Sommaire
- Une promesse de 42 % de croissance hebdomadaire, toujours servie un an plus tard
- Des chiffres, des témoignages et des logos, sans aucune source
- Un espace de cotation vide derrière un certificat non reconnu
- Le numéro d’une société anglaise, présenté comme un gage
- Un nom enregistré chez OVH, sans titulaire nommé
- Saisir sa banque et le procureur, dans cet ordre
- Ce qu’il faut retenir du dossier assetarion.com
Une promesse de 42 % de croissance hebdomadaire, toujours servie un an plus tard
La promesse de 42 % de croissance hebdomadaire est toujours servie par assetarion.com, onze mois après notre premier dossier publié le 8 décembre 2025. Ce constat dépasse le simple suivi : il signale une persistance délibérée. Notre enquête initiale décrivait une plateforme de trading fantôme, comme nous l’avions relevé pour infinitemarkets.trade, une autre vitrine qui se présentait comme « sûre et légale » sans aucune licence. Assetarion.com, lui, n’a pas disparu. Il a tenu.
Notre relevé du 4 octobre 2026 confirme que la page répond, pèse 32 653 octets et affiche toujours son bandeau « Empower Your Trading Journey with Assetarion ». Deux taux coexistent : « 42 % de croissance hebdomadaire » et « 27 % de croissance mensuelle ». Une progression de 42 % par semaine, composée sur cinquante-deux semaines, produit un rendement annuel supérieur à 4 000 %. Aucun fonds d’investissement réglementé, aucune banque, aucun gestionnaire d’actifs au monde ne génère cela. Ces chiffres ne décrivent pas un placement : ils décrivent un appât.
L’ouverture de compte est annoncée à partir de 100 EUR, seuil volontairement bas pour abaisser la résistance psychologique du visiteur. La vitrine est intacte. Ce présent article documente ce que décembre 2025 ne pouvait pas encore établir : la durée.
Dernière mise à jour : 04/10/2026
📄 Document
BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par assetarion.com. On y voit l’en-tête du site, les taux annoncés et le bouton d’inscription : un repère pour identifier la page, étayer un signalement ou prévenir un proche.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.
Des chiffres, des témoignages et des logos, sans aucune source
La vitrine déploie quatre compteurs destinés à inspirer confiance. Elle affiche « 183 092 » transactions quotidiennes, « 364 887 » clients, « 96 milliards » d’actifs sous gestion et « 23 milliards » de volume quotidien. Aucun auditeur externe ne certifie ces données. Aucun rapport annuel ne les étaye. Ces chiffres sont présentés comme des faits ; ils ne sont vérifiables par personne.
Trois témoignages signés de prénoms ornent la page. « Emma Williams », présentée comme « Professional Trader », affirme utiliser la plateforme « depuis 5 ans ». Or le nom de domaine assetarion.com a été enregistré le 21 janvier 2025 : il n’a qu’un an et neuf mois au moment de notre vérification. Ce témoignage est donc mathématiquement impossible. « James Robinson » et « Sophia Brown » complètent le tableau, avec des avatars minimalistes. Ces prénoms sont des éléments affichés par la vitrine, non des identités vérifiées.
Une bande de logos de médias prétendument partenaires défile en page d’accueil. Aucun de ces logos ne renvoie vers un article réel. Par ailleurs, le blog du site héberge trois textes d’auto-promotion : « Faut-il essayer Assetarion en 2025 ? Notre avis sans filtre », « Assetarion arnaque ? » et « Comment éviter les arnaques dans le trading et faire confiance à Assetarion ». Ces titres imitent le registre journalistique pour apparaître dans les résultats de recherche. Ils sont rédigés par la plateforme elle-même, pour elle-même.
Un espace de cotation vide derrière un certificat non reconnu
La vitrine renvoie vers un espace de cotation à l’adresse webtrader.assetarion.com. Notre relevé du 4 octobre 2026 révèle ce que cet espace dissimule. Le nom résout vers une adresse OVHcloud (176.31.29.79) et répond sur le port 80 via Apache. Cependant, le corps de la page est vide : zéro octet. Rien n’est servi.
En HTTPS, la situation est plus préoccupante encore. Le certificat présenté est auto-signé, non reconnu par les navigateurs courants. La vitrine principale, elle, s’appuie sur un certificat Let’s Encrypt valable du 3 août au 1er novembre 2026. Cette asymétrie est révélatrice : l’interface marchande est soignée, l’espace de trading réel est vide et non sécurisé. Ainsi, un investisseur qui déposerait des fonds ne disposerait d’aucun environnement fonctionnel pour les gérer.
Deux boutons proposent un téléchargement pour Microsoft Windows 11 et pour macOS Sonoma. Aucun ne renvoie vers une boutique officielle, ni vers l’App Store, ni vers le Microsoft Store. De plus, le rapport public de réputation du domaine récapitule les mesures techniques relevées sur ce nom et les signalements recueillis depuis son enregistrement. Ce rapport mesure le comportement d’un nom de domaine ; il ne renseigne pas sur l’existence d’une autorisation d’exercer une activité financière.
Le numéro d’une société anglaise, présenté comme un gage
La page « Documents juridiques » de la vitrine contient une déclaration précise : « Assetarion is a trading name of Manor Life Investments Limited ». Elle cite le numéro 08039882, l’adresse « Harbour House 1 Town Quay Southampton England SO14 2AQ » et la date de constitution du 20 avril 2012. Notre vérification au registre britannique des sociétés confirme que MANOR LIFE INVESTMENTS LIMITED porte bien ce numéro, qu’elle est active et que sa date de constitution est exactement celle annoncée.
