Le nom directverge.com est porté, depuis le 20 mars 2026, au répertoire des sites non autorisés que publie le régulateur français, sous le libellé « Produits dérivés sur crypto-actifs ». Cette inscription précède de treize jours notre première enquête, parue le 2 avril 2026, qui ne la mentionnait pas : c’est le fait principal que cette mise à jour ajoute au dossier.
DirectVerge se présentait comme un courtier en devises, indices et crypto-actifs, avec un terminal de marché professionnel et une autorisation chypriote revendiquée. Le verdict de ce dossier est inchangé : la plateforme n’était adossée à aucun établissement autorisé. La preuve la plus forte réunit deux sources officielles et une chronologie : une inscription réglementaire du 20 mars 2026 visant le seul nom de domaine, une vitrine encore servie jusqu’à la mi-avril, puis une suspension prononcée par le registrar le 19 mai 2026. Le dossier est arrêté au 24 septembre 2026.
Sommaire
- Une fiche nominative qui ne renvoie à aucune société
- Gelé par le registrar, un nom conservé jusqu’en janvier 2027
- En avril, la vitrine alignait MetaTrader 5, un levier de 1:500 et une régulation chypriote
- Un gabarit recopié, un formulaire d’inscription signé btc_register
- Les archives publiques du web fixent la dernière trace à la mi-avril
- Les questions que cette disparition suscite
Une fiche nominative qui ne renvoie à aucune société
Le régulateur n’a pas visé une société, mais un nom de domaine. La fiche publiée porte comme intitulé le seul nom directverge.com, sans renvoi vers une entité immatriculée, sans numéro d’agrément et sans titulaire identifiable. Notre relevé du 24 septembre 2026 retrouve cette entrée intacte, à la même date et sous la même qualification, sur la fiche nominative tenue par l’AMF.
Le rapprochement avec un autre dossier de la même période est instructif : pour Elan-monrevo.com, le nom avait été gelé avant même que le régulateur ne publie sa fiche. Ici, l’ordre est inverse : la mise en garde précède la suspension. Deux histoires différentes, un même point de départ, un nom de domaine qui ne renvoie à rien de vérifiable.
Dernière mise à jour : 24/09/2026
Gelé par le registrar, un nom conservé jusqu’en janvier 2027
L’enregistrement du domaine a été ouvert le 14 janvier 2026 chez Namecheap, avec un service de confidentialité qui masque le titulaire derrière la mention « Redacted for Privacy Purposes ». La date d’expiration est fixée au 14 janvier 2027. Entre ces deux bornes, un détail change tout : la dernière modification du dossier d’enregistrement est datée du 19 mai 2026, et le nom porte depuis lors deux statuts, « client hold » et « client transfer prohibited ».
Le premier de ces statuts suspend la délégation du domaine : le nom cesse d’être servi sur le réseau, sans que son propriétaire y renonce. Le second interdit son transfert vers un autre bureau d’enregistrement. Un relevé effectué le 24 septembre 2026 le confirme : aucune adresse IP, aucun serveur de messagerie, aucun serveur de noms, aucune donnée de certification ne répond plus au nom directverge.com. Nous avions laissé, en avril, un domaine qui servait encore des pages ; nous avons aujourd’hui un nom enregistré, payé jusqu’en 2027, et totalement muet.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
En avril, la vitrine alignait MetaTrader 5, un levier de 1:500 et une régulation chypriote
Les relevés conservés de la plateforme décrivent une offre de courtage complète : paires de devises, indices, métaux précieux, obligations et crypto-actifs, avec MetaTrader 5 comme terminal principal, un outil présenté comme propriétaire et une brique d’analyse de marché. Trois formules étaient affichées, à partir d’un dépôt minimum de 500 dollars, puis 900 dollars et 10 000 dollars. Le levier annoncé montait jusqu’à 1 pour 500, très au-delà du plafond de 1 pour 30 que les régulateurs européens imposent aux particuliers.
La page d’accueil revendiquait une autorisation de l’autorité chypriote, sans jamais fournir le numéro qui permettrait de la vérifier, et présentait l’opérateur comme une société de droit américain. Les deux affirmations ne peuvent pas coexister : l’autorité chypriote ne délivre pas d’agrément à une entité américaine. Aucune adresse physique, aucun numéro de téléphone, aucun courriel de contact n’apparaissait dans les pages consultées ; la prise de contact passait par une fenêtre de discussion intégrée. S’y ajoutaient des statistiques de volume et une série de récompenses datées de 2021, invérifiables faute de source.
La même mécanique de vitrine soignée et de vérifications impossibles se retrouve dans notre dossier optimalduck.autos, dont la page s’est tue après la publication de la fiche du régulateur.
Un gabarit recopié, un formulaire d’inscription signé btc_register
L’analyse technique de la période active laissait apparaître un faisceau cohérent. Le domaine répondait depuis l’adresse 162.0.215.140, sur une offre mutualisée chez son registrar, une adresse partagée avec une vingtaine d’autres sites sans aucun rapport avec la finance : résidences aux Émirats arabes unis, applications mobiles, écoles, boutiques de commerce électronique, jeux. Un courtier qui prétend traiter des milliards de volume mensuel ne s’installe pas sur ce type d’hébergement. Le certificat, émis par l’autorité Sectigo sur la seule validation du domaine, couvrait le domaine et son préfixe www du 14 janvier 2026 au 14 janvier 2027 : ce type de certificat atteste la maîtrise technique du nom, jamais l’identité de l’exploitant.
