Profititerra arnaque : la plateforme blacklistée par l’AMF

Profititerra.co, la fausse plateforme de trading dénoncée par BrokerDefense en mai 2025, figure depuis le 20 juin 2025 sur la liste noire de l’AMF dans la catégorie Forex, et ses deux noms de domaine ne répondent plus aujourd’hui. Cette inscription officielle, couplée à la disparition des vitrines profititerra.co et profititerra.com, clôt une enquête qui avait déjà mis en évidence une plateforme sans société identifiable, sans agrément et sans contact vérifiable.

Dernière mise à jour : 29/08/2026

Profititerra.co : une plateforme sur la liste noire de l’AMF

Le 20 juin 2025, l’Autorité des marchés financiers a officiellement inscrit profititerra.co sur la liste noire de l’AMF dans la catégorie Forex. Cette inscription constitue le fait le plus fort de notre enquête : un régulateur public français a formellement identifié la plateforme comme un acteur non autorisé, susceptible de présenter un danger pour les épargnants. L’AMF ne prononce pas cette mesure à la légère ; elle intervient lorsque les indices recueillis par ses services établissent qu’une entité exerce une activité de fourniture de services d’investissement sans disposer de l’agrément requis par le droit français.

Nos investigations menées le 29 août 2026 confirment que les deux noms de domaine liés à cette opération, à savoir profititerra.co et profititerra.com, y compris leurs sous-domaines www respectifs, sont inaccessibles. La connexion est impossible depuis plusieurs points de contrôle distincts. Les vitrines ont disparu, mais les victimes dont les fonds ont déjà été transférés ne recouvrent pas pour autant leurs avoirs du jour au lendemain. La blacklist de l’AMF reste en ligne et constitue désormais un document officiel opposable dans toute procédure.

L’article L. 573-1 du Code monétaire et financier prévoit des sanctions pénales pour toute personne fournissant des services d’investissement en France sans l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ou sans la reconnaissance de l’AMF. Profititerra opérait précisément dans ce cadre illégal, sans jamais solliciter ni obtenir la moindre autorisation.

Une vitrine de trading sans société derrière la façade

Profititerra avait soigné son apparence. La page d’accueil affichait un univers graphique spatial, avec des visuels évoquant les étoiles et l’exploration cosmique, accompagnés du slogan « Une Plate-Forme De Négociation Qui Montre Que Le Ciel Est La Limite ». Les visiteurs étaient accueillis par des formules rassurantes : « vous êtes en sécurité », promesses de cryptage avancé et d’une authentification à deux facteurs présentée comme une garantie technique sérieuse. Aucune démonstration de ces dispositifs n’était proposée, aucun audit de sécurité cité, aucun tiers de certification mentionné.

Derrière cette façade, le vide était total. Le site ne comportait aucune mention légale : pas de dénomination sociale, pas d’adresse physique, pas de numéro d’immatriculation dans un registre du commerce, pas de pays d’incorporation. La seule information disponible en bas de page se limitait à la mention « Profititerra : Tous droits réservés © 2024 », ce qui ne permet d’identifier aucune entité juridique réelle. Aucun compte démo n’était proposé aux nouveaux utilisateurs, aucun témoignage vérifiable n’était accessible, et aucune explication sur les marchés sous-jacents supposément négociés n’était fournie.

Cette construction volontairement opaque est caractéristique des plateformes frauduleuses qui cherchent à capter des fonds rapidement avant de disparaître, sans laisser de prise à une éventuelle action en responsabilité. L’entité « Profititerra » n’existe dans aucun registre public connu.

Le dépôt initial de 250 euros, porte d’entrée du piège

Le mécanisme d’entrée dans la fraude était conçu pour paraître simple et accessible. Après une inscription en trois étapes présentées comme intuitives (choisir un type de compte, effectuer un dépôt d’au moins 250 euros, puis prétendument commencer à trader), la victime était invitée à effectuer un premier versement par carte bancaire ou par virement. Ce seuil de 250 euros n’est pas anodin : il correspond au montant minimal couramment utilisé dans ce type d’escroquerie pour paraître abordable tout en garantissant un volume de collecte suffisant dès les premières heures d’activité.