Toutefois, un écart significatif apparaît. Le siège de cette société a changé le 18 septembre 2026 : elle est désormais domiciliée à Bournemouth. L’adresse de Southampton publiée par la vitrine est celle qu’elle occupait jusqu’à cette date. La vitrine n’a pas mis à jour cette information. En revanche, une recherche sur le nom « Assetarion » dans ce même registre ne restitue aucune société : le nom affiché en pied de page, « Assetarion Ltd », ne correspond à aucune immatriculation britannique.
Le point capital est celui-ci : une immatriculation au registre des sociétés n’est pas une autorisation financière. Elle ne vaut ni agrément, ni licence, ni contrôle d’un régulateur de marchés. Le site lui-même n’affiche aucun agrément, aucun numéro de régulateur. Or, nos recherches n’ont trouvé ce nom sur le site du gendarme boursier français. Précisons que l’absence d’un nom dans ces documents ne vaut pas autorisation et ne garantit rien.
MANOR LIFE INVESTMENTS LIMITED est une entité réellement immatriculée et active au Royaume-Uni. Notre enquête ne la met pas en cause et ne l’associe à aucune activité frauduleuse. Nous rapportons uniquement la déclaration figurant sur la page légale du site, et nous la confrontons aux données publiques du registre.
Un nom enregistré chez OVH, sans titulaire nommé
Le nom assetarion.com a été enregistré le 21 janvier 2025 auprès d’OVH sas. Son échéance est fixée au 21 janvier 2027. Les serveurs de noms sont dns101.ovh.net et ns101.ovh.net. Les statuts portés au dossier interdisent la suppression et le transfert sans autorisation préalable. Aucun titulaire n’est nommé : ni société, ni personne physique, ni adresse.
La vitrine repose sur l’adresse IP 188.165.53.185, hébergée chez OVHcloud en France, avec un serveur web Apache et sans réseau de diffusion intermédiaire. Les bibliothèques embarquées sont courantes mais partiellement anciennes : jQuery 1.11.1 date de 2014. Un script de traduction est intégré ; l’interface est en anglais par défaut, avec des traductions françaises greffées. Cela indique un ciblage délibéré du public francophone.
Aucun fichier robots.txt, aucun plan de site : les deux répondent « introuvable ». Aucune donnée structurée n’est présente. Ces absences ne relèvent pas de l’oubli ; elles trahissent une mise en place hâtive, sans projet éditorial durable. L’ensemble des données d’enregistrement est consultable dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools, qui documente l’historique du nom depuis sa création.
Saisir sa banque et le procureur, dans cet ordre
Les victimes de ce type de plateforme suivent généralement un schéma identique. Elles ont ouvert un compte après avoir cliqué sur le bouton « Get started », effectué un ou plusieurs virements depuis leur banque habituelle, puis dialogué avec une personne qui se disait conseillère. Certaines ont ensuite reçu des sollicitations de « récupération de fonds », émanant de tiers qui prétendent pouvoir rapatrier les sommes perdues. Ces démarches de récupération sont elles-mêmes frauduleuses et doivent être écartées sans exception.
La première démarche utile est de contacter la banque qui a exécuté les virements. Un signalement rapide peut permettre, dans certains cas, de bloquer une transaction encore en cours ou d’initier une procédure de rappel de fonds. Ensuite, il faut porter les faits devant le procureur de la République. Ce signalement judiciaire constitue la base légale de toute action ultérieure. Un guide du recours pénal décrit chaque étape de la démarche.
Nous avons également documenté un cas similaire dans notre dossier sur imperial-finance.ltd, qui affichait six régulateurs pour rien : le mécanisme de légitimation par des références officielles non vérifiables est le même.
L’entretien ci-dessous éclaire concrètement ce que peut produire une procédure pénale bien conduite. Maître Goce Novakov, avocat dont Paris est le siège du barreau, revient sur un jugement pour escroquerie portant sur un faux investissement : il détaille la victoire obtenue, l’indemnisation des victimes, la condamnation d’une banque pour n’avoir pas surveillé les virements en cause, et les enseignements à tirer pour des dossiers comparables.
Toute personne ayant effectué des versements vers assetarion.com après y avoir ouvert un compte a intérêt à agir sans délai. BrokerDefense peut établir un rapport d’enquête détaillé, conçu pour étayer une procédure pénale et réunir les éléments techniques et juridiques du dossier. Une évaluation préalable permet de mesurer les options disponibles avant d’engager toute démarche.
Ce qu’il faut retenir du dossier assetarion.com
Non. La vitrine n’affiche aucun agrément, aucune licence et aucun numéro de régulateur. Nous n’avons relevé aucune fiche à ce nom dans les avertissements publics du régulateur français des marchés. L’immatriculation britannique citée en page légale est une inscription au registre des sociétés : elle ne vaut ni agrément ni licence, et ne place la plateforme sous le contrôle d’aucune autorité de marché.
Non. Une progression de 42 % par semaine, reconduite sur cinquante-deux semaines, représente plus de 4 000 % sur une année. Aucun fonds réglementé, aucune banque et aucun gestionnaire d’actifs ne produit un tel rendement. Ce taux ne décrit pas une performance possible : il sert d’appât pour capter des dépôts. La vitrine affiche en outre des compteurs de clients et d’actifs qu’aucun auditeur ne certifie.
Rassemblez d’abord les pièces : ordres de virement, relevés de votre banque, échanges avec l’interlocuteur qui se présentait comme conseiller, captures des pages du site. Contactez ensuite la banque qui a exécuté les paiements, puis adressez une plainte au procureur de la République. Écartez sans exception les tiers qui promettent la restitution des sommes perdues en échange d’un versement préalable.
Article réécrit le 04/10/2026


