une validité courant jusqu’au 14 octobre 2026. La seconde a suivi le 13 septembre 2026, pour une validité courant jusqu’au 12 décembre 2026. Aucune des deux n’a été révoquée. Un certificat n’est pas un document d’identité : il établit qu’un serveur a été monté pour ce nom, chiffré et laissé en service, y compris onze jours avant l’intervention du registre. En revanche, les fonds publics de sauvegarde ne restituent aucune reproduction de cette page, ce qui interdit de dire ce que la vitrine proposait exactement.
Une fiche d’évaluation publique, mise à jour le 28 septembre 2026, retient de son côté un indice de confiance d’un pour cent, avec quatre motifs : l’absence d’identité claire de l’éditeur, la présence d’une activité d’investissement, un nom enregistré depuis moins de six mois et une espérance de vie jugée faible. Elle relève un seul point favorable, la présence d’un chiffrement. Cette fiche est consultable ici : son indice de réputation.
Sans trait d’union, la même enseigne reste servie
Il existe une seconde adresse, écrite avec exactement les mêmes mots et sans trait d’union : vasterendlieu.com. Elle répond, et elle se présente comme la page officielle de l’enseigne pour la France en 2026. Le registre situe son dépôt au 21 mai 2026, quatre jours après celui du nom que nous venons de décrire, chez un bureau d’enregistrement différent, avec deux serveurs de noms d’un grand prestataire de diffusion. Sa page annonce une plateforme d’analyse de données, des outils liés aux cryptomonnaies et un accompagnement de portefeuille.
Le détail de la page est instructif. Les mentions légales, la page de contact, la page de connexion et les conditions générales sont annoncées dans le menu : chacune de ces adresses revient sans contenu. Aucun numéro d’immatriculation, aucune adresse de société, aucun responsable de publication n’apparaît nulle part. En revanche, un formulaire invite le visiteur à laisser ses coordonnées, en précisant que ces données pourront être transmises à des prestataires de services de négociation tiers. C’est le seul mécanisme réellement en état de marche sur cette page.
Deux réserves, que nous maintenons telles quelles. Un partage de nom d’enseigne et une proximité de dates ne constituent pas une preuve d’exploitant commun : rien, dans les relevés publics, ne permet de relier cette page à l’exploitation du nom inscrit par le régulateur, ni l’inverse. Et l’enseigne qui la porte n’est pas visée par la publication du 28 septembre 2026, qui ne désigne que l’adresse écrite avec trait d’union.
Ce qu’un versement vers cette enseigne laisse comme matière
Si des fonds ont été envoyés après un échange portant sur cette plateforme, quatre ensembles de pièces font la différence. La trace du versement, d’abord, avec son libellé exact et son horodatage ; le support de la sollicitation, ensuite, courriel ou conversation, avec les coordonnées qu’il contient ; la capture des pages affichées à ce moment-là, y compris l’écran d’ouverture de compte ; et la chronologie des échanges, du premier contact jusqu’au dernier message reçu après le versement. Une opposition n’a de portée que dans les premières heures qui suivent l’ordre.
Ce qu’il convient de faire dès qu’un préjudice est constitué, et les suites judiciaires qui demeurent ouvertes lorsque l’adresse a cessé de répondre, sont exposées dans notre guide du dépôt de plainte.
Le terrain des recours amiables, c’est celui de Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate exerçant au barreau de Paris. Sa page revient sur les décisions obtenues pour des épargnants abusés par une offre de placement, et sur le rôle que jouent les établissements bancaires dans ces dossiers, y compris lorsque les virements ont été exécutés vers l’étranger.
Repères pratiques sur un nom inscrit et une zone vidée
Elle signifie que le nom a proposé des services financiers sans y être habilité, sur la base des constatations du régulateur. L’entrée du 28 septembre 2026 ne vise que l’adresse vaste-rendlieu.com. Si vous avez échangé avec quelqu’un qui se réclamait de cette enseigne, la fiche publique du régulateur devient une pièce de votre dossier, au même titre que le relevé du versement.
Personne ne peut tenir cette affirmation : une absence d’autorisation relevée par le régulateur n’est pas un certificat d’honnêteté pour autant. Ce que le dossier établit est plus étroit et plus solide : le nom a été écarté de la zone par son bureau d’enregistrement, il ne résout plus, et sa fiche publique porte une mise en garde nominative. Un nom retiré du service n’est pas un nom libéré pour autant : son dossier court encore.
Tout dépend du moment de l’ordre et de ce que la banque a reçu. Le relevé de l’opération est la pièce qui commande tout le reste. Nous ne promettons aucune issue. Un dossier réuni dans les semaines qui suivent n’a pas les mêmes appuis qu’un dossier reconstitué un an après les faits.
Une adresse qui subsiste sous une autre écriture
Les victimes de ce type de dispositif ne se reconnaissent pas d’ordinaire à ce qu’elles ont cherché, mais à ce qu’elles ont reçu : un message, une invitation, un numéro de compte. Le nom inscrit par le régulateur ne répond plus, ce qui ne répare rien, et son dossier reste ouvert jusqu’en mai 2027. Quant à l’enseigne elle-même, elle continue d’apparaître sous une écriture voisine, avec un formulaire prêt à enregistrer les coordonnées de ses visiteurs.
C’est pourquoi la vérification utile ne porte pas sur un nom de domaine pris isolément, mais sur ce qu’une sollicitation met réellement en face : une identité d’éditeur vérifiable, une habilitation consultable, une adresse de société. C’est le travail que mène notre équipe avant tout versement : établir ce que l’adresse est réellement, à qui elle appartient, et sous quelles écritures elle a déjà opéré.