Aucune transaction réelle n’existait sur les marchés financiers. L’interface de trading affichait des courbes et des chiffres, mais ces données ne correspondaient à aucune exécution d’ordre vérifiable sur un marché régulé. Les « conseillers » assignés à chaque compte nouvellement ouvert entretenaient un contact régulier avec les investisseurs, leur présentant des résultats soi-disant prometteurs pour les inciter à verser des montants supplémentaires, souvent plusieurs milliers d’euros dans un second temps.

Un signalement publié sur Signal-Arnaques décrit précisément ce scénario : l’annonce d’une plateforme de trading française permettant de gagner de l’argent en versant 250 euros, un rappel téléphonique très rapide après la complétion du questionnaire d’inscription, une demande de versement par carte ou virement, et la remise d’une facture de paiement manifestement fausse. La plateforme comptait au total six signalements et 45 commentaires pour le domaine .co, et quatre signalements et 15 commentaires supplémentaires pour le domaine .com.

Un nom de domaine né en novembre 2024, une identité masquée

Les données d’enregistrement publiques révèlent que le nom de domaine profititerra.co a été créé le 12 novembre 2024. Cette date récente est cohérente avec le cycle de vie habituel des plateformes frauduleuses de ce type : création rapide, déploiement immédiat d’une vitrine soignée, collecte intensive de fonds pendant quelques mois, puis disparition avant que les autorités de régulation ne puissent agir davantage.

L’identité du titulaire du domaine est masquée grâce à un service de confidentialité, ce qui rend impossible toute démarche d’identification directe sans procédure judiciaire formelle. Nos recherches n’ont permis de retrouver aucune société correspondant au nom Profititerra dans les registres commerciaux français, britanniques ou européens accessibles. Le site lui-même ne contenait aucun numéro d’immatriculation, aucune référence à un agrément, aucun identifiant fiscal, aucune adresse postale vérifiable.

Cette configuration n’est pas accidentelle. Elle est le résultat d’une conception délibérée visant à rendre l’opération intraçable pour les investisseurs lésés et difficile à démanteler pour les autorités. La brièveté de l’existence du domaine (moins d’un an entre sa création et son inscription sur la liste noire de l’AMF) témoigne de l’efficacité avec laquelle le régulateur français a agi, mais aussi de la rapidité avec laquelle ce type d’opération peut causer des préjudices significatifs.

Des conseillers aux pseudonymes multiples pour soutirer des fonds

Le démarchage était organisé et structuré. Des individus se présentant sous les pseudonymes d’Éric Delafort, de Samuel Millot ou derrière l’alias « QuantumIA » contactaient les investisseurs potentiels via WhatsApp ou sur les réseaux sociaux, se présentant tantôt comme des conseillers financiers expérimentés, tantôt comme des formateurs spécialisés en trading. Ce premier contact informel visait à instaurer une relation de confiance avant toute sollicitation financière.

Les échanges se poursuivaient ensuite par courrier électronique, depuis des adresses construites sur le domaine @profititerra-mail.com : [email protected], [email protected], [email protected] et [email protected]. Un numéro de téléphone britannique, le +44 20 3668 3373, était également utilisé pour des appels de relance. Le recours à un numéro localisé au Royaume-Uni permettait de donner une apparence de sérieux et d’internationalité à l’opération.

Le cabinet COLMAN Avocats a publié le 28 mai 2025 une alerte intitulée « Profititerra.co : Alerte plateforme d’investissement frauduleuse », soulignant l’absence totale d’agrément, l’identité dissimulée des opérateurs, les promesses irréalistes et le démarchage abusif par pseudonymes. Le cabinet précisait que cette activité constitue une infraction pénale en France au regard de l’article L. 573-1 du Code monétaire et financier.

Pour les personnes qui ont été démarchées via WhatsApp ou les réseaux sociaux et qui ont effectué un dépôt initial de 250 euros ou davantage, plusieurs démarches s’imposent. Il convient d’abord de conserver l’intégralité des preuves disponibles : captures d’écran des conversations avec les pseudonymes utilisés, relevés de virements ou de paiements par carte, courriels reçus depuis les adresses @profititerra-mail.com, historiques d’appels depuis le numéro +44 20 3668 3373. Il ne faut pas répondre aux nouvelles sollicitations des mêmes interlocuteurs, qui peuvent tenter de proposer des « frais de déblocage » ou des procédures de récupération factices. Un signalement auprès des autorités compétentes peut ensuite être envisagé. Notre guide sur les démarches pénales et le dépôt de plainte détaille les étapes à suivre pour formaliser une procédure.