Le code de la vitrine portait par ailleurs la signature d’un outil de copie intégrale de sites, ce qui explique la ressemblance du gabarit avec d’autres plateformes du même genre. Les pages d’inscription et de connexion, accessibles sous des adresses séparées, collectaient le nom, le courriel, le téléphone et le mot de passe. Le champ de soumission du formulaire portait l’intitulé btc_register, préfixe que l’on retrouve dans des kits de pages de trading largement diffusés. Une protection anti-robot et un traceur publicitaire complétaient l’ensemble, de même qu’une régie d’analyse d’audience dont seul le marqueur restait présent, sans que le domaine soit pour autant placé derrière un filtre de protection.
Les archives publiques du web fixent la dernière trace à la mi-avril
Les copies conservées par les archives publiques du web encadrent la fenêtre d’activité : les premières prises datent du 28 mars 2026, les dernières du 10 avril 2026. La page d’accueil y apparaît complète, avec ses sections de produits, sa fenêtre de discussion et ses formulaires. Rien, dans ces copies, ne signale une interruption volontaire : la vitrine s’arrête faute de serveur, pas parce que son exploitant aurait annoncé une fermeture.
Pour une victime, cette chronologie compte. L’inscription du nom auprès du régulateur, la suspension décidée par le registrar et l’arrêt des réponses du serveur délimitent trois périodes distinctes, et chacune peut être documentée : la fiche du 20 mars 2026 pour ce que l’autorité a constaté, le dossier d’enregistrement pour la suspension du 19 mai 2026, les copies d’avril pour ce que la plateforme promettait encore. Constituez ce dossier à froid, pendant que les pièces sont encore accessibles : relevés bancaires des virements effectués au profit de la plateforme, échanges avec le conseiller, captures des écrans du terminal et des relevés de compte interne, confirmations de dépôt en crypto-actifs le cas échéant.
La suite dépend de la nature des sommes versées. Une plainte peut être déposée pour escroquerie, et la responsabilité de l’établissement qui a laissé partir ces fonds peut être recherchée si les signaux d’alerte étaient réunis. Le cheminement d’une plainte devant le juge pénal est détaillé sur notre page dédiée, qui recense les pièces attendues et les étapes successives. Il est également possible de consulter les mises en garde recensées par l’autorité française, notamment pour vérifier qu’aucune autre adresse du même exploitant n’est déjà visée.
Le cabinet d’avocats qui accompagne nos dossiers documente publiquement son travail. Dans l’entretien ci-dessous, Maître Goce Novakov expose comment se dénouent les affaires de faux investissement : recours précontentieux engagé contre les banques, protocoles transactionnels, victoires confidentielles obtenues pour des victimes indemnisées. L’avocat exerce au barreau de Paris.
Les questions que cette disparition suscite
Une victime de directverge.com se pose rarement une seule question. Voici les plus fréquentes, avec des réponses limitées à ce que le dossier permet d’établir.
Oui. Ce nom figure depuis le 20 mars 2026 au répertoire des sites non autorisés publié par le régulateur français, sous le libellé « Produits dérivés sur crypto-actifs ». La fiche ne porte que l’intitulé du domaine, sans société ni numéro d’agrément associés.
Le nom reste enregistré jusqu’au 14 janvier 2027, mais il est suspendu chez son registrar depuis le 19 mai 2026 et ne résout plus. Une réactivation supposerait un changement de statut, que le registrar n’a pas opéré à ce jour. Rien n’empêche en revanche le même exploitant de servir d’autres adresses.
Les relevés bancaires des virements effectués au profit du nom du bénéficiaire, les confirmations de dépôt en crypto-actifs, les courriels et les échanges de discussion constituent la base du dossier. Les copies d’écran que vous aviez conservées des soldes et des opérations complètent l’ensemble, même si le site ne répond plus.
Une plainte pour escroquerie peut être déposée auprès des services d’enquête, et l’établissement qui détenait le compte destinataire peut être recherché lorsque les alertes n’ont pas été exploitées. Méfiance, en revanche, envers toute offre de récupération garantie : ce marché parallèle prospère sur les mêmes victimes.
Aucun des éléments réunis depuis avril 2026 ne rattache directverge.com à un établissement autorisé, et la chronologie ne laisse de place à aucune lecture rassurante : une liste noire publiée treize jours avant notre première enquête, une vitrine encore servie en avril, puis un nom suspendu en mai sans disparaître du registre. Les personnes qui ont viré des fonds vers cette plateforme, échangé avec son conseiller ou alimenté un compte en crypto-actifs à partir de ses instructions partagent la même situation : la contrepartie n’existe plus côté serveur, alors que la trace des versements, elle, subsiste. C’est sur cette trace que repose l’évaluation préalable de votre dossier par nos équipes, avant toute décision de procédure.
Article réécrit le 24/09/2026