D’autres plateformes ayant suivi un mode opératoire comparable ont fait l’objet de nos investigations récentes. BitKeltTrade, plateforme de trading blacklistée par l’AMF, avait elle aussi misé sur un démarchage ciblé et un premier dépôt faible pour capter des victimes. De même, Extranet-mgi.com, plateforme sans agrément également blacklistée par l’AMF, illustre la récurrence de ces schémas dans le paysage francophone des arnaques au faux investissement.

Pour comprendre les recours possibles après une escroquerie au faux investissement, Me Goce Novakov, avocate au barreau de Paris, revient sur les victoires obtenues pour des victimes : jugement d’escroquerie, indemnisation des victimes et condamnation de la banque pour manquement au devoir de vigilance lors du virement des fonds.

FAQ : les fonds versés à Profititerra peuvent-ils être récupérés ?

Profititerra est-il une plateforme de trading légitime ?

Non. profititerra.co figure sur la liste noire de l’AMF depuis le 20 juin 2025 dans la catégorie Forex, et la plateforme ne disposait d’aucun agrément pour fournir des services d’investissement en France. L’inscription sur la liste noire du régulateur, puis la disparition des deux noms de domaine, confirment le caractère frauduleux de l’opération.

Que faire si j’ai versé de l’argent à Profititerra ?

Cessez immédiatement tout versement et ne répondez plus aux sollicitations des « conseillers », qui peuvent tenter de vous faire payer des frais supplémentaires. Conservez l’ensemble des preuves : captures d’écran des échanges, relevés de virement, courriels reçus depuis les adresses @profititerra-mail.com et historiques des appels. Vous pouvez ensuite engager une démarche avec l’aide d’un professionnel du droit.

Pourquoi les escrocs utilisent-ils des pseudonymes comme Éric Delafort ou QuantumIA ?

Ces pseudonymes permettent aux démarcheurs de dissimuler leur identité réelle et d’éviter toute traçabilité, tout en installant une fausse relation de confiance avec l’investisseur. Les mêmes personnes peuvent ainsi reparaître sous un autre nom après la fermeture d’une vitrine, comme l’ont montré les signalements liés à profititerra.com.

Profititerra a fonctionné selon un schéma rodé : un premier contact via WhatsApp ou les réseaux sociaux, un dépôt initial de 250 euros présenté comme la porte d’entrée vers des rendements exceptionnels, puis une pression croissante pour verser des montants bien plus élevés par carte bancaire ou par virement. Les victimes de cette opération se retrouvent aujourd’hui face à deux domaines inaccessibles et à des interlocuteurs introuvables, derrière des pseudonymes conçus précisément pour ne laisser aucune trace. L’inscription de profititerra.co sur la liste noire de l’AMF apporte une reconnaissance officielle du préjudice, mais elle ne suffit pas à déclencher un remboursement. Chaque situation doit être évaluée en fonction des preuves disponibles, du mode de paiement utilisé et des possibilités d’action contre les établissements bancaires ayant exécuté les ordres de virement. BrokerDefense propose une évaluation préalable gratuite pour les personnes ayant versé des fonds à Profititerra ou à toute autre plateforme opérant sans agrément.

Article réécrit le 29/08/2026

4 Comments

  1. Val. D dit :

    Bonjour,

    Je vois votre commentaire sur le site profititerra et je suis en attente de récupération de mes fonds. L’opération est «  pending » par le site Coinbase car la Blockchain doit effectuer un audit afin de vérifier qu’il ne s’agisse pas de blanchiment d’argent (coût 10% du montant des fonds). Est-ce une arnaque? Dois-je tout arrêter et porter plainte?

  2. Bonjour,
    Me suis fait arnaquée par Profititerra. Pour percevoir la somme devant me revenir, ils m’ en demandent toujours plus pour me rembouser.
    Je viens d’être contactée par Chainalysis. Une personne me dit avoir découvert l’arnaque sur la Blokchain, m’a donné le montant, me dit que je dois régler 10% et, environ 1heure aprés la somme sera versée sur mon compte. Puis je faire confiance? Ai hâte de récupérer mes fonds.

    • Marc Bouzy dit :

      Chainalasysis est une société sérieuse et reconnue qui est visiblement usurpée dans votre cas.
      Jamais ils ne vous appelleront et jamais ils ne vous demanderont de régler des frais de récupération de la sorte.

      C’est une arnaque, fuyez !

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